Communautés Laudato si' © Vatican Media

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« Il n’y a pas d’écologie sans équité et il n’y a pas d’équité sans écologie » (traduction complète)

Le pape François reçoit les « Communautés Laudato si' »

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L’écologie intégrale telle qu’elle est proposée par l’encyclique du pape François « Laudato si' » de 2015 implique à la fois « contemplation » et « compassion », explique-t-il. Il en souligne la dimension sociale : « Il n’y a pas d’écologie sans équité et il n’y a pas d’équité sans écologie ». Il encourage à « prendre soin des laissés-pour-compte et de la création, ensemble », à l’école de saint François d’Assise. Il dévoile un pan de son encyclique du 3 octobre en invitant à « construire une fraternité universelle. »

Le pape François a en effet reçu en audience dans la Salle Paul VI du Vatican, ce samedi 12 septembre 2020, les participants de la rencontre des « Communautés Laudato si' ».

Ces communautés ont été lancée par Carlo Petrini avec l’évêque de Rieti, Mgr Domenico Pompili, qui signe la préface du livre Terra Futura, fruit de trois conversations de Petrini avec le pape François sur l’écologie humaine intégrale justement.

Depuis le 1er septembre et jusqu’au 4 octobre, les chrétiens vivent en effet « le Temps de la création » et jusqu’en mai prochain, le pape a invité à vivre une « Année Laudato si' » pour la mise en oeuvre effective des principes expliqués par Laudato si’ pour une « écologie humaine intégrale ».

Il encourage à déterminer les choix politiques: « Exigeons des choix politiques qui allient progrès et équité, développement et durabilité pour tous, afin que personne ne soit privé de la terre où il habite, du bon air qu’il respire, de l’eau qu’il a droit de boire et de la nourriture qu’il a le droit de manger. »

Le pape a été accueilli par les paroles de Carlo Petrini, fondateur de « Slow food » et avec lequel il vient de signer un livre intitulé en italien « Terra futura ».

Voici notre traduction, rapide, de travail et de l’italien, des paroles du pape François.

AB

Communautés Laudato si' © Vatican Media

Communautés Laudato si’ © Vatican Media

Allocution du pape François

Chers frères et sœurs, bonjour!

Je vous souhaite la bienvenue et, en vous saluant, je souhaite rejoindre tous les membres des Communautés Laudato si’ en Italie et dans le monde. Je remercie M. Carlo Petrini dans ma langue paternelle et non maternelle: «Carlìn». Vous avez placé l’écologie intégrale proposée par l’encyclique Laudato si’ comme le moteur de toutes vos initiatives. Intégrale, parce que nous sommes tous des créatures et que tout dans la création est en relation, tout est lié. Et même, j’oserais dire, tout est harmonique. La pandémie l’a également montré: la santé humaine ne peut être séparée de celle de l’environnement où il vit. Il est également évident que le changement climatique ne bouleverse pas seulement l’équilibre de la nature, mais provoque la pauvreté et la faim, frappe les plus vulnérables et les oblige parfois à quitter leurs terres. Négliger la création et les injustices sociales s’influencent mutuellement: on peut dire qu’il n’y a pas d’écologie sans équité et il n’y a pas d’équité sans écologie.

Vous êtes motivés pour prendre soin des laissés-pour-compte et de la création, ensemble, et vous voulez le faire à l’exemple de saint François d’Assise, avec douceur et engagement. Je vous en remercie et je renouvelle mon appel à s’engager pour la sauvegarde de notre maison commune. C’est une tâche qui concerne tout le monde, en particulier les responsables des nations et des activités de production. Il faut une réelle volonté de s’attaquer à la racine des causes des bouleversements climatiques en cours. Les engagements généraux ne suffisent pas – des mots, des mots … – et on ne peut pas seulement regarder le consentement immédiat de ses électeurs ou des financiers. Nous devons regarder loin, sinon l’histoire ne pardonnera pas. Nous devons travailler aujourd’hui pour le demain de tous. Les jeunes et les pauvres nous en demanderont compte. C’est notre défi. Je prends une phrase du théologien martyr Dietrich Bonhoeffer: notre défi aujourd’hui n’est pas «comment nous nous en sortons », comment nous sortons de cette réalité; notre véritable défi est « à quoi ressemblera la vie de la prochaine génération »: il faut y réfléchir!

