Qui était l’homme du Saint-Suaire ?

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Emanuela Marinelli explique pourquoi cet homme ne pouvait être que Jésus

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ROME, Jeudi 28 mai 2009 (ZENIT.org) – Un drap jauni par le temps interroge depuis des siècle les hommes. Pour certains, c’est dans cette toile que Jésus fut enveloppé tout de suite après sa mort en croix, pour d’autres, c’est un faux pour alimenter la dévotion chrétienne.

Le tissu a enveloppé un cadavre malmené, faisant apparaître clairement des taches de sang et l’image frontale et dorsale d’un corps, dont l’impression reste un mystère.

Une image qui s’est estompée mais qui demeure tout aussi riche de détails impressionnants qui permettent de reconstituer les dernières heures de ce défunt auquel est attribué une identité bouleversante : Jésus de Nazareth. 

Enquêtes, recherches, analyses, discussions : ce drap connu sous le nom de « Saint-Suaire » a fait beaucoup parlé de lui. Pendant des siècles, il a été vénéré comme la plus précieuse relique de la chrétienté.

Puis en 1988, coup de théâtre. Une analyse au carbone 14, affirme que l’origine de cette toile remonte au Moyen Age, autrement dit à une époque successive à la date de la crucifixion de Jésus. 

Les experts sont partagés. Pour certains l’analyse n’a pas été rigoureuse et ne constitue pas une preuve, pour d’autres elle est valable. D’autres encore réaffirment que le linceul n’a pas enveloppé le corps de Jésus. 

Pour essayer de faire le point concernant les connaissances et les argumentations pour ou contre le Saint-Suaire, Emanuela Marinelli, professeur de sciences naturelles et géologiques, membre éminent du Centre romain d’étude du Linceul de Turin , organisatrice du Congrès mondial Saint-Suaire 2000, auteur de nombreux ouvrages, intervenue dans des centaines de rencontres sur le sujet, promotrice de la revue « Collegamento pro Sindone » et du site www.sindone.info, vient de publier le volume : « La Sindone. Analisi di un mistero » (Le Linceul. Analyse d’un mystère) aux éditions Sugarco ( 267 pages, 19,50 Euro). 

ZENIT l’a rencontrée.

ZENIT : Combien de mystères ce morceau de tissu jauni par le temps cache-t-il? Et quels sont-ils? 

Prof. Marinelli : Depuis des années, les chercheurs s’interrogent sur ce linceul, conservé à Turin depuis plus de quatre siècles. Son histoire, rigoureusement documentée, part de la moitié du XIVème siècle et les chercheurs enquêtent sur le parcours de son arrivée en Europe. Mais le mystère le plus fascinant reste l’origine de l’image humaine imprimée sur l’antique tissu. Cette empreinte se voit encore mieux sur le négatif d’une photo. Ce drap a certainement enveloppé un cadavre ; mais le corps, comment a-t-il pu projeter son image sur l’étoffe? L’image est déterminée par un phénomène de déshydrations et d’oxydation, qui ne peut-être provoqué par le seul contact du drap avec le cadavre.  

ZENIT : On a beaucoup écrit sur le Saint-Suaire. Quelles nouveautés apportez-vous ?

Prof. Marinelli : Outre toutes les raisons de douter du résultat de l’analyse par radiocarbone, qui fait remonter l’origine du linceul au Moyen âge, ce livre fait état de récentes études menées par un groupe de scientifiques de l’ENEA, l’institution centrée sur les nouvelles technologies, l’énergie et l’environnement, de Frascati (Rome). 

Dans cet institut, les chercheurs ont pris quelques échantillons de lin et les ont irradiés avec un appareil, le laser à excimères, qui émet des rayons ultraviolets à haute intensité. Les résultats, comparés à l’image du linceul, révèlent des analogies intéressantes et confirment la possibilité que l’image ait été provoquée par une irradiation ultraviolette directionnelle.  

