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Irak : Délicate reconstruction

Une grande partie du soutien financier pour la reconstruction de l’Irak est suspendue et le pays doit apprendre à vivre sans aide

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Première publication le 16 janvier 2026 par l’AED

Une grande partie du soutien financier pour la reconstruction de l’Irak se retire et le pays doit apprendre à vivre sans aide.

Un étudiant de l’université catholique d’Erbil en Irak. ©AED

« Mes chers amis, bienvenue », commence le jeune homme :  il s’agit d’une de ces cérémonies de remise des diplômes à l’américaine, où les étudiants paradent en robe académique et prononcent leurs discours de remerciement. La scène serait banale si elle n’avait pas lieu à Erbil, dans le Kurdistan irakien. Chacun des jeunes gens de l’assemblée a connu l’exil, la terreur et les deuils.

Derrière le pupitre, le lauréat Youhana Yacob Joseph prononce un discours en anglais impeccable. La vingtaine, une barbe clairsemée sous ses larges lunettes, il raconte la série d’exils qu’il a connus dans son enfance et dans son adolescence. Après chaque déménagement forcé, il croyait avoir trouvé le lieu qu’il pourrait considérer comme sa maison, mais il fallait encore et encore fuir. Comme des millions d’Irakiens, il a vu sa situation se dégrader dramatiquement. L’un de ses oncles a été assassiné, ses parents se sont appauvris, puis son père a fait un arrêt cardiaque. « J’ai vu ma mère porter notre famille seule, dans Erbil où nous avions enfin trouvé refuge », témoigne-t-il. Erbil, au nord-est de l’Irak, a été l’ultime refuge de millions de chrétiens, de yézidis et de musulmans qui fuyaient l’État islamique. C’est là qu’il a pu accéder à l’université catholique et grandir en sécurité. « Je sais que j’ai enfin trouvé ma place ici », conclut l’ancien étudiant, sous les applaudissements.

L’université catholique d’Erbil a germé au milieu de la désolation engendrée par l’expansion de Daech, en 2015. À cette époque, les habitants craignaient une offensive djihadiste qui se serait emparée de la ville kurde. Les chrétiens s’entassaient, dans des conditions précaires, saturant les camps de réfugiés d’Ankawa, à la périphérie de la ville. Ils n’imaginaient plus de vie autrement qu’en quittant leur pays. Dans ce contexte, la fondation de l’université, à l’initiative de l’Église locale, était un pari difficile, mais qui porte des fruits dix ans après. L’école, qui avait débuté avec 11 élèves, en compte désormais plus de 760, chrétiens et musulmans mêlés.

« Il faut que les Irakiens réapprennent à gérer leur pays sans aide extérieure »

« C’est une réussite… Tant mieux pour ces étudiants, mais les Irakiens dans leur ensemble n’ont pas encore repris la main sur leur pays », nous avertit un interlocuteur qui a consacré plusieurs années de sa vie dans une mission humanitaire au service de la population irakienne. Cette université, comme tant d’autres projets en Irak, n’aurait jamais vu le jour sans le soutien d’associations comme l’AED : « C’est parfaitement normal en temps de crise, mais il faut à présent que les Irakiens réapprennent à gérer leur pays sans aide extérieure ».

Il nous donne l’exemple d’un hôpital qui a tourné des années grâce au soutien étranger. L’association qui finançait la structure a averti l’administration irakienne qu’elle allait devoir se retirer, mais rien n’a été fait. Quand elle s’est effectivement retirée, les patients ont été abandonnés à eux-mêmes ; un crève-cœur.

Pourtant la société irakienne se transforme rapidement. La mobilité forcée d’une partie des Irakiens les a confrontés à d’autres modèles de société et ils sont de plus en plus connectés. Les jeunes filles musulmanes découvrent sur leurs smartphones que le mariage forcé, par exemple, n’est pas la norme dans tous les pays. Dans ce contexte, la formation des jeunes gens est plus que jamais nécessaire pour que cette transformation se fasse dans les meilleures conditions possibles.

Enfin, un signe d’espoir est apparu le 15 octobre dernier sous la forme de la restauration de deux églises de la ville de Mossoul. L’église syriaque orthodoxe Saint-Thomas, datant du VIIe siècle et l’église chaldéenne catholique Al-Tahira « l’Immaculée », ont été réinaugurée le même jour, comme un signe de fraternité entre les communautés chrétiennes. Mgr Najeeb Michael Moussa, évêque chaldéen de Mossoul, a déclaré après la cérémonie de 15 octobre : « Ces églises ne sont pas seulement des pierres. Elles sont la mémoire de la foi, de l’histoire et de la communauté ». L’homme, qui a dû fuir la ville avec ses paroissiens en 2014, dans des conditions dantesques, assure que la foi « peut être blessée mais pas éteinte ».

Sylvain Dorient

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L’AED est une fondation pontificale, fondée en 1947 dans un esprit de réconciliation. Elle soutient les chrétiens partout dans le monde, là où ils sont confrontés aux persécutions et difficultés matérielles. https://aed-france.org

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