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Académie des sciences sociales © Vatican Media

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Climat : le pape appelle à « stopper une crise qui conduit le monde au désastre »

Discours à l’Académie pontificale des sciences (Traduction intégrale)

Le pape François a encouragé les ministres des finances de diverses nations à œuvrer en faveur de l’environnement, pour « stopper une crise qui conduit le monde au désastre » : « notre survie et notre bien-être en dépendent », a-t-il dit ce 27 mai 2019. Il les a invités au « calcul pour sauver notre monde de l’indifférence et de l’idolâtrie de l’argent ».

Depuis la Casina Pio IV au Vatican, le pape a prononcé un discours à l’occasion de la Rencontre intitulée « Le changement climatique et les nouvelles données probantes issues de la science, du génie et des politiques », organisée par l’Académie pontificale des sciences.

Il a donné aux participants une feuille de route : « Que nous apprécions ce qui est important, et non ce qui est superflu ; Que nous corrigions nos comptes nationaux… afin de ne plus poursuivre les activités qui détruisent notre planète ; Que nous mettions un terme à la dépendance mondial des combustibles fossiles ; Que nous ouvrions un nouveau chapitre d’énergie propre et sure, qui utilise par exemple des ressources renouvelables comme le vent, le soleil et l’eau. »

« Nous continuons de marcher sur de vieilles routes parce que nous sommes piégés par notre mauvaise comptabilité et par la corruption d’intérêts acquis. Nous continuons de considérer et de compter comme profit ce qui menace notre survie même », a déploré le pape. Il a alors appelé à agir « avec prudence et responsabilité dans nos économies pour répondre réellement aux nécessités humaines, pour promouvoir la dignité humaine, pour aider les pauvres et pour nous libérer de l’idolâtrie de l’argent qui crée ainsi tant de souffrances ».

AK

Intervention du pape François

Messieurs et Mesdames,

Je salue cordialement chacun de vous, ici présents aujourd’hui : le président de l’Assemblée générale des Nations Unies et les ministres des Finances de différentes nations. Je vous sais gré d’être venus au Vatican pour discuter d’un sujet d’une grande importance pour l’humanité et pour la création tout entière. À notre époque, il semble que les profits et les pertes soient davantage considérés que ne le sont les vies et les morts, et que la priorité soit donnée au patrimoine net d’une entreprise sur la valeur infinie de l’humanité. Aujourd’hui, vous êtes ici pour réfléchir à la façon de remédier à cette profonde crise causée par une confusion de nos comptes moraux et de nos comptes financiers. Vous êtes ici pour aider à stopper une crise qui conduit le monde au désastre.

L’actuelle interdépendance mondiale nous oblige à penser au monde comme s’il était un monde unique avec un projet commun (cf. Enc. Laudato si’, 164). En 2015, les nations du monde se sont unies dans un consensus autour de deux Accords importants : celui des Objectifs de Développement durable des Nations Unies et celui sur le Climat à la COP21 de Paris. C’est votre responsabilité, en tant que leaders financiers de vos nations, de poursuivre et de stimuler des actions destinées à atteindre les objectifs que vos gouvernements ont adoptés il y a quatre ans pour le bien de l’humanité d’aujourd’hui et de l’avenir. C’est une entreprise fondamentale. Nous devons atteindre ce sur quoi nous nous sommes mis d’accord, parce que notre survie et notre bien-être en dépendent.

Aujourd’hui, les signes ne sont pas bons. Les investissements en combustibles fossiles continuent d’augmenter, bien que les scientifiques nous disent que les combustibles fossiles doivent rester dans le sous-sol. L’Agence internationale pour l’Énergie a récemment rapporté que les investissements en énergie propre ont à nouveau diminué pour la seconde année consécutive, bien que les experts aient plusieurs fois signalé les avantages découlant de l’énergie propre provenant du vent, du soleil et de l’eau, sur l’environnement humain. Nous continuons de marcher sur de vieilles routes parce que nous sommes piégés par notre mauvaise comptabilité et par la corruption d’intérêts acquis. Nous continuons de considérer et de compter comme profit ce qui menace notre survie même.

