Israéliens et Palestiniens: « Le Saint-Siège peut jouer un rôle unique pour la réconciliation »

Entretien avec le patriarche latin émérite Michel Sabbah

Patriarche émérite Michel Sabbah, Patriarcat latin de Jérusalem, capture

Patriarche émérite Michel Sabbah, Patriarcat latin de Jérusalem, capture

« Le Saint-Siège peut jouer un rôle unique pour la réconciliation en Terre Sainte entre Israéliens et Palestiniens. Il est accepté par les deux parties. Il est au-dessus des parties… il est l’unique entité qui puisse offrir une médiation ». C’est ce qu’affirme Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem émérite, dans un entretien à Zenit.

Mgr Sabbah, chef de la Commission Justice et Paix de l’Assemblée des ordinaires catholiques de Terre Sainte, commente un communiqué de la commission publié le 22 mai 2017 sur la question de la « normalisation » : « Certains, même dans le pays ici, semblent s’être habitués à vivre avec le drame, avec la mort quotidienne, et la haine mutuelle ».

Zenit – Sur la scène internationale, le Saint-Siège peut-il aider au dialogue israélo-palestinien ?

Mgr Michel Sabbah – Je crois que le Saint-Siège peut jouer un rôle unique pour la réconciliation en Terre Sainte entre Israéliens et Palestiniens. Il est accepté par les deux parties. Il est au-dessus des parties. Il a des valeurs évangéliques qui le font présent dans le monde, sans se noyer dans les problèmes du monde. En cela, je crois, qu’il est l’unique entité qui puisse offrir une médiation, surtout en ce temps et à ce point mort où la situation est arrivée. Les Etats, même les plus puissants, ont échoué dans cette médiation. Il ne reste plus que le Saint-Siège. En Israël et dans le monde juif, il y a un grand nombre qui veut voir la fin de ce drame qui se joue en Terre Sainte. Les Palestiniens également sont prêts à accueillir cette médiation. J’espère que le Saint-Siège pourra vraiment porter à la Terre Sainte la paix que le Christ est venu porter au monde entier, et là où il est venu, à Jérusalem, et dans toute la Terre Sainte.

Pourquoi la commission Justice et Paix publie-t-elle un tel communiqué sur la « normalisation » ?

Il n’y a aucun événement particulier qui a exigé la publication de ce document. La Commission poursuit tout simplement, dans sa rencontre mensuelle, une réflexion sur la situation du pays. Ce sujet s’est présenté à sa réflexion comme une caractéristique d’une situation vécue par tous, Palestiniens et Israéliens, une situation d’un conflit qui a commencé dès le début du 20e s. et qui ne s’est jamais terminé. Il y eut plusieurs guerres et confrontations entre les deux parties, sans réussir à mettre fin aux hostilités mutuelles. Dans cette situation de conflit, « d’une blessure toujours ouverte » il y a chaque jour des hommes, des femmes, des enfants qui souffrent ou meurent. Ils semblent être oubliés. Certains, même dans le pays ici, semblent s’être habitués à vivre avec le drame, avec la mort quotidienne, et la haine mutuelle. De même les multiples visiteurs, hommes politiques, hommes d’Eglise, les pèlerins, semblent passer et retourner chez eux, comme si la situation était normale, comme s’il n’y avait plus de conflit, des injustices, à redresser, une occupation militaire à terminer, bref deux peuples à réconcilier. Un dialogue qui se fait ici devrait avoir un souci, une prière, pour la réalité vécue, pour que le conflit prenne fin et que les deux peuples puissent enfin se réconcilier et commencer vraiment une situation de vie normale.

Que peut faire l’Eglise sur place ?

Une partie a conscience du « mal » présent à guérir, une autre partie a peur de se brûler les doigts, ou pense que toute intervention est inutile et que la question est purement politique, sans aucune dimension humaine qui doive attirer son attention, son amour et son action. Les homélies des pasteurs sont souvent loin de la vie de chaque jour, désincarnées. Il ne s’agit pas d’appeler à la révolte, mais de compléter la prière dans la maison de Dieu par un regard sur ce qui se passe dans la rue, et par un amour qui porte les soucis de personnes humaines qui souffrent et d’un amour qui essaie d’aider à la guérison d’une blessure dont plus d’un souffrent.

Sans pour autant se mêler de politique ?

De la part des Autorités politiques, comme des structures d’Eglise, la situation « politique » ici est considérée comme un tabou pour l’Eglise. Alors que la situation politique n’est pas seulement politique, c’est une situation « humaine » où des hommes et des femmes souffrent, et auxquels il faut porter secours, et il faut tout simplement avoir conscience de leur existence et de leurs souffrances, et ne pas prendre l’attitude du riche dans la parabole de l’Evangile, qui n’a pas pu voir le pauvre Lazare gisant à sa porte. En bref, il ne s’agit pas de faire de la politique, mais de voir « la personne humaine » qui souffre. Pour l’Eglise, pour tout chrétien, pour le Seigneur Jésus, tout ce qui est humain nous concerne. Et ce qui se passe aujourd’hui en Israël-Palestine est tout simplement une situation humaine anormale dont il faut prendre conscience, afin d’être capable et d’avoir le courage d’aimer et de dire une parole pour guérir.

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