Coupole de la basilique Saint-Pierre, Cité du Vatican © ZENIT - HSM

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Procès au Vatican: sixième audience, témoignage de l’évêque de Côme

Un « pré-séminaire » en question

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La sixième audience du procès de deux prêtres du « pré-séminaire » du Vatican, a eu lieu ce jeudi 25 février 2021 et elle a duré environ une heure et quart (10h16 – 11h31), avec la déposition de l’évêque actuel de Côme, Mgr Oscar Cantoni, entendu comme témoin.

En effet, le pré-séminaire, qui n’est pas exactement un « petit séminaire », mais un lieu de discernement des vocations d’adolescents ou de jeunes, a été voulue en 1956 par Pie XII, et elle a été confiée au diocèse de Côme, dans le Nord de l’Italie, à quelque 700 km de Rome, plus exactement à l’Opera Don Folci de ce diocèse (« Oeuvre » Don Folci).

C’est l’évêque émérite, Mgr Diego Attilio Coletti, qui a naguère reçu la plainte de la victime, mais il a estimé dans un premier temps qu’il n’y avait pas suffisamment d’éléments concrets pour entreprendre une action en justice. Mgr Coletti a présenté un certificat médical pour « des problèmes de troubles cognitifs et un diabète élevé », et il ne se présentera donc pas à la barre.

Les prochaines audiences auront lieu les 17 mars et 18 mars: la victime présumée « L.G. » sera interrogée et une visite au pré-séminaire sera effectuée. L’audience suivante a été fixée au 14 avril.

Deux prêtres italiens sont inculpés par le tribunal du Vatican: le p. Gabriele Martinelli – à l’époque des faits jeune servant d’autel – pour abus sexuels, et le p. Enrico Radice, alors recteur, pour complicité.

Résumé de la déposition de Mgr Cantoni

L’évêque de Côme a confirmé les déclarations contenues dans une note datée du 20 novembre 2017 et dans un document issu de l’enquête préliminaire et en date du 2 mai 2018 que le juge Pignatone qualifie d’ «extrêmement détaillée».

Le diocèse a demandé aux accusés une indemnisation pour la victime présumée. Dans son enquête préliminaire, lancée à la suite des lettres de « dénonciation » venant de deux prêtres que le p. Radice avait marginalisés dans la direction de l’établissement, les pp. Marinoni et Granoli, s’est achevée sur un « votum episcopi » prévoyant une compensation de 20 mille euros pour la victime, « L.G. », et  5 mille euros pour les frais engagés pour l’enquête.

Cette décision est à la base de la mise en accusation pour le procès pénal en cours et elle n’a pas été notifiée au p. Radice, mais uniquement au p. Martinelli. L’avocat Camilli, défenseur du p. Radice, estime en effet que la sanction n’est pas exécutoire car, a expliqué Mgr Cantoni, « on attend les résultats de ce procès pénal ».

La demande d’indemnisation laisse penser que le diocèse a reconnu la validité des accusations portées contre les pp. Martinelli et Radice.

En même temps, Mgr Cantoni rappelle que les quatre sanctions disciplinaires prononcées contre Martinelli (entre 2017 et 2019), l’ont d’abord mis à l’isolement dans un monastère de la Vallée d’Aoste puis dans une structure protégée à Côme, avec la consigne de ne parler qu’à ses supérieurs et à ses parents.

Mgr Cantoni, estime que la réputation du p. Martinelli a été « lésée » par des media du fait que les accusations remontent « au passé » de Martinelli qui a « maintenant changé ». Il confirme qu’entre septembre 2006 et juin 2012, des rapports de prêtres parlent d’une « conduite sexuellement inappropriée ». Mais l’évêque souligne que « dans les années en question il n’était pas un clerc, et les normes en cas d’abus sur mineurs de la part de membres du clergé ne s’appliquerait donc pas.

L’évêque ajoute: «Depuis qu’il est à Côme, d’abord comme diacre, puis comme prêtre, il n’y a pas eu de signalement. C’était une tendance homosexuelle transitoire liée à l’adolescence ». Il souligne que le p. Gabriele Martinelli a toujours « respecté les règles imposées » et que personne, depuis qu’il est prêtre, « ne s’est jamais plaint » à l’évêque.

En 2017, après la diffusion du reportage sur le programme télévisé satirique « Le Iene« , Mgr Cantoni a pris contact avec différents prêtres pour savoir si Gabriele Martinelli avait commis des abus. Il a appris que le recteur d’alors, le p. Enrico Radice « ne partageait pas la gestion » avec ses confrères et qu’il avait « imposé le silence » sur les faits graves dont il avait été informé.

L’évêque a aussi appris que les plus jeunes « étaient à la merci du pouvoir des séminaristes plus grands »: ils « avaient peur », « n’étaient pas libres de se tourner vers les supérieurs », et, de fait « Martinelli comptait plus que les prêtres, il jouissait de privilèges comme « élève » de Radice. Il était très craint par les étudiants ».

