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Mgr Becciu au Latrn, courtoisie de Sant'Egidio

Mgr Becciu au Latran, courtoisie de Sant'Egidio

Mgr Becciu encourage Sant’Egidio (traduction intégrale)

Homélie pour le 49e anniversaire de la communauté

Mgr Angelo Becciu encourage la communauté de Sant’Egidio  « à continuer de construire des ponts, des liens, pour que s’affirme une civilisation du ‘bien vivre ensemble’, une civilisation de l’amour ».

Le Substitut de la Secrétairerie d’État a célébré une messe pour les personnes en grande précarité à l’occasion du 49e anniversaire de la communauté de Sant’Egidio le 9 février 2017, en al basomique papale Saint-Jean-du-Latran, de Rome. L’Osservatore Romano a publié le texte intégral de l’homélie dans son édition quotidienne en italien du 10 février 2017.

« Votre mission, communauté de Sant’Egidio, a dit Mgr Becciu, est d’aller dans toutes les périphéries, là où il y a des conflits, où les personnes ne sont pas reconnues dans leur dignité, où les diversités sont vécues comme exclusion et conflit ». « Apportez-y la présence du Christ, a-t-il invité, régénérez la fraternité et … faites-leur prendre conscience de leur dignité. »

En se référant au texte de l’Évangile (Mc 7, 24-30) où une femme « demande pitié pour sa fille », Mgr Becciu a exhorté: « Contribuez-vous aussi à soulager les souffrances de tant de mères ! ». Ce sont « ces mères de Syrie qui demandent de l’aide pour leurs enfants ». Ce sont « ces mères qui assistent, à travers le monde, au supplice de la guerre ».

Le Substitut de la Secrétairerie d’État a aussi rappelé que la communauté était née « au sein de l’Église de Rome » et que ses « liens avec l’évêque de Rome » devraient « continuer » à la « caractériser ». « Que votre « romanité », a-t-il conclu, fasse de vous tous des collaborateurs du pape François, qui dilatent son cœur et ses bras, en arrivant là où lui ne peut arriver physiquement. »

Voici notre traduction intégrale de l’italien de l’homélie du Mgr Becciu.

MD

Homélie du Mgr Becciu

En cet heureux anniversaire de la communauté de Sant’Egidio, je vous salue tous, chers frères et sœurs, spécialement les étudiants et travailleurs, les personnes âgées et sans domicile fixe, les réfugiés et immigrés, les bénévoles, les amis, tous les collaborateurs.

Je salue particulièrement les cardinaux et les évêques présents, messieurs les ambassadeurs, les illustres autorités et tous les membres de la communauté Sant’Egidio, dont le président Marco Impagliazzo, le fondateur Andrea Riccardi, et tous ceux qui sont à la tête de cette grande et belle famille. Avec vous, je remercie Dieu pour le don de votre présence vive et créative dans l’Eglise de Rome qui, graduellement, s’est répandue dans tant d’autres Eglises à travers le monde. Présence qui entretient la présence vivante et actuelle de Jésus, qui passa au milieu des gens à l’avantage de tous (cf. Actes 10, 31).

Le rayonnement de vos actions s’est dilaté non seulement géographiquement, mais également dans la multiplicité des initiatives et des œuvres, qui vous ont amenés à travailler pour la paix, la réconciliation, le dialogue fraternel avec les membres des différentes religions. Ce projet, vous ne l’avez pas programmé assis à un bureau. Mais de manière ouverte et généreuse, vous vous êtes laissés guidés par l’Esprit qui, au gré des circonstances, vous a toujours ouvert de nouveaux chemins, dilatant vos horizons sur ceux de l’Eglise.

Les lectures de la liturgie d’aujourd’hui semblent choisies exprès pour vous et, comme la Parole de Dieu est toujours « lumière » de nos pas et « lampe » de nos routes (cf. Ps (cf. Sal 118, 105), aujourd’hui elle nous indique clairement où trouver le centre de notre vie.

1. La Communauté de Sant’Egidio, depuis 49 ans, dès ses débuts, s’est tournée vers les personnes en situation de marginalisation ou d’abandon. Elle s’est laissée guidée par la grande leçon du livre de la Genèse que nous venons d’entendre: homme et femme sont des créatures de Dieu, façonnées par ses mains; à l’image et la ressemblance de Dieu. Qui fait la dignité de la personne humaine!

L’homme « Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu/le couronnant de gloire et d’honneur: / tu l’établis sur les œuvres de tes mains, tu mets toute chose à ses pieds » (Ps 8, 6-7). Bien que fragile et petit, Dieu se « rappelle » de lui et « prend soin » de lui.

Le regard du Créateur ne fait pas de discrimination, ne divise pas ses fils et ses filles en catégories : ils sont sa créature, aimée, pour laquelle il est prêt à sacrifier son Fils bien-aimé, parce qu’il l’aime comme il aime son Fils. Devant l’homme et la femme, Il est lui-même émerveillé et pousse un cri de joie: Il vit que cela était « très » bon (cf. Gen. 1, 31). Selon cette page des Ecritures, personne n’est en marge: toute personne est au centre, est le centre.