Chers amis, je voudrais maintenant partager avec vous deux mots clés de l’écologie intégrale: la contemplation et la compassion.

Contemplation. Aujourd’hui, la nature qui nous entoure n’est plus admirée, contemplée, mais «dévorée». Nous sommes devenus voraces, dépendants du profit et des résultats immédiatement et à tout prix. Le regard sur la réalité est de plus en plus rapide, distrait, superficiel, tandis qu’en peu de temps on brûle les nouvelles et les forêts. Malades de la consommation. Voilà notre maladie! Malades de la consommation. Nous sommes à l’affût de la dernière « app« , mais nous ne connaissons plus le nom des voisins, et encore moins comment distinguer un arbre d’un autre. Et, ce qui est plus grave, par ce style de vie on perd ses racines, on perd la gratitude pour ce qu’il y a et pour qui nous l’a donné. Pour ne pas oublier, il faut recommencer à contempler; pour ne pas se laisser distraire par mille choses inutiles, il faut retrouver le silence; pour que le cœur ne tombe pas malade, il faut s’arrêter. Ce n’est pas facile. Par exemple, nous devons nous libérer de la prison du téléphone portable, pour regarder dans les yeux qui nous avons en face et la création qui nous a été donnée.

Contempler, c’est se donner le temps de se taire, de prier, pour que l’harmonie revienne à l’âme, l’équilibre sain entre la tête, le cœur et les mains; entre pensée, sentiment et action. La contemplation c’est l’antidote aux choix hâtifs, superficiels et peu concluants. Celui qui contemple apprend à sentir le sol qui le soutient, il comprend qu’il n’est pas seul dans ce monde ni dénué de sens. Il découvre la tendresse du regard de Dieu et il comprend qu’il est précieux. Chacun est important aux yeux de Dieu, chacun peut transformer un peu du monde pollué par la voracité humaine en la bonne réalité souhaitée par le Créateur. Celui qui sait contempler, en effet, ne reste pas les bras croisés, mais s’engage concrètement. La contemplation t’amène à l’action, à faire.

Voici le deuxième mot: compassion. C’est le fruit de la contemplation. Comment comprend-on que l’on est un contemplatif, qu’on a assimilé le regard de Dieu? Si l’on a de la compassion pour les autres – la compassion ne veut pas dire: «Je suis désolé pour ça…», la compassion c’est «souffrir avec» -, s’il va au-delà des excuses et des théories, pour voir dans les autres des frères et sœurs à protéger. Ce que Carlo Petrini a dit à la fin sur la fraternité. Voilà la preuve, parce que le regard de Dieu fait de même, lui qui, malgré tout le mal que nous pensons et faisons, nous voit toujours comme des enfants bien-aimés. Il ne voit pas des individus, mais des enfants, il voit des frères et des sœurs d’une même famille, qui habitent la même maison. Nous ne sommes jamais des étrangers à ses yeux. Sa compassion, c’est le contraire de notre indifférence. L’indifférence – je me permets le mot un peu vulgaire – c’est ce jmenfoutisme qui entre dans le cœur, dans la mentalité, et finit par un «qu’il se débrouille». La compassion c’est le contraire de l’indifférence.

