Père Alain Moster à Rome, fin juin 2026 © Anne van Merris

Père Alain Moster à Rome, fin juin 2026 © Anne van Merris

P. Alain Moster : « Favoriser un plus grand respect mutuel entre la France et le Saint-Siège »

Interview à Rome du conseiller ecclésiastique de l’ambassade de France près le Saint-Siège

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Le prêtre français Alain Moster a pris ses fonctions de conseiller ecclésiastique à l’ambassade de France près le Saint-Siège en septembre 2025. À Rome, il est chargé de conseiller l’ambassadeur et son équipe sur les questions ecclésiales, mais aussi de favoriser le dialogue et la compréhension mutuelle entre la France, l’Église de France et le Saint-Siège.

À deux jours de la venue du pape Léon XIV en France, le prêtre-diplomate présente son rôle au sein de l’ambassade, une fonction qui n’existe que dans deux endroits au monde. Au-delà de son travail d’expertise et de conseil, il s’emploie à faciliter les rencontres et à créer du lien entre les différentes réalités qui composent ce vaste « écosystème ecclésial » de Rome. 

 

Zenit : Comment avez-vous été appelé à ce poste de conseiller ecclésiastique à l’ambassade de France près le Saint-Siège ?

Père Alain Moster : Il y a un peu plus d’un an, j’ai reçu un coup de téléphone venant de la Conférence des évêques de France pour me proposer cette mission. Je dois avouer que j’ai été très surpris. Je connaissais déjà la ville de Rome pour avoir étudié au séminaire français il y a une vingtaine d’années. Je savais aussi que ce poste à l’ambassade existait, j’en connaissais les contours.

Mais cette proposition impliquait de gros changements dans ma vie. J’ai donc prié et consulté un certain nombre d’amis, qui m’ont incité à accepter au vu de mon profil et de mon expérience. Et puis, d’une manière générale, j’aime bien les défis. Alors j’ai dit oui !

Zenit : Avec un an de recul, quels éléments de votre parcours vous ont le mieux préparé à cette mission si particulière ?
De gauche à droite : L'ambassadeur de France Charles Personnaz, un religieux minime, et le P. Alain Moster © P. Alain Moster 

De gauche à droite : L’ambassadeur de France Charles Personnaz, un religieux minime, et le P. Alain Moster © P. Alain Moster

Père A. Moster : J’ai été préparé en partie par mes études dans le monde civil, en Sciences politiques à Strasbourg et en droit. J’ai toujours été intéressé par les questions internationales, et j’ai également beaucoup voyagé comme accompagnateur et directeur de pèlerinages, mais aussi à titre personnel. Dans les voyages, j’aime aller à la rencontre des gens, découvrir des réalités locales, notamment politiques et économiques, mais surtout ecclésiales.

J’ai aussi un profil de pasteur. J’ai été curé dans différentes réalités paroissiales en Alsace, dans de petites paroisses de centre-ville, des paroisses bourgeoises de périphérie et des quartiers populaires. Mgr Hugues de Woillemont, qui était alors secrétaire général de la Conférence des évêques de France, souhaitait un pasteur pour cette mission, quelqu’un qui ait une bonne expérience du terrain.

Et cette expérience pastorale me sert beaucoup aujourd’hui ! Je dis d’ailleurs souvent que, dans ma mission quotidienne à l’ambassade de France, je fonctionne comme un curé de paroisse : mettre du lien entre les personnes, créer des occasions de rencontres et de contacts. Je l’expérimente beaucoup dans le dialogue interreligieux : nous avons, par exemple, reçu depuis le début de l’année le grand rabbin de France et l’imam de la Grande Mosquée de Paris.

Zenit : Pourquoi n’y a-t-il que deux conseillers ecclésiastiques dans le réseau diplomatique français ? 

Père A. Moster : Ce poste existe uniquement à l’ambassade de France près le Saint-Siège, à Rome, et au Consulat général de France à Jérusalem. La raison tient à la dimension religieuse très spécifique de chacun de ces postes. Une particularité qui ne se justifierait pas, stricto sensu, dans une ambassade comme à Washington ou ailleurs. Mais il faut savoir aussi qu’il y a un conseiller pour les affaires religieuses au Quai d’Orsay à Paris, un diplomate extrêmement compétent, qui participe à des événements religieux dans le monde entier et informe le gouvernement. 

Ici, à Rome, nous sommes au moins une douzaine de conseillers ecclésiastiques répartis dans des ambassades de différents pays comme la France, la Belgique, l’Allemagne ou le Luxembourg. Cette fonction est cependant minoritaire par rapport au nombre d’ambassades qui ont des relations diplomatiques avec le Saint-Siège : un peu plus de 180 pays dans le monde !

Zenit : Concrètement, que signifie au quotidien votre mission de conseiller ecclésiastique ?