Le regard du Créateur doit devenir le nôtre : toute personne que je rencontre est « très » bonne, « chair de ma chair, os de mes os ». De toute personne je «  me souviens » et «  je prends soin ». Celle-ci m’a été confiée par amour de Dieu, comme Eve a été mise devant Adam qui l’a reconnue et accueillie comme un autre lui; à la fois différente et ressemblante. C’est la richesse de la complémentarité qui chacun offre à l’autre et reçoit de l’autre. L’autre est un don que Dieu me fait pour que ma vie soit complète, pour que je ne sois pas seul. Le Qohèleth rappelle: « Malheur à l’homme seul : s’il tombe personne ne le relève » (4,10)

Depuis que Dieu s’est incarné et s’est identifié à chaque personne, l’homme et la femme ont acquis une valeur vraiment inestimable, jusqu’à faire dire à Jésus: « chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. » (cf. Mt. 25, 45). L’autre, tout petit qu’il soit, est vraiment Jésus! Je dois l’aimer comme j’aime Jésus.

Le pape François répète toujours que l’amour chrétien n’est pas une idée abstraite, mais se concrétise en aidant les autres, en partant des plus faibles et des pauvres, qui sont «  la chair du Christ ». Il n’y a pas si longtemps encore, il a dit : « un amour qui ne reconnaît pas que Jésus est venu dans la Chair, n’est pas l’amour que Dieu nous commande. (…) Que l’amour soit concret, avec les œuvres de miséricorde… C’est ce qui a faire dire au diacre Laurent « les pauvres sont le trésor de l’Eglise! ». Pourquoi? Parce qu’ils sont la chair souffrante du Christ! » (Homélie, 11 novembre 2016). La valeur de l’autre ne se mesure pas à son rendement et son efficacité. Que les pauvres soient toujours votre trésor et que vous puissiez toujours toucher en eux la « chair du Christ », avec ce même amour et même soin que l’on vit l’Eucharistie.

A la lumière de cette Parole, je vois tout le travail, la ténacité, de Sant’Egidio. Je pense à l’intégration des immigrés et réfugiés, dont nos sociétés ont besoin. Je vous encourage donc à continuer de construire des ponts, des liens, pour que s’affirme une civilisation du « bon vivre ensemble », une civilisation de l’amour, même si ce n’est pas toujours dans cette direction que va le monde, surtout à notre époque.

2. Votre parcours est parti d’un groupe de lycéens qui, au lieu de projeter un avenir en pensant exclusivement au succès et à la carrière professionnelle, a décidé de donner le jour à une école populaire pour les enfants marginalisés des bidonvilles romains, se laissant interpeler par les exigences audacieuses de l’Evangile. Vous êtes donc partis des périphéries, bien avant que ce mot soit utilisé comme un programme par le pape François. Des périphéries par rapport à quel centre ? Dans l’évangile que nous venons de lire, Jésus va dans les périphéries. Le centre était la terre et le peuple d’Israël. Jésus se trouve maintenant sur le territoire de Tyr et Sidon, terre de païens, marginalisée. Mais maintenant qu’il y est, ce territoire devient le centre. Jésus est le centre du monde et de l’histoire et partout où Jésus se trouve, se trouve le centre.

Votre mission, communauté de Sant’Egidio, est d’aller dans toutes les périphéries, là où il y a des conflits, où les personnes ne sont pas reconnues dans leur dignité, où les diversités sont vécues comme exclusion et conflit et non comme un enrichissement comme cela devrait être. Apportez-y la présence du Christ, régénérez la fraternité et faites en sorte que celles-ci, les périphéries, redeviennent  « le centre » ; faites-leur prendre conscience de leur dignité, rendez-les actifs et acteurs dans le tissu social et dans la vie de l’Eglise.

Je sens fortement ce que la femme de l’évangile nous suggère : elle vient d’une région de la Syrie et demande pitié pour sa fille. Ne représente-t-elle pas ces mères de Syrie qui demandent de l’aide pour leurs enfants? Ces mères qui assistent, à travers le monde, au supplice de la guerre ? En rentrant chez elle, la femme trouve sa fille guérie. Très chers membres de Sant’Egidio, contribuez vous aussi à soulager les souffrances de tant de mères!

3. Notre présence en cette église de Saint-Jean-de-Latran, que la tradition veut « mère et chef de toutes les églises », me suggère une troisième et dernière pensée, liée, à vos origines et à votre présent. Vous êtes nés au sein de l’Eglise de Rome et vous êtes encore aujourd’hui son expression vitale. Vous aimez cette Ville et aidez à la rendre encore plus belle et accueillante. Vos liens avec l’évêque de Rome doivent donc continuer à vous caractériser, pas seulement ici, mais ailleurs, dans d’autres régions du monde, là où arrive votre charité. Que votre « romanité » fasse de vous tous des collaborateurs du pape François, qui dilatent son cœur et ses bras, en arrivant là où lui ne peut arriver physiquement. En faisant ça vous concourrez à ramener toute personne au centre et à faire de toute périphérie un nouveau noyau de vie et d’humanité. Seulement de cette façon la géopolitique mondiale pourra changer et le grain de l’Evangile pourra produire en abondance les fruits d’une vraie paix.

Je conclue, enfin, par les paroles que le pape vous a adressées: « Avancez sur cette route : la prière, les pauvres et la paix. Et en marchant ainsi, vous aidez à faire grandir la compassion au cœur de la société (qui est la véritable révolution, celle de la compassion et de la tendresse), à faire grandir l’amitié au lieu des fantômes de l’inimitié et de l’indifférence ».

Traduction de Zenit. Océane Le Gall

 

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