ZENIT : Cela fait des décennies que vous étudiez le Saint-Suaire, quelle idée vous en êtes-vous faite? Est-ce vraiment le drap qui a enveloppé Jésus après sa crucifixion? 

Prof. Marinelli : Cela ne fait aucun doute, ce drap ne peut avoir enveloppé un autre cadavre. Et l’image a du se former au moment de la résurrection, provoquée par un faisceau de lumière jaillissant de son corps glorieux. 

ZENIT : Quelles sont les preuves et les arguments les plus solides qui prouveraient que c’est ce tissu de lin qui a servi à envelopper le corps du Christ? 

Prof. Marinelli : Il y a une parfaite coïncidence entre les récits des quatre évangiles sur la Passion du Christ et ce que l’on observe sur le Suaire: la flagellation comme peine en soi, trop abondante pour être le prélude de la crucifixion (120 coups au lieu des 21 habituels) ; la couronne d’épines, un fait tout à fait insolite ; le transport du patibulum, le pieu horizontal de la croix ; la suspension à la croix avec des clous au lieu d’utiliser les cordes habituelles ; l’absence de crurifrage, la fracture des jambes infligée pour accélérer la mort ; la blessure au côté après la mort, avec écoulement de sang et de sérum ; le fait de ne pas avoir laver le corps (dû à la mort violente et à une sépulture rapide) ; le cadavre enveloppé dans un drap précieux et la déposition dans un tombeau pour lui au lieu de finir dans une fosse commune ; le bref séjour dans le drap. 

ZENIT : Si le Saint-Suaire est vraiment ce que vous et tant d’autres disent, quel est le sens de cette relique? Le Seigneur veut-il donner une réponse à notre incrédulité?

Prof. Marinelli : Il est certainement étonnant de penser que la révélation photographique du linceul remonte à la fin du XIXème siècle, période où le positivisme se caractérisait par une confiance dans le progrès scientifique et par la tentative d’appliquer la méthode scientifique à toutes les sphères de la connaissance et de la vie humaine. Au moment où la foi en Jésus Christ semblait, aux yeux des sages, quelque chose de dépassé, la science photographique révélait son image comme une mystérieuse présence sur le linceul.  

Avec la venue des ordinateurs dans la seconde moitié du XXème siècle, a été révélée la tridimensionnalité de l’image du linceul. Et encore une fois, le Christ émerge de ce lin dans toute sa majesté.  

Les fidèles de saint Thomas Apôtre, à travers le Saint-Suaire, peuvent encore aujourd’hui mettre le doigt dans les plaies du Seigneur et avoir un signe, qui est en réalité comme le signe de Jonas (Mt 12,39-40) 

ZENIT : Pourquoi certaines personnes cherchent à montrer que ce linceul n’est pas celui du Christ? Quel arguments apportent-ils?  

Prof. Marinelli : Le Saint-Suaire inquiète ceux qui veulent exclure le Christ de leur vie. Le seul argument qui est reproposé pour nier l’authenticité de cette relique est la preuve par radiocarbone. Mais il y a de tout autour de ce test et il est juste de connaître les dessous de cet examen pour se rendre compte du manque de fondement de ses résultats.  

J’ai consacré plus de la moitié de mon livre à cette histoire, jusqu’aux derniers développements, avec les aveux de Christopher Bronk Ramsey, le directeur actuel de l’un des trois laboratoires qui, il  y a vingt ans, ont daté le linceul : « Il y aurait, semble-t-il conflit concernant l’interprétation des mesures établies par radiocarbone et les autres preuves que nous avons sur le Saint-Suaire. C’est pourquoi j’estime que toute personne ayant travaillé dans ce secteur, scientifiques, experts en radiocarbone et autres experts, doivent avoir un regard critique concernant les preuves qu’ils ont produites de manière à retracer une histoire cohérente qui s’adapte et nous révèle la véritable histoire de ce mystérieux morceau de tissu » . Les recherches doivent donc continuer, mais de manière transparente et exempte de préjugés. 
 

Antonio Gaspari

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ZENIT Staff

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