Il y a juste un an, le don de la vie du père Frans à Homs, en Syrie

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«Je ne me sens pas comme un étranger, mais comme un Arabe parmi les Arabes»

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Il y a un an, le 7 avril 2014, le père Frans van der Lugt, sj, (1938-2014), jésuite hollandais, était assassiné en Syrie dans la ville martyre de Homs.

Radio Vatican se souvient et lui rend hommage dans cet entretien avec Mgr Mario Zenari, nonce en Syrie, qui a participé ce mardi matin, 7 avril, à la messe en mémoire du missionnaire qui n’a jamais voulu abandonner la population alors qu’il aurait pu se sauver. Il a partagé jusqu’au bout – il aurait eu 76 ans le 10 avril 2014 –  les privations et l’inconfort de la vilel assiégée, les menaces quotidiennes, avec la conscience que sa vie était en danger.

Voici notre traduction intégrale de l’interview de Mgr Zenari, qui est notre hommage à ce grand ami de Jésus et de la Syrie. Il avait étudié l’arabe et le dialecte libanais à Beyrouth et il avait ensuite passé un premier temps en Syrie, où il a résidé à partir de 1976.  Il avait fait sa théologie à Fourvière.

En février 2014, il disait: “«Le peuple syrien m’a tant donné, tant de gentillesse, tant d’inspiration, et tout ce que je possède. Maintenant qu’il souffre, je dois partager sa peine et ses difficultés. (…) Je suis le seul prêtre et le seul étranger à être resté. Mais je ne me sens pas comme un étranger, mais comme un Arabe parmi les Arabes». Il repose au monastère de Bustan al-Diwan, le quartier chrétien de Homs.

A.B.

Mgr Mario Zenari – Le père Frans, qui avait choisi de rester avec la population qui a été assiégée pendant deux ans, a été assassiné un mois avant que la ville de Homs ne soit libérée. Cet exemple est vraiment emblématique. Ce matin, ici, avant de célébrer la messe, j’ai vu beaucoup de monde et – ce qui m’impressionne – de très nombreux jeunes et des familles venues de différents endroits de la Syrie, pas seulement des chrétiens mais aussi des musulmans, qui ont estimé et aimé le père Frans.

Venant de Damas, à deux heures de route, on traverse une zone désertique qui, précisément aux mois de mars et d’avril, est recouverte d’un léger manteau vert. Et je me suis fait cette réflexion : ces chrétiens, ces personnes qui souffrent, qui donnent leur vie parce qu’ils aiment leurs fidèles, ils aiment leur peuple, c’est comme ces semences qui, même si elles sont piétinées, finissent tôt ou tard par germer. Je dirais que c’est un peu cela, l’espérance de la Syrie qui vit un drame tout à fait particulier, tant de personnes et tant d’innocents qui souffrent, des vies brisées comme celle du père Frans van der Lugt. L’important, c’est de semer des graines de bonté, des graines de non violence, de respect de la dignité humaine et, tôt ou tard, elles germeront et ce sera vraiment le printemps, ce sera aussi le printemps arabe.

Radio Vatican – La mort du père Frans est emblématique des agressions que subissent tant de chrétiens en Syrie et aussi ailleurs, et le pape, en ces jours de fête de Pâques, les a évoqués. Quelle impression vous ont fait ses paroles adressées au monde invitant à ne pas avoir un « silence complice », à faire davantage, à ne pas détourner le regard…

Ce message du pape, ce rappel est très apprécié des chrétiens d’ici, et pas seulement des chrétiens. Je crois que c’est un devoir de toute la communauté internationale de protéger ces groupes minoritaires qui, parfois, sont agressés et victimes d’atrocités. Il y a ici un devoir, et le pape fait bien de le rappeler, un devoir de toute la communauté internationale. Et je dirais que cela a encouragé, a donné de la force aussi aux chrétiens de Syrie. Ces appels ont aussi un ton particulier : le jour de Noël, il avait mentionné d’abord « la Syrie bienaimée » et cet adjectif a beaucoup frappé les chrétiens d’ici et, je le redis, pas seulement les chrétiens mais tous les Syriens, qui ont une grande estime pour le Saint-Père.

Comment la communauté chrétienne de Damas a-t-elle vécu les fêtes de Pâques et quelles nouvelles vous sont parvenues d’autres zones ?

J’ai célébré le Vendredi saint à Damas dans la cathédrale gréco-catholique-melkite. Elle était comble de monde, de chrétiens. Et de toutes les régions de la Syrie, ici aussi à Homs, j’ai entendu dire que jamais comme maintenant les chrétiens n’ont rempli les églises. Je dirais que la foi et la prière sont une grande force contre la peur, contre l’angoisse pour l’avenir, surtout chez les chrétiens. Cela a été une fête de Pâques très, très sincère. Je crois, en effet, que nos chrétiens ont beaucoup ressenti la Passion du Seigneur, le Vendredi saint. Tous les Syriens – chrétiens, musulmans et d’autres religions – ont dû entreprendre une démarche de Chemin de Croix. Tant de souffrances, tant de morts… Maintenant, on se demande à quelle  « station » du Chemin de Croix nous sommes arrivés. Sommes-nous arrivés à la quatorzième, celle qui précède la résurrection ? Ou bien, sommes-nous encore malheureusement à mi-chemin du Chemin de Croix ? C’est un peu ce qui pèse sur l’esprit des chrétiens et, dirais-je, de tous les Syriens.

Traduction Constance Roques

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ZENIT Staff

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