Le le jésuite Juan Antonio Guerrero Alves préfet du Secrétariat pour l'économie © Society of Jesus

Le le jésuite Juan Antonio Guerrero Alves préfet du Secrétariat pour l'économie © Society of Jesus

Budget du Vatican : «Aucune coupure n’affectera les personnes les plus vulnérables»

« Les chiffres en fonction de la mission du Saint-Siège »

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« Le ministre de l’économie » du Vatican affirme que l’engagement de son département consiste à présenter « un budget qui met les chiffres en relation avec la mission du Saint-Siège ».

Il prône le système économique et financier transparent et souligne que Vatican « n’est pas en danger de défaut » dans une interview accordée à Andrea Tornielli, directeur éditorial du Dicastère pour la communication, et publiée par Vatican News le 13 mai 2020.

« Dans le budget, il y a la mission, le service que ces dépenses rendent possible », explique P. Guerrero Alves: « Trois choses ne sont pas en cause, même en cette période de crise : la rémunération des travailleurs, l’aide aux personnes en difficulté et le soutien aux Églises dans le besoin, déclare le préfet du Secrétariat à l’économie, le père Juan Antonio Guerrero Alves. Aucune coupure n’affectera les personnes les plus vulnérables. Nous ne vivons pas pour sauver des budgets. »

Le budget au service de la mission

Le préfet prend comme exemple le service de communication : « Communiquer ce que fait le pape en 36 langues, par la radio, la télévision, le web, les médias sociaux, un journal, une imprimerie, une maison d’édition, la salle de presse (etc…), c’est une entreprise qui n’a pas d’égal dans le monde. Cela a un coût, certainement. Elle a également des revenus. Cela absorbe environ 15 % du budget. Plus de 500 personnes y travaillent… Si l’on compare, je ne pense pas que l’on puisse trouver quelqu’un d’autre qui produise autant avec si peu. »

10%  du budget vont aux nonciatures, poursuit père Guerrero Alves en expliquant leur mission : « Ce sont de petites ambassades de l’Évangile, qui défendent dans les relations internationales les droits des pauvres, qui mènent une diplomatie de dialogue, de paix, de soin de la terre comme notre maison commune. »

10% sont consacrés aux Églises orientales, « qui sont souvent persécutées ou en diaspora ».

8,5 % est consacré aux Églises les plus pauvres, aux missions, par la Congrégation pour l’évangélisation des peuples.

Encore 10% vont à « la protection de l’unité de la doctrine », « les causes des saints », « la préservation d’un patrimoine de l’humanité tel que la Bibliothèque et les Archives du Vatican » et à « l’entretien nécessaire des bâtiments ». « Il y a les impôts italiens, que nous payons, rappelle-t-il : environ 6% du budget, soit 17 millions. Et ainsi de suite… »

Encore quelques chiffres

Le préfet cite quelques chiffres, précisant encore une fois que « derrière ces chiffres, il y a la mission du Saint-Siège et du Saint-Père, il y a la plénitude de vie et le service ecclésial ».

Les chiffres du budget du Saint-Siège, souligne-t-il aussi, « sont beaucoup plus petits que ce que beaucoup de gens imaginent. Ils sont plus petits que la moyenne des universités américaines, par exemple ».

Pour être plus précis, P. Guerrero Alves dit qu’entre 2016 et 2020, « les recettes et les dépenses ont été constantes. Des recettes de l’ordre de 270 millions. Les dépenses se sont élevées en moyenne à environ 320 millions, selon les années ».

« Les recettes proviennent des contributions et des donations, des déclarations de biens et, dans une moindre mesure, de la gestion financière et des activités des entités. »

Le préfet explique comment les dépenses se répartissent: « 45 % pour le personnel, 45 % pour les frais généraux et administratifs et 7,5 % pour les dons ».

Quant au déficit (la différence entre les recettes et les dépenses), note-t-il, il « a fluctué ces dernières années entre 60 et 70 millions ». Pourtant, il ne s’agit pas – comme « certains pourraient penser » – d’un « trou résultant d’une mauvaise administration » ou du financement d’« une bureaucratie immobile »: « Ce n’est pas le cas. Rien à voir avec cela », affirme-t-il. « Les chiffres doivent toujours être compris. Derrière ces chiffres, il y a la fin. … Peut-être devons-nous mieux expliquer, mieux raconter. Nous devons certainement être clairs. »

En ce qui concerne la situation budgétaire après la pandémie du COVID-19, le préfet partage « quelques estimations » : « Les plus optimistes calculent une baisse des recettes d’environ 25%. Les plus pessimistes se situent autour de 45 % … Nous avions déjà décidé, en approuvant le budget de cette année, que les dépenses devaient être réduites afin de diminuer le déficit. L’urgence post-Covid nous oblige à le faire avec plus de détermination. »

