Au fond de l’église de Jonzieux, près de Saint-Étienne, un tableau présente une religieuse partie en Océanie en 1858. C’est loin dans le temps… et dans l’espace. Mais cette aventure humaine et spirituelle mérite d’être racontée.
Pour comprendre l’exploit de cette femme de chez nous, il faut savoir que le diocèse de Lyon a été un extraordinaire terreau missionnaire. Des centaines de personnes ont entendu l’appel du Christ pour annoncer l’Évangile en Afrique, en Amérique, en Asie et en Océanie. Et ils sont partis, soutenus par l’aide matérielle et surtout par la prière, grâce à l’initiative de la lyonnaise Pauline Jaricot, récemment béatifiée.
C’est donc dans la petite paroisse de Jonzieux que Jeanne-Marie Autin (1839-1912) a entendu cet appel pour les missions. Dès l’âge de 15 ans, elle a prié et a été encouragée par le curé Pierre-Antoine Richard. Puis elle a intégré le groupe du Tiers-Ordre Régulier de Marie, et s’est préparée au départ pour les îles des antipodes.
Mgr Pierre-Marie Bataillon, alors missionnaire à Wallis, invitait largement des religieux, religieuses et laïcs de la Loire et du Rhône à faire ce grand voyage et à participer à la mission d’évangélisation. De plus, des wallisiennes avaient écrit une lettre invitant les femmes pour les éduquer dans la foi et les aider.
« Modèle de vaillance, d’énergie, de dévouement »

Sr Marie-Rose de Lima (Jeanne-Marie Autin) © smsmsisters.org
Ainsi, le 24 octobre 1858, Jeanne-Marie, devenue sœur Marie-Rose de Lima, a embarqué avec deux autres religieuses sur un bateau à Bordeaux. Durée du voyage : 8 mois ! Le P. Yardin, mariste, connaissait bien les qualités de sagesse et de bon jugement de la jeune femme, alors âgée de 19 ans. Il prévenait aussi que son instruction était sommaire. De son côté, la jeune missionnaire était consciente de ses limites et même d’une tendance au découragement.
Néanmoins, Sr Marie-Rose de Lima a vécu cette mission au bout du monde pendant plus de 50 ans ! À Wallis, d’abord, pour le soin des malades. À Samoa ensuite, île voisine, dans l’enseignement. À Futuna enfin, auprès de sœur Marie du Mont-Carmel, la fondatrice des sœurs missionnaires de la Société de Marie.
À partir des années 1880, la religieuse s’est consacrée à la formation des jeunes de Wallis et a été en charge des premières novices et postulantes de cette nouvelle famille religieuse. Au moment de sa mort en 1912, elle a été saluée pour sa longue vie missionnaire : « C’est elle qui a formé nos premières sœurs. Elle fut un modèle de vaillance, d’énergie, de dévouement au milieu de beaucoup d’épreuves. »
Les Wallisiens et Futuniens que j’ai rencontrés récemment en Océanie sont très reconnaissants pour ces hommes et femmes venus de France pour porter l’Évangile. Telle Sœur Marie-Rose de Lima, humble servante du Seigneur, native de Jonzieux !