La victime présumée « L.G. » à envoyé un message au vice-recteur de l’époque, le p. Ambrogio Marinoni, le 15 novembre 2017, quelques jours après l’émission de télévision, à propos de lui et du p. Marco Granoli : «Au cours de mon expérience au pré-séminaire, vous étiez  les seuls éducateurs qui se souciaient de nous. S’il y avait quelque chose qui n’allait pas dans l’air, vous avez essayé d’intervenir, vous avez essayé de signaler. Ne vous sentez pas coupable d’avoir pu faire plus. Comme je n’ai pas été écouté, vous n’avez pas non plus été écoutés. »

Le 10 juillet 2013, « L.G. » a adressé une lettre à l’évêque émérite de Côme, Mgr Diego Coletti, dans laquelle il disait avoir « trouvé la force de rapporter au recteur Radice » ce qui n’allait pas avec le pré-séminaire et qu’il n’avait pas été « le seul à souffrir ».

Le p. Marinoni a aussi confirmé que « L.G. »a remis une lettre à Alessandro Flaminio Ottaviani – témoignage de la veille –  demandant qu’elle soit adressée au Pape. Ottaviani, sachant que la lettre contenait des accusations contre le cardinal Comastri, a décidé de ne pas la remettre. Hier, Ottaviani, interrogé à ce sujet, a déclaré: « Je n’en avais pas envie et il n’y avait aucune opportunité ».

L’évêque a aussi abordé la question du « pouvoir » au pré-séminaire qui est certes une entité du Vatican mais dont la gestion est confiée à l’Opera Don Folci du diocèse de Côme: il en ressort un manque d’autorité claire sous la seule responsabilité du recteur.

Mgr Cantoni dit avoir demandé des éclaircissements au cardinal Comastri à cet égard, mais celui-ci a fait observer qu’il était seulement responsable de la sacristie de la basilique Saint-Pierre. Il aurait répondu: « Je ne peux pas avoir juridiction sur le pré-séminaire en tant que tel. »

L’évêque a également souligné le problème de la formation théologique, faite au séminaire français de Rome et non à Côme, une chose que le cardinal Comastri avait déploré: « Le card. Comastri avait suggéré que Martinelli et un autre prêtre de son âge étudient à Côme et non au séminaire français. Cela n’a pas été fait. J’ai dit: il aurait fallu obéir. »

Le p. Marco Granoli avait signalé aux responsables de l’Opera Don Folci « l’empêchement » de Gabriele Martinelli au sacerdoce, car il n’était pas « idoine » pour l’ordination étant donné « différents comportements ». Mais « le conseil de l’Opera n’a rien fait », indique l’évêque.

Mgr Cantoni a lui-même conféré l’ordination sacerdotale à Gabriele Martinelli peu après son arrivée comme évêque de Côme (il a été nommé le 4 octobre 2016): «Quand j’ai appris que l’ordination était proche, je suis venu à Rome et j’ai convoqué le recteur Radice et le recteur du séminaire français. Tous deux m’ont dit que le jeune homme  avait fait un chemin positif. Toutes les personnes qui ont eu quelque chose à voir avec lui après le diaconat, à qui j’ai demandé un avis sur Martinelli, m’ont rassuré: il n’y avait pas eu de comportement équivoque, il s’était comporté avec dignité. Le recteur du séminaire français a vu une maturation, les années avaient passé, il a dit: «Ok, donnons le feu vert» ».

Mgr Cantoni a déclaré avoir bénéficié d’une bonne coopération lors de l’enquête de l’Opera Don Folci: «J’ai ordonné une enquête pour faire la lumière sur les aspects économiques et pédagogiques. Ils sont très inquiets ». L’enquête est toujours en cours, mais suspendue en raison de la Covid.

Une fausse lettre signée par le p. Radice au nom de Mgr Coletti a été citée: elle confirmait l’aptitude au sacerdoce et demandait également d’accélérer l’ordination, à l’occasion du 90e anniversaire du fondateur de l’Opera Don Folci. Mgr Cantoni dit qu’il n’avait pas entendu parler de cette lettre mais avait appris son existence au cours de l’enquête, alors qu’elle avait déjà été déchirée.

On a également cité, comme hier, l’ancien vicaire judiciaire du diocèse de Côme, le p. Andrea Stabellini, maintenant résidant à Lugano où il enseigne la théologie. Des avocats de la défense lui reprochent d’avoir violé le Code de droit canonique qui prévoit le caractère confidentiel des enquêtes. Le p. Stabellini aurait donné quelques détails à d’anciens séminaristes amis. Et il aurait aussi prolongé son mandat pour enquêter sur la question au-delà du temps imparti. Il sera probablement interrogé par le tribunal du Vatican.

Avec Manuela Tulli et Salvatore Cernuzio

 

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Anita Bourdin

Journaliste française accréditée près le Saint-Siège depuis 1995. Rédactrice en chef de fr.zenit.org. Elle a lancé le service français Zenit en janvier 1999. Master en journalisme (Bruxelles). Maîtrise en lettres classiques (Paris). Habilitation au doctorat en théologie biblique (Rome). Correspondante à Rome de Radio Espérance.

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