Père A. Moster : Ma fonction consiste d’abord à conseiller l’ambassadeur et l’équipe de l’ambassade sur les questions spécifiquement religieuses. Il faut parfois approfondir des questions théologiques, éclairer tel ou tel point de la doctrine de l’Église ou du positionnement du pape. De manière plus concrète, je dois lire au quotidien, suivre les discours du Saint-Père, les déclarations et les textes du Saint-Siège, les analyser et les faire comprendre au réseau diplomatique français.

Inauguration d'une représentation de la Vierge de Gietrzwald dans les jardins du Vatican © P. Alain Moster 

Inauguration d’une représentation de la Vierge de Gietrzwald dans les jardins du Vatican © P. Alain Moster

Ensuite, une facette importante de ce poste est de connaître les personnes. Florence Mangin, l’ancienne ambassadrice partie en décembre dernier, parlait de « l’écosystème de l’Église » à Rome, et cela m’a marqué. Il y a en effet le Saint-Siège, avec par exemple les dicastères ou les nonces apostoliques, mais il y a aussi tout le système qui tourne autour, comme les congrégations religieuses qui ont leurs maisons généralices à Rome. Ma mission est donc de créer du lien dans cet écosystème.

Et la troisième réalité, c’est la Conférence épiscopale française. Les évêques français se réunissent notamment deux fois par an à Lourdes en Assemblée plénière. Après chaque Assemblée, le bureau de la CEF vient à Rome pour présenter les résultats des échanges, font une visite de courtoisie à l’ambassade de France. Cela nous permet de mieux nous connaître, d’échanger les informations, de discuter de sujets qui intéressent l’Église en France, comme le voyage du pape, les catéchumènes…

Zenit : Comment conjuguez-vous votre vie de conseiller ecclésiastique avec une vie sacramentelle et pastorale liée à votre sacerdoce ?

Père A. Moster : J’ai été recruté comme prêtre, et c’est clairement un poste pour un prêtre. Dans les éléments que le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères demande pour ce poste, il y a le fait d’être prêtre. J’essaie donc de vivre pleinement mon sacerdoce, mais il est difficile d’avoir une activité pastorale car les journées sont bien longues. Je continue à célébrer la messe tous les jours dans la chapelle de l’ambassade ou pour des communautés religieuses. Le week-end, j’aime bien aller à Saint-Louis-des-Français pour l’ambiance paroissiale et conviviale.

L’ambassade de France est une petite ambassade : nous sommes 25. D’une manière générale, il y a une vraie cohésion, quelques soient les origines et convictions des personnes. Je me sens à l’aise et c’est une ambiance plutôt sympathique, avec un bel esprit d’équipe.

Zenit : Quels sont les grands enjeux communs entre la France et le Saint-Siège, et comment souhaiteriez-vous contribuer à faire grandir le dialogue ?

Père A. Moster : Il y a un certain nombre de points communs. Je mettrais en premier lieu la défense du multilatéralisme, parce que nous avons un monde de plus en plus multipolaire aujourd’hui. Le Saint-Siège, le gouvernement français, et plus généralement les européens continuent d’insister pour que les pays se parlent entre eux et que les organisations internationales – comme l’ONU – aient les moyens de mettre en œuvre leur mission. Les autres centres d’intérêts partagés sont les chrétiens d’Orient, la défense de la liberté religieuse, la liberté de culte, le développement en Afrique, mais aussi la culture, l’éducation, le développement intégral de la personne.

Villa Bonaparte, siège de l'ambassade de France près le Saint-Siège à Rome © Vatican Media

Villa Bonaparte, siège de l’ambassade de France près le Saint-Siège à Rome © Vatican Media

Pour favoriser le dialogue entre l’ambassade de France et le Saint-Siège, je pense qu’il est très important de continuer à occuper le terrain, afin de faire tomber les idées toutes faites et les préjugés. Chercher à connaître les personnes, leurs projets, les institutions dans lesquelles elles travaillent – les différents dicastères par exemple, mais aussi les congrégations religieuses. Se connaître les uns et les autres.

Pour le Saint-Siège, la France est connue d’un point de vue historique. On sait que c’est une terre de saints, qu’elle a tenu un rôle important pendant le Concile Vatican II, qu’elle a eu – et a toujours – des théologiens. Mais la France est beaucoup moins connue qu’avant, car le français n’est plus autant parlé qu’il y a 40 ou 50 ans.

Enfin, à titre personnel, je dirais que mon souhait à travers cette mission de conseiller ecclésiastique est de travailler à la communion entre les personnes et, pourquoi pas, de favoriser une meilleure connaissance et un plus grand respect mutuel entre la France et le Saint-Siège. Un beau défi !

 

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Anne van Merris

Anne van Merris, journaliste française, a suivi une formation à l'Institut européen de journalisme Robert Schuman, à Bruxelles. Elle a été responsable de la communication au service de l'Église catholique et responsable commerciale dans le secteur privé. Elle est mariée et mère de quatre enfants.

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