Pape Benoît XIII, médaillon de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, wikipedia

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Vers la béatification du pape dominicain Benoît XIII: nouvelle étape

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Quand le pape Orsini demeure Fra’ Vincenzo Maria

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La clôture du procès diocésain de béatification de Benoît XIII (1649/50-1730), pape dominicain, sera présidée à Rome vendredi prochain, 24 février 2017, par le cardinal vicaire du pape pour Rome, Agostino Vallini, dans la salle de la Conciliation du palais apostolique du Latran. Il sera assisté par les membres du tribunal diocésain, qui a mené l’enquête: Mgr Giuseppe D’Alonzo, juge délégué, le père Giorgio Ciucci, Promoteur de Justice, et M. Marcello Terramani, notaire, indique un communiqué du vicariat.
Le dossier, sous scellés, passera ensuite à la Congrégation pour les causes des saints, qui devra ou non reconnaître le caractère héroïque de ses vertus humaines et chrétiennes et éventuellement authentifier un miracle dû à son intercession. Alors il pourrait être déclaré « bienheureux ».
Pier Francesco Orsini, futur pape Benoît XIII, est né en Italie, à Gravina dans la région des Pouilles, non loin de Bari, le 2 février 1649 (ou 1650), fils de Ferdinand III, duc de Gravina, et de Giovanna Frangipani della Tolfa, fille du duc de Grumo. Il était l’aîné de six enfants. Devenu très tôt orphelin de père, il hérita le duché, qu’il gouverna, sous la tutelle de sa mère. Encore enfant, il ressentit la vocation à la vie religieuse, mais il dut faire face à l’opposition de sa famille. Mais, pour connaître toute l’Italie, il fit un voyage à Venise : là, il mit en oeuvre son dessein et il fut accueilli dans l’Ordre des Prêcheurs (Dominicains), dont il reçut l’habit le 12 août 1668, sous le nom de Frère – Fra’ – Vincenzo Maria.
Il fut ordonné prêtre le 24 février 1671 et le 22 février 1672, à l’âge d’environ 22 ans, le pape Clément X le fit cardinal. Il assuma successivement les responsabilités de préfet de la Congrégation du Conseil et de membre de plusieurs congrégations jusqu’à sa nomination comme archevêque de Manfredonia, dans la région des Pouilles qui l’avait vu naître, le 28 janvier 1675.
Il publia assez vite un important décret sur la réforme de la morale, puis il lança la restauration de la cathédrale, et fit construire le clocher. Il mena de nombreuses visites pastorales dans son diocèse, il convoqua un synode diocésain, et il innova une forme de crédit agricole, le «Monte Frumentario».
Le 22 janvier 1680, il fut nommé archevêque de Cesena dans la région d’Emilie-Romagne,  par le pape Innocent XI. Mais il conserva le souci de son premier diocèse : quand celui-ci manqua de blé, il en fit acheter en Romagne et il s’occupa personnellement de son transport et de la distribution aux pauvres. A Cesena, il organisa des missions populaires, il restaura la cathédrale et, en 1686, après six ans, il fut transféré au siège de Bénévent, en Campanie. Lors de deux tremblements de terre dévastateurs, il fit intervenir des services de secours et de soutien efficaces.
Le 7 mars, 1724 le pape Innocent XIII mourut. Le conclave dura près de trois mois, puis les cardinaux élurent Vincenzo Maria Orsini, qu’ils considéraient déjà comme un saint, le 29 mai 1724. L’archevêque de Bénévent aurait bien voulu échapper à cette charge, il plaida, en vain, son incapacité et son indignité. Il prit le nom de Benoît XIII, affirmant ainsi l’illégitimité d’un précédent Benoît XIII, antipape d’Avignon (de 1394 à 1417).
Son élection ne changea pas ses habitudes monastiques : favoriser la piété, l’humilité, la simplicité, le détachement de la vanité, la charité envers les pauvres, vie frugale. Il réduisit la cour pontificale, le nombre des chevaliers et des gardes suisses, et ses propres escortes. Il était certes le pape mais en tout il voulait rester frère Vincenzo Maria. Il conserva son habit d’un tissu ordinaire et il se fit apporter son lit de religieux. Il donnait aux pauvres tout ce qu’il retranchait de ses dépenses.
Il fit construire à Rome l’hôpital de San Gallicano pour les maladies de la peau et le nouvel hôpital de Santa Maria della Pietà. Il a aussi fait améliorer le régime pénitentiaire. Il lança le Jubilé de 1725, année d’un concile de Latran.
Il défendit aux prêtres de se prosterner devant lui. Il obligea les cardinaux à résider dans leurs villes et il s’efforça de corriger les mauvaises mœurs, notamment dans le clergé auquel il interdit… les perruques et il aggrava les peines pour qui jouait au loto (suspension a divinis, excommunication), levant cependant les excommunications pour qui avait fait usage de tabac dans le chœur, la sacristie, le portique, l’oratoire et certains lieux de la basilique vaticane.
Il mit aussi en évidence la sainteté dans l’Eglise par des béatifications dont Bernardin de Feltre, Pierre Fourier, Hyacinthe Mariscotti, Fidèle de Sigmaringen, Vincent de Paul et Jean du del Prado . Il canonisa notamment le pape Grégoire VII, Agnès de Montepulciano, Louis de Gonzague, Stanislas Kostka, Boris et Gleb de Kiev, François Solano, Jacques des Marches, Turibio de Mogrovejo, Jean Népomucène, Jean de la Croix (le 27 décembre 1726), Pérégrin Laziosi, Marguerite de Cortone et Sérapion d’Alger. Et il consacra lui-même la chapelle de saint Philippe Neri en l’église de la Vallicella.
Ce pape dominicain agit contre les rigueurs du jansénisme, en reprenant les condamnations de la bulle de Clément XI, Unigenitus (1713), mais il s’efforça aussi d’en rejeter les interprétations excessives.
Il se montra sourcilleux de l’autonomie du Siège apostolique – et des Etats Pontificaux – par rapport aux puissants et se brouilla ainsi avec la cour de Vienne (Autriche) pour ses prétentions sur les duchés de Plaisance et de Parme.
Il s’éteignit à l’âge de 81 ans, le 21 février, 1730. Inhumé d’abord dans la basilique Saint-Pierre, son corps fut transféré trois ans après en l’église de la Minerve, l’église des dominicains, près du Panthéon, il y a aujourd’hui 284 ans, le 22 février 1733.
Son procès diocésain de béatification a été ouvert le 21 février 1931, et a été relancé par un acte du tribunal diocésain du diocèse de Rome début 2010. L’ouverture du procès de béatification et de canonisation du «Serviteur de Dieu», avait eu lieu dans cette même Salle de la Conciliation du Palais du Latran, par le cardinal Vallini, lui-même, il y a plus de cinq ans, le 13 janvier 2012.

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Anita Bourdin

Journaliste française accréditée près le Saint-Siège depuis 1995. Rédactrice en chef de fr.zenit.org. Elle a lancé le service français Zenit en janvier 1999. Master en journalisme (Bruxelles). Maîtrise en lettres classiques (Paris). Habilitation au doctorat en théologie biblique (Rome). Correspondante à Rome de Radio Espérance.

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