Cela vaut également pour nous: notre compassion c’est le meilleur vaccin contre l’épidémie d’indifférence. «Cela ne me concerne pas», « ce n’est pas de mon ressort », « je n’ai rien à voir avec cela», « c’est son problème »: voilà les symptômes de l’indifférence. Il y a une belle photographie – je l’ai dit à d’autres occasions -, prise par un photographe romain, elle se trouve à l’Aumônerie (apostolique, ndt). Une nuit d’hiver, on voit une dame d’un certain âge sortir d’un restaurant de luxe, avec un manteau de fourrure, un chapeau, des gants, bien couverte contre le froid, après avoir bien mangé – ce qui n’est pas un péché, bien manger ! [rires] – et il y a une autre femme à la porte, avec une béquille, mal habillée, on voit qu’elle a froid … une sans-abri, la main tendue … Et la dame qui sort du restaurant détourne le regard. La photo s’appelle « Indifférence ». Quand je l’ai vue, j’ai appelé le photographe pour lui dire: « Tu as bien fait de prendre cela spontanément », et j’ai dit de la placer à l’Aumônerie. Pour ne pas tomber dans l’esprit d’indifférence. Au lieu de cela, ceux qui ont de la compassion passent de « je me fiche de toi » à « tu es important pour moi ». Ou du moins « tu me touches le coeur ». Mais la compassion ce n’est pas des  beaux sentiments, ce n’est pas du piétisme, elle crée un nouveau lien avec l’autre. C’est le prendre en charge, comme le bon Samaritain qui, ému de compassion, prend soin de ce malheureux qu’il ne connaît même pas (cf. Lc 10, 33-34). Le monde a besoin de cette charité créative et effective, de personnes qui ne se restent pas devant un écran à commenter, mais de personnes qui se salissent les mains pour enlever la dégradation et restaurer la dignité. Avoir de la compassion c’est un choix: c’est choisir de ne pas avoir d’ennemi pour voir en chacun mon prochain. Et c’est un choix.

Cela ne signifie pas devenir mous ni cesser de lutter. Au contraire, ceux qui ont de la compassion s’engagent dans une dure lutte quotidienne contre le rejet et le gaspillage, le rejet des autres et le gaspillage des choses. Cela fait mal de penser au nombre de personnes rejetées sans compassion: les personnes âgées, les enfants, les travailleurs, les personnes handicapées … Mais le gaspillage des choses est également scandaleux. Selon la FAO, dans les pays industrialisés, on jette plus d’un milliard – plus d’un milliard ! – des tonnes de nourriture mangeable! Voilà la réalité. Aidons-nous les uns les autres à lutter contre le rejet et contre le gaspillage, exigeons des choix politiques qui allient progrès et équité, développement et durabilité pour tous, afin que personne ne soit privé de la terre où il habite, du bon air qu’il respire, de l’eau qu’il a droit de boire et de la nourriture qu’il a le droit de manger.

Je suis sûr que les membres de chacune de vos communautés ne se contenteront pas de vivre en spectateurs, mais seront toujours des protagonistes doux et déterminés à construire l’avenir de tous. Et tout cela fait la fraternité. Travailler comme des frères et en frères. Construire une fraternité universelle. Et c’est le moment, c’est le défi d’aujourd’hui. Je vous souhaite de nourrir la contemplation et la compassion, ingrédients indispensables de l’écologie intégrale. Je vous remercie encore de votre présence et de votre engagement. Je vous remercie de vos prières. À ceux d’entre vous qui prient, je demande de prier, et à ceux qui ne prient pas, envoyez-moi au moins de bonnes ondes, j’en ai besoin! [rires, applaudissements]

Et maintenant, je voudrais demander à Dieu de bénir chacun de vous, de bénir le cœur de chacun de vous, que vous soyez croyant ou non, de quelque tradition religieuse que ce soit. Que Dieu vous bénisse tous. Amen.

(c) Traduction de Zenit, Anita Bourdin

 

 

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Anita Bourdin

Journaliste accréditée au Vatican depuis 1995. A lancé Zenit en français en janvier 1999. Correspondante à Rome de Radio Espérance. Formation: journalisme (Bruxelles), théologie biblique (Rome), lettres classiques (Paris).

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