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Japon, cardinal Thomas Aquinas Manyo © Vatican News

Japon, cardinal Thomas Aquinas Manyo Maeda © Vatican News

Japon : poète et cardinal, entretien dans L’Osservatore Romano

Un coup de tonnerre dans un ciel serein

« Dans un ciel serein / un grondement / comme une Pentecôte » : c’est par ce verset composé dans la forme poétique japonaise brève, le haiku, dont il est maître, que Thomas Aquino Manyo Maeda a commenté la décision du pape François de l’inclure dans le collège cardinalice. L’archevêque d’Osaka, qui est né dans l’archidiocèse de Nagasaki et a été aussi pasteur à Hiroshima – les deux villes martyres de la folie nucléaire – s’est confié à L’Osservatore Romano daté du 20 juillet 2018, dans une interview où il parle du rôle de l’Église dans un Japon de plus en plus sécularisé.

Voici notre traduction de cet entretien.

Qu’avez-vous fait quand vous avez appris que le pape vous donnait la pourpre ?

Au début, je suis resté perplexe et, en proie à l’étonnement, je me disais : pourquoi moi ? Je ne suis pas qualifié ! Sans y penser, j’ai composé le verset « Dans un ciel serein / un grondement / comme une Pentecôte ». Parce que cette annonce a vraiment été un coup de tonnerre dans un ciel serein. Après un moment, j’ai pensé que, si c’était l’œuvre de l’Esprit, ce même Esprit me donnerait aussi la force pour accomplir la tâche ; et me souvenant de la phrase de l’Évangile « Sur ta parole je jetterai les filets », j’ai décidé d’accepter avec humilité l’engagement qui m’était demandé.

Quels sont les principaux défis que doit affronter l’Église au Japon ?

Le fait que le nombre des fidèles n’augmente pas et la diminution des vocations de prêtres et de consacrés sont les questions les plus urgentes. Pour freiner cette tendance, je considère qu’il faut que les fidèles, les clercs et les religieux aient toujours davantage conscience de l’importance de vivre leur foi dans la joie. Si l’on vit cette joie de la foi, je suis certain que le nombre des catholiques augmentera, tout comme le nombre des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée. Il est avant tout urgent d’évangéliser la communauté ecclésiale elle-même. En effet, bien qu’elle sache comment intervenir, par manque de courage ou par pudeur, elle se montre incapable de réagir. D’autre part, je considère aussi qu’il est important de se réapproprier d’une certaine manière la méthode de l’époque dite missionnaire, peut-être en trouvant de nouvelles modalités d’expression de la méthode missionnaire comme du zèle missionnaire de cette époque

Quel est le rôle de l’éducation dans le contexte du témoignage chrétien dans un pays où les catholiques sont une minorité ?

Je pense que le monde de l’éducation est le milieu privilégié pour la diffusion de l’Évangile parmi les jeunes. Dans le passé, jusqu’à il y a environ quarante ans, un nombre très élevé de baptêmes se célébrait grâce aux école. Aujourd’hui, cela arrive rarement. Non seulement on est peu enclin à administrer les sacrements de l’initiation, mais on s’abstient même de donner des leçons de religion. À l’école et dans les universités, comme ailleurs, il est nécessaire de transmettre l’Évangile avec plus de courage. Pour cela, il est important de former des enseignants catholiques qualifiés.

Quelle est la situation dans le dialogue interreligieux ?

Au sein de la Conférence épiscopale nationale, il y a un département spécifique qui s’en occupe et, dans chaque diocèse, il y a un comité chargé d’organiser des activités d’échange et de dialogue avec les autres religions. Par exemple, pour la promotion de la paix, il y a eu de nombreuses initiatives en collaboration avec les représentants du bouddhisme et du shintoïsme ; des veillées de prière sont périodiquement célébrées ensemble. Toutefois, je pense qu’il est important de noter que le dialogue doit déjà être pratiqué dans la vie de tous les jours. Dans une même famille, il y a des personnes appartenant à des religions différentes. C’est émouvant d’observer comment vivent ces personnes, se respectant mutuellement, dans la recherche de la volonté de Dieu. Je trouve important de considérer le dialogue aussi de ce point de vue.

Parvient-on à évangéliser dans une société sécularisée ?

Justement parce que nous vivons dans une société où la sécularisation est très avancée, je pense que l’annonce de l’Évangile est encore plus nécessaire. Ou plutôt, il semble vraiment qu’un nombre toujours plus élevé de personnes soient à la recherche d’une bonne nouvelle comme celle de l’Évangile. Pour satisfaire cette demande, je considère qu’il est nécessaire de cultiver l’enthousiasme et de renouveler les méthodes et les expressions de l’annonce.

Quel rôle jouent les consacrés dans l’Église du Soleil levant ?

Je dirais qu’il est très important : aujourd’hui, malgré le vieillissement du personnel et la baisse des vocations, les différentes congrégations religieuses contribuent largement, avec des activités liées au charisme de chacune d’elles, à l’évangélisation de la société. Il suffit de penser à leur engagement dans le domaine de l’instruction, de la santé et dans d’autres secteurs de la vie sociale. Au sein de la pastorale diocésaine, ensuite, elles soutiennent les paroisses et les activités des différentes commissions. En particulier, le travail des consacrés se révèle important dans la pastorale des étrangers. En même temps, comme on le lit dans l’instrument de travail en préparation pour le synode sur la « nouvelle évangélisation », avec leur offrande d’eux-mêmes, les consacrés témoignent de la priorité de Dieu sur toute chose, et par le biais de la vie en commun, ils témoignent de la force et de la profondeur des liens qui jaillissent de l’Évangile. Je considère que ce témoignage représente un aspect très important de leur mission. La composition des communautés religieuses devient aussi une forme de témoignage. En effet, elles sont de plus en plus internationales et, dans une société comme la société japonaise qui s’ouvre lentement à la diversité, cela témoigne qu’il est possible de vivre « ensemble » en dépassant les barrières nationales.

Que faites-vous pour les nombreux immigrés qui arrivent chaque année ?

L’engagement de l’Église dans ce domaine présente des aspects différents. Avant tout, il y a la dimension pastorale. Se trouvant à l’improviste dans un monde et dans une culture différente de ceux de leur origine, les immigrés ont besoin d’aide pour pouvoir maintenir et cultiver leur foi. En leur offrant notre assistance, nous nous employons pour que cela soit possible. Des célébrations régulières sont prévues dans la langue maternelle des pays d’origine ; en même temps, dans les paroisses, nous nous efforçons de les accueillir chaleureusement et de cheminer avec eux. Il y a aussi un aspect social. Les migrants qui arrivent au Japon rencontrent diverses difficultés :  il leur faut un logement, ils doivent apprendre la langue, ils ont besoin d’aide dans l’éducation de leurs enfants, de conseil juridique, etc. Nous nous efforçons de leur offrir une assistance dans tous ces domaines. Dans mon archidiocèse d’Osaka, le centre pour les activités sociales se charge d’apporter ce type d’assistance. Et puis il y a un aspect humanitaire. Qu’ils soient chrétiens ou non, nous nous engageons à les accueillir avec chaleur et à protéger leurs droits en tant que personnes. Enfin, parmi les immigrés aussi naissent des vocations sacerdotales et religieuses. Nous ne pouvons que nous en réjouir.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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