Les conséquences de l’inaction mondiale sont surprenantes. Il y a environ deux semaines, certains centres de recherche scientifique ont enregistré que la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, parmi les causes principales du réchauffement mondial liées à des activités humaines, avait atteint 415 parties par million, le niveau le plus élevé jamais enregistré. Partout dans le monde, nous voyons des vagues de chaleur, des sécheresses, des incendies de forêts, des inondations et d’autres événements météorologiques extrêmes, l’élévation du niveau de la mer, l’émergence de maladies et d’autres problèmes qui ne sont pas qu’un avertissement sévère de quelque chose de bien pire qui pourrait arriver si nous n’agissons pas, et n’agissons pas d’urgence.

Aujourd’hui, au cours de votre rencontre, vous avez entendu les paroles d’éminents climatologues et experts. Leur message a été clair et pressant. Nous devons agir avec détermination pour mettre fin aux émissions de gaz de serre avant la moitié de ce siècle au plus tard, et faire même davantage. Les concentrations de dioxyde de carbone doivent diminuer significativement afin d’assurer la sécurité de notre maison commune. Vous avez aussi entendu que cela peut s’obtenir à bas coût en utilisant l’énergie propre et en améliorant l’efficacité énergétique.

C’est ce qu’indique la raison, la base de notre action commune. Décidons par conséquent de travailler ensemble à ces fins :

Que nous apprécions ce qui est important, et non ce qui est superflu ;

Que nous corrigions nos comptes nationaux et les comptes de nos « affaires », afin de ne plus poursuivre les activités qui détruisent notre planète ;

Que nous mettions un terme à la dépendance mondial des combustibles fossiles ;

Que nous ouvrions un nouveau chapitre d’énergie propre et sure, qui utilise par exemple des ressources renouvelables comme le vent, le soleil et l’eau ;

Surtout, que nous agissions avec prudence et responsabilité dans nos économies pour répondre réellement aux nécessités humaines, pour promouvoir la dignité humaine, pour aider les pauvres et pour nous libérer de l’idolâtrie de l’argent qui crée ainsi tant de souffrances.

Vous êtes les responsables des finances de vos pays, qui avez entre les mains les livres comptables de vos gouvernements respectifs. Mais en premier lieu, nous devons reconnaître le ‘registre’ de la vie même, de la dignité humaine, de la survie, parce que quel avantage pour un homme s’il gagne le monde entier et perd ensuite sa propre vie ? (cf. Mc 8,38). Oui, nous sommes confrontés à une question de calcul, le calcul pour sauver notre monde de l’indifférence et de l’idolâtrie de l’argent. C’est ce que signifiait Jésus lorsqu’il disait que les pauvres en esprit sont bienheureux parce que c’est à eux qu’appartient le Royaume des cieux (cf. Mt 5,3).

J’espère qu’en qualité d’administrateurs des finances du monde, vous vous mettrez d’accord sur un projet commun qui soit en harmonie avec la science du climat, avec le nouveau génie de l’énergie propre et avant tout avec l’éthique de la dignité humaine. Je vous exhorte à demander à vos collègues ministres des Finances du monde entier d’unir vos efforts et vos projets. Puisse votre travail avec les scientifiques et les techniciens, ainsi qu’avec les peuples de vos nations, en particulier avec les plus pauvres, atteindre les Objectifs de Développement durable et de l’Accord de Paris sur le Climat.

Une fois que le projet commun sera fixé par vos Gouvernements, j’espère que nous pourrons nous rencontrer à nouveau pour remercier Dieu pour sa miséricorde qui nous permet de corriger notre chemin avant qu’il ne soit trop tard. Le temps est essentiel. Nous attendons votre action déterminée pour le bien de toute l’humanité.

C’est avec ces pensées que je vous assure à nouveau de ma gratitude et que j’invoque sur vous tous d’abondantes bénédictions divines. Merci !

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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