Alors que le président américain Donald Trump promeut une initiative diplomatique ambitieuse et controversée en vue d’un règlement politique à Gaza, le Saint-Siège adopte une attitude mesurée et prudente. Le Vatican a confirmé que le pape Léon XIV avait personnellement reçu une invitation à rejoindre la nouvelle « Commission pour la paix à Gaza », tout en soulignant qu’aucune décision n’avait encore été prise.
Mercredi 21 janvier, à Rome, lors d’un événement organisé par l’Observatoire de la pensée indépendante à l’occasion de son vingt-cinquième anniversaire, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican, a précisé que cette invitation faisait actuellement l’objet d’un discernement approfondi. « Nous avons également reçu cette invitation ; le pape l’a reçue », a-t-il déclaré. « Nous examinons la question et approfondissons le sujet. C’est une question qui nécessite du temps pour y répondre. »
L’initiative portée par Donald Trump prévoit la création d’un nouvel organisme international chargé de favoriser un accord politique à Gaza. Le président américain a présenté ce projet comme une alternative à ce qu’il considère être l’inefficacité chronique des Nations unies. Dans plusieurs déclarations publiques, il a affirmé que l’ONU « n’a pas atteint son potentiel » et a même suggéré que ce nouveau conseil pourrait, à terme, se substituer à elle dans la conduite des processus de paix.
Cependant, l’adhésion à cette commission implique une contribution financière substantielle : chaque pays membre devrait verser un milliard d’euros. Sur ce point, le cardinal Parolin s’est montré catégorique. Le Saint-Siège, a-t-il expliqué, n’est pas en mesure d’assumer une telle contribution. « Nous ne pouvons même pas le faire », a-t-il affirmé, précisant que le rôle du Vatican, s’il devait exister, serait nécessairement différent de celui des États disposant de ressources économiques et militaires.
Cette position s’inscrit dans la tradition diplomatique du Saint-Siège, fondée davantage sur l’autorité morale, la médiation et le dialogue que sur la puissance financière ou stratégique.
Sur le plan international, les réactions à la proposition de Trump sont contrastées. Israël a officiellement accepté l’invitation, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu a été confirmé comme membre du conseil. D’autres pays ont également donné leur accord, parmi lesquels l’Argentine, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Hongrie, le Kazakhstan, le Maroc, les Émirats arabes unis et le Vietnam.
La présidente du Kosovo, Vjosa Osmani, a annoncé avec enthousiasme la participation de son pays, évoquant le soutien décisif des États-Unis à l’indépendance du Kosovo en 2008 et présentant cette initiative comme le prolongement naturel de cette alliance stratégique. L’Égypte a également accepté l’invitation, le gouvernement du président Abdel Fattah al-Sisi saluant les politiques américaines au Moyen-Orient et soutenant la mission du comité dans le cadre d’un plan plus large visant à mettre fin au conflit à Gaza.
En Europe, en revanche, le scepticisme domine. La France, la Norvège et la Suède ont refusé de participer au conseil « sous sa forme actuelle ». Depuis Davos, le Premier ministre suédois, Ulf Kristersson, a confirmé ce refus. L’Italie, selon le cardinal Parolin, continue pour sa part à évaluer l’opportunité d’une participation.
Ces refus ont suscité de vives réactions de la part de Donald Trump, qui a publiquement menacé la France d’imposer des droits de douane punitifs de 200 % sur les vins et le champagne français.
La Russie, quant à elle, adopte une position attentiste. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiqué que Moscou ne disposait pas encore d’informations suffisantes sur la portée et le mandat exacts de la commission. Il a précisé que la Russie espérait obtenir des éclaircissements en contactant la partie américaine, d’autant plus que Moscou et Minsk auraient, selon certaines sources, reçu des invitations, soulevant des interrogations sur le cadre géopolitique réel de l’initiative.
Dans ce contexte, les déclarations plus générales du cardinal Parolin sur les tensions internationales prennent un relief particulier. Interrogé sur l’affirmation de Donald Trump selon laquelle il « aime l’Europe » mais n’apprécie pas la direction qu’elle prend, le secrétaire d’État du Vatican a évité toute polémique. « C’est son point de vue », a-t-il sobrement répondu.
Pour le Saint-Siège, a-t-il insisté, l’essentiel demeure le respect du droit international. Les appréciations personnelles, même légitimes, doivent s’effacer devant les règles qui structurent la communauté internationale. Le cardinal Parolin a également mis en garde contre le climat actuel de tensions transatlantiques. « Les tensions ne sont pas saines », a-t-il observé. « Elles créent un climat qui aggrave une situation internationale déjà grave. »
L’hésitation du Vatican reflète ainsi bien plus qu’une simple prudence procédurale. Historiquement, le Saint-Siège se montre réservé face aux mécanismes internationaux ad hoc qui contournent les institutions multilatérales existantes sans fondement juridique clair. S’il a souvent souligné les limites des Nations unies, il n’a cessé de défendre le multilatéralisme comme un cadre imparfait mais indispensable à l’ordre international.
Pour l’heure, le Saint-Siège demeure dans une phase de discernement, sans soutenir ni rejeter formellement la « Commission pour la paix à Gaza ». À une époque où la diplomatie mondiale semble de plus en plus transactionnelle et polarisée, cette retenue vaticane rappelle une autre grammaire diplomatique, fondée sur la patience, la légalité internationale et la cohérence morale.