« En tout cas, ajoute-t-il, s’il n’y a pas de recettes extraordinaires, il est clair qu’il y aura une augmentation du déficit. »

Faire face à une crise économique

Pourtant, « le Vatican n’est pas en danger de défaut, déclare P. Guerrero Alves. Cela ne veut pas dire que nous n’affrontons pas la crise pour ce qu’elle est. Nous sommes certainement confrontés à des années difficiles. »

Il souligne que la mission de l’Église est accomplie « grâce à l’aide des offrandes des fidèles » : « Et nous ne savons pas combien les gens donneront. C’est précisément pour cette raison que nous devons être sobres, rigoureux. Nous devons administrer avec la passion et la diligence d’un bon père de famille. »

Les dons des fidèles sont importants, souligne le préfet, et ils doivent être « bien » dépensés : « Nous faisons confiance à la générosité des fidèles. Mais nous devons montrer à ceux qui nous font don d’une partie de leurs économies que leur argent est bien dépensé. De nombreux catholiques dans le monde sont prêts à faire des dons pour aider le Saint-Père et le Saint-Siège à remplir leur mission. C’est à eux que nous devons rendre des comptes. Et c’est à eux que nous pouvons recourir. »

Contrairement à plusieurs autres États qui font eux aussi face à une grave crise en raison de la pandémie, le Saint-Siège n’a « ni le levier de la politique monétaire ni celui de la politique fiscale », rappelle le préfet : « Nous ne pouvons compter que sur une générosité fidèle, une petite fortune et la capacité de dépenser moins. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, il n’y a pas de gros salaires ici … Nous avons demandé à chaque organisme de faire tout son possible pour réduire les dépenses tout en préservant l’essentiel de sa mission. »

La centralisation des investissements

Le p. Guerrero Alves raconte que son département travaille aussi « pour la centralisation des investissements » : « À un niveau plus structurel, puisque le déficit est structurel, nous devrons centraliser les investissements financiers, améliorer la gestion du personnel, améliorer la gestion des achats… Nous travaillons en liaison constante avec tous les services, en combinant centralisation et subsidiarité, autonomie et contrôle, professionnalisme et vocation. »

« Un groupe de travail » qui travaille « sur ce sujet » a été créé : son activité « prendra encore quelques mois, note le préfet. L’objectif n’est pas seulement de centraliser : il s’agit de faire quelque chose de professionnel, sans conflit d’intérêts et avec des critères éthiques. Nous devons non seulement éviter les investissements non éthiques, mais aussi promouvoir les investissements liés à une vision différente de l’économie, à l’écologie intégrale, à la durabilité. »

Admettre les erreurs du passé

La mission du Secrétariat à l’économie n’est pas facile à accomplir en ce moment, réitère le père Guerrero Alves : « Nous devons être humbles. Nous sommes une famille avec une petite fortune et l’aide généreuse de beaucoup. Nous y arriverons. Avec notre capacité à bien gérer. Avec l’aide de Dieu et des fidèles. Toute l’Église est ainsi soutenue. »

Pour cela, pense le préfet, il faut commencer « par partager la vérité sur la situation économique »: « Le mieux que nous puissions faire est d’être diligents et transparents. »

Il admet les erreurs que son département a commises dans le passé en faisant confiance à des personnes qui n’étaient pas dignes de confiance : « La confiance se gagne par la rigueur, la clarté, la sobriété, affirme le préfet. Et aussi en admettant humblement les erreurs passées, afin de ne pas les répéter, et les erreurs actuelles, s’il y en a. Il arrive parfois, il nous est arrivé à nous aussi, par exemple, de nous reposer sur des personnes qui ne méritaient pas la confiance. Nous sommes toujours vulnérables dans ce domaine. Plus de transparence, moins de secret, rend les erreurs plus difficiles à commettre. »

Le « ministre de l’économie »

En concluant, le p. Guerrero Alves partage les sentiments qu’il éprouve par rapport à son poste du « ministre de l’économie » : « Ce titre de ministre, les ministres de la Curie, cela me fait un peu sourire. Je ne me sens pas comme un ministre de l’économie. Je me sens comme un jésuite et un prêtre qui accomplit un service pour l’Église, un service d’arrière-garde peut-être, et en collaboration avec d’autres, qui consiste à aider le Saint-Père et le Saint-Siège dans l’accomplissement de leur mission. »

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Marina Droujinina

Journalisme (Moscou & Bruxelles). Théologie (Bruxelles, IET).

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