Mgr Vincenzo Paglia @ santegidio.org

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Académie pour la vie : repenser la protection sociale des personnes âgées

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Mgr Paglia présente le message sur la vieillesse

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«Il est nécessaire de repenser sérieusement non seulement la question des résidences pour personnes âgées mais aussi le système de protection sociale du vaste peuple des personnes âgées qui caractérise aujourd’hui toutes les sociétés», a affirmé Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie pontificale pour la vie, ce 9 février 2021.

En présentant au Vatican le Document de l’Académie intitulé « La vieillesse : notre avenir. La situation des personnes âgées après la pandémie », l’archevêque a souligné que «la mort et la souffrance des plus âgés ne peuvent pas ne pas représenter un appel à mieux faire, à faire autrement, à faire plus. Nous le devons à nos jeunes».

Voici notre traduction de son intervention.

Intervention de Mgr Vincenzo Paglia

Permettez-moi avant tout de remercier le pape François pour l’institution de la « Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées » qui se tiendra chaque année le 25 juillet, en la fête des saints Joachim et Anne. C’est une invitation faite aux croyants afin que grandisse en eux et autour d’eux une nouvelle sensibilité à l’égard des grands-parents et des personnes âgées. Les derniers papes sont souvent intervenus pour nous inviter tous à une attention renouvelée envers les personnes âgées. Que l’on se souvienne simplement de la Lettre aux personnes âgées de saint Jean-Paul II, de certaines interventions précieuses de Benoît XVI et de l’intense Magistère du pape François avec l’inoubliable fête des personnes âgées à Rome en 2017. Le pape, qui ne cesse de lutter contre cette « culture du déchet » qui pousse à abandonner les personnes âgées, nous exhorte par tous les moyens à prendre soin du réseau des attaches familiales et des liens qui unissent les générations, pour que la famille et la communauté chrétienne soient une maison accueillante à tous, des plus petits aux grands-parents, et que la transmission de la culture et de la foi entre les générations soit fluide et vivante.

Avec cette Note, l’Académie pour la Vie souhaite souligner l’urgence d’accorder une nouvelle attention aux personnes âgées dont le nombre a augmenté partout ces dernières décennies. Sans toutefois qu’augmente la proximité envers eux et encore moins une juste compréhension de la grande révolution démographique de ces dernières décennies. La pandémie de Covid-19, qui a fait le plus grand nombre de victimes parmi les personnes âgées, a mis en lumière cette incapacité de la société contemporaine à prendre soin de manière adéquate de ses personnes âgées. Avec la pandémie, cette culture du « déchet » que le pape François a souvent évoquée, a provoqué d’innombrables tragédies qui se sont abattues sur les personnes âgées. Sur tous les continents, la pandémie a frappé avant tout ceux qui étaient âgés. Les données concernant les décès sont d’une brutale cruauté. A ce jour, il est question de plus de deux millions et trois cent mille personnes âgées mortes de la Covid-19, la majorité d’entre elles ayant plus de soixante-quinze ans. Une véritable « hécatombe de personnes âgées ». Et la majorité d’entre elles sont décédées dans des maisons de retraite. Dans certains pays – par exemple l’Italie – les données montrent que la moitié des personnes âgées victimes de la Covid-19 viennent de maisons de retraite et de RSA (Résidences de type Ehpad, ndr) tandis que seulement 24 pour cent du total des décès concernent les personnes âgées vivant à domicile. En somme, 50 pour cent des morts sont survenues parmi les 300.000 hôtes environ des maisons de retraite et des RSA, tandis que seulement 24 pour cent des décès sont survenues parmi les 7 millions de personnes âgées de plus de 75 ans vivant à domicile. Le domicile, y compris pendant la pandémie, à conditions égales, a protégé beaucoup plus. Et ceci s’observe aussi en Europe et dans de nombreuses autres parties du monde. Une recherche de l’Université de Tel Aviv sur les pays européens a montré la relation proportionnelle directe entre le nombre de lits dans les RSA et le nombre des morts âgés. Dans tous les pays, on observe la même proportion : plus il y a de lits, plus le nombre des victimes grandit parmi la population âgée. Je ne pense pas que ce soit un hasard. Ce qui s’est produit empêche toutefois de liquider la question du soin accordé aux personnes âgées en recherchant des boucs émissaires, des coupables individuels. D’autre part, un silence coupable et suspect serait incompréhensible.

Il est urgent de repenser au niveau mondial la proximité de la société à l’égard des personnes âgées. Dans le système de soin et d’aide aux personnes âgées, beaucoup de choses sont à revoir. L’institutionnalisation des personnes âgées dans les maisons de retraite, dans tous les pays, n’a pas nécessairement garanti les meilleures conditions d’aide, encore moins pour les personnes les plus faibles. Il est nécessaire de repenser sérieusement non seulement la question des résidences pour personnes âgées mais aussi le système de protection sociale du vaste peuple des personnes âgées qui caractérise aujourd’hui toutes les sociétés. Le pape François a rappelé qu’on ne sort pas comme avant d’une pandémie : soit nous sommes meilleurs, soit nous sommes pires. Cela dépend de nous et de la façon dont nous commençons dès aujourd’hui à construire l’avenir. Cette Note – la troisième qui émane de l’Académie, en lien avec la pandémie – veut aider à construire un nouvel avenir pour les personnes âgées dans la société.

Il est de la responsabilité de l’Église d’assumer une vocation prophétique qui indique l’aube d’un temps nouveau. Nous ne pouvons pas ne pas nous engager pour une vision profonde qui conduise le soin de la terre et du quatrième âge. Nous le devons à nos personnes âgées, à toutes celles qui le deviendront dans les années à venir. La civilisation d’une époque se mesure à la façon dont nous traitons les plus faibles et les plus fragiles. La mort et la souffrance des plus âgés ne peuvent pas ne pas représenter un appel à mieux faire, à faire autrement, à faire plus. Nous le devons à nos jeunes, à ceux qui sont jeunes et au début de la vie : éduquer à la vie de l’Évangile signifie également enseigner que la faiblesse – notamment celle des plus âgés – n’est pas une malédiction mais une voie pour rencontrer Dieu dans le visage de Jésus-Christ. Avec le regard de l’Évangile, la fragilité peut devenir une force et un instrument d’évangélisation.

L’Église, maîtresse de vie, devra toujours plus réinterpréter – au sein d’un monde nouveau et en évolution – sa vocation à être un modèle et un phare pour toutes les familles et pour la société entière pour que ceux qui vieillissent soient soutenus et aidés à rester chez eux et pour qu’ils ne soient jamais abandonnés.

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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Hélène Ginabat

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