À la fin de l’année civile et au terme du Jubilé, la liturgie des premières vêpres de Marie, Mère de Dieu, invite l’Église à contempler le dessein bienveillant de Dieu, accompli dans la plénitude des temps et confié à l’espérance des humbles.
Chers frères et sœurs,
La liturgie des premières vêpres de la Mère de Dieu est d’une richesse singulière, qui découle à la fois du mystère vertigineux qu’elle célèbre et de sa place à la fin de l’année civile. Les antiennes des psaumes et du Magnificat insistent sur l’événement paradoxal d’un Dieu né d’une vierge, ou, dit à l’envers, de la maternité divine de Marie. Et en même temps, cette solennité, qui conclut l’octave de Noël, couvre le passage d’une année à l’autre et étend sur elle la bénédiction de Celui « qui était, qui est et qui vient » (Ap 1, 8). De plus, nous la célébrons aujourd’hui à la fin du Jubilé, au cœur de Rome, près du tombeau de Pierre, et alors le Te Deum qui résonnera bientôt dans cette basilique voudra comme s’étendre pour donner la parole à tous les cœurs et à tous les visages qui sont passés sous ces voûtes et dans les rues de cette ville.
Nous avons entendu dans la lecture biblique l’une des synthèses étonnantes de l’apôtre Paul : « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sous la loi, pour racheter ceux qui étaient sous la loi, afin que nous recevions l’adoption filiale » (Gal 4, 4-5). Cette manière de présenter le mystère du Christ fait penser à un projet, un grand projet sur l’histoire humaine. Un dessein mystérieux mais avec un centre clair, comme une haute montagne éclairée par le soleil au milieu d’une forêt dense : ce centre est la « plénitude des temps ».
Et c’est précisément ce mot – « dessein » – qui résonne dans le cantique de la Lettre aux Éphésiens : « Le dessein de tout réunir en Christ, tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Dans sa bienveillance, il l’avait préétabli en lui pour le réaliser dans la plénitude des temps » (Ep 1, 9-10).
Sœurs, frères, en ce temps qui est le nôtre, nous ressentons le besoin d’un dessein sage, bienveillant, miséricordieux. Qu’il soit un projet libre et libérateur, pacifique, fidèle, comme celui que la Vierge Marie a proclamé dans son cantique de louange : « De génération en génération, sa miséricorde / s’étend sur ceux qui le craignent » (Lc 1, 50).
D’autres desseins, cependant, aujourd’hui comme hier, enveloppent le monde. Il s’agit plutôt de stratégies qui visent à conquérir des marchés, des territoires, des zones d’influence. Des stratégies armées, dissimulées sous des discours hypocrites, des proclamations idéologiques, de faux motifs religieux.
Mais la Sainte Mère de Dieu, la plus petite et la plus haute parmi les créatures, voit les choses avec le regard de Dieu : elle voit que, par la puissance de son bras, le Très-Haut disperse les intrigues des superbes, renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles, comble de biens les mains des affamés et vide celles des riches (cf. Lc 1, 51-53).
La Mère de Jésus est la femme avec laquelle Dieu, dans la plénitude des temps, a écrit la Parole qui révèle le mystère. Il ne l’a pas imposée : il l’a d’abord proposée à son cœur et, après avoir reçu son « oui », il l’a écrite avec un amour ineffable dans sa chair. Ainsi, l’espérance de Dieu s’est entrelacée avec l’espérance de Marie, descendante d’Abraham selon la chair et surtout selon la foi.
Dieu aime espérer avec le cœur des petits, et il le fait en les impliquant dans son dessein de salut. Plus le dessein est beau, plus l’espérance est grande. Et en effet, le monde avance ainsi, poussé par l’espérance de tant de personnes simples, inconnues mais pas de Dieu, qui malgré tout croient en un avenir meilleur, car elles savent que l’avenir est entre les mains de Celui qui leur offre la plus grande espérance.
L’une de ces personnes était Simon, un pêcheur de Galilée, que Jésus a appelé Pierre. Dieu le Père lui a donné une foi si sincère et si généreuse que le Seigneur a pu construire sa communauté sur elle (cf. Mt 16, 18). Et nous sommes encore ici aujourd’hui pour prier sur sa tombe, où des pèlerins du monde entier viennent renouveler leur foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu. Cela s’est produit de manière particulière pendant l’Année Sainte qui touche à sa fin.
Le Jubilé est un grand signe d’un monde nouveau, renouvelé et réconcilié selon le dessein de Dieu. Et dans ce dessein, la Providence a réservé une place particulière à cette ville de Rome. Non pas pour ses gloires, non pas pour sa puissance, mais parce que Pierre et Paul et tant d’autres martyrs ont versé leur sang ici pour le Christ. C’est pourquoi Rome est la ville du Jubilé.
Que pouvons-nous souhaiter à Rome ? D’être à la hauteur de ses petits. Des enfants, des personnes âgées seules et fragiles, des familles qui ont plus de mal à avancer, des hommes et des femmes venus de loin dans l’espoir d’une vie digne.
Aujourd’hui, très chers amis, nous rendons grâce à Dieu pour le don du Jubilé, qui a été un grand signe de son dessein d’espérance sur l’homme et sur le monde. Et nous remercions tous ceux qui, au cours des mois et des jours de 2025, ont travaillé au service des pèlerins et pour rendre Rome plus accueillante. Tel était, il y a un an, le souhait du bien-aimé Pape François. Je voudrais qu’il en soit encore ainsi, et je dirais même davantage après cette période de grâce. Que cette ville, animée par l’espérance chrétienne, puisse être au service du dessein d’amour de Dieu sur la famille humaine. Que l’intercession de la Sainte Mère de Dieu, Salus Populi Romani, nous l’obtienne.
