Vitrail eucharistique

Pixabay CC0 - cinelina

Le vitrail contemporain, nouvelle source de Lumière ?

En France, du 20 mai au 21 septembre 2015, une exposition met en lumière le vitrail contemporain à la Cité Chaillot (Paris XVIe).

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La France est le pays le plus riche au monde pour la création de vitraux, toutes époques confondues. L’élaboration d’un vitrail nécessite une parfaite harmonie entre le commanditaire – le propriétaire ou le clergé affectataire –, le peintre verrier et l’artiste lui-même.

L’exposition propose de découvrir le foisonnement créatif de cet art renouvelé après la dernière guerre, de 1945 à nos jours, avec une nouvelle génération d’artistes tels que Chagall, Soulages, Benzaken, le père Kim En Joong, o.p. et d’autres encore, qui déploient un langage moderne inspiré des traditions ancestrales du vitrail.

Une relation privilégiée à la Lumière

C’est le père Couturier, o.p., (1897-1954), dominicain futuriste, artiste et théoricien de l’art, qui fut l’un des principaux acteurs du renouveau de l’art sacré en France après la Seconde Guerre mondiale. Il fut notamment à l’origine de cet épanouissement du vitrail contemporain, préférant un artiste en recherche de la Lumière et plein de talent plutôt qu’un croyant tiède dépourvu de talent…

Il affirmait avec conviction : « Qui travaille pour Dieu doit tendre à dépasser les hommes. Si ce dépassement est véritable, un jour vient où ils suivent et montent, s’exaltent à leur tour » (1951).

Le vitrail jouit d’une relation privilégiée avec la Lumière. Il a su redonner l’espérance après les périodes sombres de la France. Et encore aujourd’hui, il joue un rôle prépondérant car il magnifie les lieux où la Lumière se diffuse…

Le décor vitré est désormais confié en totalité à un seul artiste, à l’issue d’un appel d’offres, associé au peintre verrier de son choix avec lequel il tisse une véritable complicité.

Le matériau est primordial. Il peut être peint, tissé, moulé ou utilisé tel quel.

Il en résulte une collaboration où l’atelier du peintre verrier est fondamental, véritable plate-forme agissant en synergie créatrice. C’est le cas de Pierre Soulages qui, dans son atelier, joint les savoir-faire les plus modernes à d’anciennes traditions. Il fait fabriquer à Conques un verre spécialement riche qui vibre en diffusant la lumière, devenant alors translucide comme l’albâtre… Le père Kim En Joong, lui, enduit un verre incolore d’émaux dilués, ajoutant des sels d’argent ou de cuivre pour le jaune et le rouge. Il trace enfin l’épine dorsale de sa composition avec un large pinceau utilisé traditionnellement pour la calligraphie coréenne. Le tout en immense complicité avec son atelier de Chartres…

Que ce soit en deux ou en trois dimensions, les artistes cherchent à s’intégrer à l’édifice religieux comme à son environnement. Ainsi Pierre Morris a conçu des vitraux en forme de vagues en écho à l’eau qui entoure la cathédrale de Maguelone (34). C’est également en musique que Bazaine a dessiné ses cartons des huit baies de Saint-Séverin à Paris…

Quel avenir pour le vitrail contemporain ?

Les créations les plus récentes montrent comment l’art du vitrail ne cesse d’évoluer et de s’épanouir, notamment dans les édifices les plus anciens, mêlant ainsi l’art contemporain et l’art roman. Par ailleurs, il n’est pas étonnant de voir le vitrail s’introduire aujourd’hui dans l’architecture civile. Le Corbusier fera ajouter un vitrail à la façade de son appartement en 1950 ; des vitraux sont commandés pour des parkings de stationnement, des gymnases, le hall d’un logement social dans le XIXe arrondissement de Paris… afin de transcender des réalités parfois lourdes à porter en leur conférant une nouvelle lumière.

« Comme la ligne et la couleur, il faut une harmonie entre le corps et l’âme… J’ai appris très tôt cette sagesse », Jean Thuillier, in Kim En Joong, Peintre de lumière, éditions du Cerf, 2005.

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Séverine Jahan

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