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Grégor Puppinck, capture eclj.org

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Publication: « Les droits de l’homme dénaturé », par Grégor Puppinck

Il y a 70 ans, la Déclaration universelle des droits de l’homme

Grégor Puppinck vient de publier Les droits de l’homme dénaturé, aux éditions du Cerf. Ce livre a été écrit pour toutes les personnes qui s’interrogent face à l’évolution des droits de l’homme et de la société. Il analyse et montre les forces à l’œuvre dans cette évolution, depuis la Déclaration universelle des droits de l’homme (10 décembre 1948), en s’appuyant sur les grands textes et décisions des instances internationales.

Grégor Puppinck interviendra aux Nations Unies, lors d’un colloque organisée par le Saint Siège à l’occasion du 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il nous livre ici son analyse.

70 années après la Déclaration universelle, les droits de l’homme ont envahi l’imaginaire politique et l’univers juridique. Ils ont révolutionné les institutions, tant nationales qu’internationales, en imposant une morale universelle centrée sur les droits individuels, au travers du maillage sans cesse plus resserré d’un réseau d’institutions chargées d’en garantir le respect à chaque être humain. Les droits de l’homme sont devenus au XXe siècle une philosophie universelle exprimant une conception de l’homme. Ce livre analyse la transformation de cette conception de l’homme à travers celle de ses droits. Il compare, pour cela, l’intention originelle des rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme, telle qu’elle apparaît dans les archives de 1948, avec l’interprétation évolutive qui en été faite depuis par les instances internationales.

La critique des droits de l’homme est une tâche difficile, tant la matière est vaste, à la fois juridique, philosophique et politique. Deux écueils menacent cette entreprise : le premier – celui des philosophes – consiste à vouloir déduire la réalité de la théorie, le second – celui des juristes – consiste, à l’inverse, à accorder une trop grande portée théorique aux observations factuelles. Pour éviter l’un et l’autre écueil, nous allons étudier la transformation des droits de l’homme pas à pas, en suivant l’évolution de la jurisprudence des instances internationales, en particulier de la Cour européenne des droits de l’homme. Nous ne tirerons aucune conclusion qui ne puisse être déduite de cette observation. Le droit a l’avantage d’être une discipline rationnelle, qui s’inscrit dans le temps à travers une succession de textes normatifs élaborés avec grande attention. Ces textes sont riches et comportent toujours de multiples dimensions, sociales, philosophiques et politiques. L’analyse de l’évolution des droits de l’homme permet d’observer avec objectivité l’évolution de l’idée que les instances internationales se font de l’homme, ce qui n’est pas rien.

Certes, on peut faire dire beaucoup à la jurisprudence en matière de droits de l’homme, tant elle est abondante et parfois contradictoire. C’est d’ailleurs un reproche qui lui est fréquemment adressé. Mais il demeure possible d’observer très distinctement une évolution cohérente – à défaut d’être toujours consciente – des droits de l’homme. Une à une, les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme et de ses consœurs forment progressivement un puzzle laissant apparaître une nouvelle image de l’homme. C’est la vision de cette image que je souhaite exposer.

Cette analyse repose aussi sur mon expérience personnelle auprès des instances internationales. En tant que juriste et directeur d’une organisation internationale non gouvernementale, le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), j’ai travaillé depuis près de vingt ans sur de très nombreuses affaires devant la Cour européenne et les instances des Nations unies. Depuis 1999, je participe, souvent comme représentant du Saint-Siège, à des comités d’experts intergouvernementaux chargés de négocier et de rédiger de nouveaux développements des droits de l’homme. Ainsi, j’ai suivi de près, et souvent participé directement à la plupart des affaires controversées dont il est question dans ce livre. C’est à partir de cette expérience, affaire après affaire, que je propose une compréhension globale de l’évolution des droits de l’homme.

Mon analyse porte sur ce qui, dans l’évolution des droits de l’homme, permet d’y discerner l’évolution de la représentation de l’homme, c’est-à-dire sur les normes ayant de fortes implications anthropologiques. Elle laisse de côté les autres normes généralement consensuelles. Même si l’évolution des normes à implication anthropologique appelle un jugement sévère, il ne serait pas juste pour autant, ni prudent, de rejeter globalement l’ensemble des droits de l’homme, car ceux-ci demeurent, pour de nombreuses personnes, l’ultime espoir de justice. Cela étant, le prestige et les qualités des droits de l’homme ne doivent pas empêcher leur critique.

Ce n’est d’ailleurs pas tant une critique qu’une vision de l’évolution actuelle et future de l’homme des droits de l’homme que je souhaite partager. Plus précisément, ce livre décrit le passage des « droits de l’homme » de 1948 aux « droits de l’individu » des vingt dernières années, puis aux « droits transhumains » actuellement en formation. Cette évolution reflète celle du rapport de l’homme à la nature. Alors que les droits de l’homme de 1948 reflétaient des droits naturels, l’affirmation de l’individualisme a généré de nouveaux droits antinaturels, tels que le droit à l’euthanasie ou à l’avortement, conduisant à leur tour à l’émergence de droits transnaturels qui garantissent aujourd’hui le pouvoir de redéfinir la nature, tels que le droit à l’eugénisme, à l’enfant, ou au changement de sexe. Plus profondément, cette évolution témoigne d’une transformation profonde de la conception de la dignité humaine qui tend à être réduite à la seule volonté individuelle, ou à l’esprit par opposition au corps, et qui envisage toute négation de la nature et des conditionnements comme une libération et un progrès. Finalement, ce livre montre comment les droits de l’homme actuels accompagnent le transhumanisme et œuvrent au dépassement de la démocratie représentative. Au-delà, je m’interroge sur ce qui en l’homme mérite d’être protégé, sur ce en quoi réside notre humanité.

Grégor Puppinck est docteur en droit, directeur du Centre européen pour le droit et la justice (Strasbourg), expert auprès d’organisations internationales et des services diplomatiques du Saint-Siège. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont La Famille, les droits de l’homme et la vie éternelle, 2015 (Prix Humanisme Chrétien 2016).

 

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