Catéchèse du card. Meisner

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« Rechercher la vérité comme sens profond de l’existence humaine »

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COLOGNE, Jeudi 18 août 2005 (ZENIT.org) – Depuis hier, jusqu’à demain vendredi, des catéchèses prononcées par des évêques et des cardinaux présents à Cologne sont proposées aux jeunes.

L’archevêque de Cologne, le cardinal Joachim Meisner a choisi comme thème de sa catéchèse : « Rechercher la vérité comme sens profond de l’existence humaine. Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu en effet son astre à son lever (Mt 2,2) ».

Voici le texte intégral de la catéchèse du cardinal Meisner.

* * *

Cardinal Joachim Meisner, archevêque de Cologne, à la patinoire de Neuss le 17 août 2005

Rechercher la vérité car elle est le sens profond de l’existence humaine
Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu en effet son astre à son lever (Mt 2,2).

Chers jeunes !

1. Les catéchèses forment la cheville ouvrière des Journées mondiales de la Jeunesse. C’est ici que vous mais aussi les catéchistes êtes confrontés à la thématique des JMJ. Dieu est le Verbe. « Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu » (Jn 1.1), est-il dit dans le prologue de l’Évangile selon Saint Jean. C’est pour cette raison que le nom de Dieu est prononçable et audible. C’est ce qu’il se passe dans les catéchèses : Dieu fait que l’on prononce son nom et il se fait entendre.
N’oublions pas cette règle des Bénédictins ! Elle constitue l’un des documents de base de l’Occident et commence en ces termes « Écoute, mon fils ! ». L’apôtre Paul dit, lui, de son côté : La foi vient d’écouter (cf. Rm 10,17). Au commencement est le verbe, et pas l’image, raison pour laquelle le Créateur nous a donné deux oreilles et seulement une bouche, afin de pouvoir écouter deux fois plus que parler. Satan de son côté, l’ennemi de l’humanité, s’est organisé dès le départ pour priver les hommes de leur ouïe. Lorsque l’homme n’écoute plus, il ne sait plus à qui il appartient et en quel lieu il réside. Il se retrouve à la merci du premier enjôleur public.

Tous les systèmes totalitaires ont commencé par priver leurs sujets de l’ouïe. Je me rappelle encore bien de mon enfance et de ma jeunesse. Je les ai passées dans l’Allemagne nazie. Le dimanche avaient lieu les grands défilés des SA et des SS sur fond de musique militaire nationale-socialiste. Chez les communistes, les haut-parleurs débitaient tout le samedi et le dimanche des slogans de lutte et des chants socialistes. C’était bien plus pénible que les sirènes des usines en semaine. Pour cette raison, il faut que la catéchèse soit un espace de silence intérieur dans lequel nous soyons capables de percevoir la parole de Dieu, et de la suivre.

2. Un texte apocryphe relate ces paroles du Christ qui sont en même temps de bon conseil : « Quiconque veut avoir affaire à Dieu a besoin de ceci : de 90 pour cent de silence et de 10 pour cent d’attention ». Le silence est indispensable pour ne pas confondre la parole de Dieu avec nos propres paroles. Car pendant la prière dans le désert, au sommet d’une montagne, ou en tout autre lieu solitaire, le Christ priant ne donne pas une conférence à Dieu mais se tait jusqu’à entendre parler Dieu. 90 pour cent de silence, cela signifie que nous recommençons comme Jésus à percevoir nos paroles comme des fruits mûrs, lorsqu’il dit de nos paroles qu’elles sont comme le chardon ou le raisin. Les raisins doivent mûrir longtemps avant de développer tout leur goût. Aussi dans le silence des catéchèses composant les JMJ, les mots peuvent mûrir, ceux que, une fois retournés chez nous, nous devrons dire aux autres. Jésus s’est tu pendant 30 ans avant de prêcher les trois années suivantes. Ici s’applique bien une phrase que nous devons à Friedrich Nietzsche : « Quiconque veut s’exprimer doit écouter en silence son for intérieur. Et quiconque veut un jour éclater comme la foudre doit longtemps rester un nuage ».

3. Nous sommes tous vecteurs de la parole, tout comme nous sommes tous les vecteurs de notre foi. Ma foi cependant n’est pas ma foi, ma foi est ta foi. Et la parole de Dieu en moi n’est pas ma parole de Dieu, elle est ta parole de Dieu. Si nous ne nous manifestons pas mutuellement notre foi, si nous ne nous adressons pas mutuellement nos prières, si nous ne nous témoignons pas mutuellement de l’affection, nous démontons la foi de l’autre ou devenons voleur de foi en l’autre. Le verbe qui m’aide, je ne peux me le dire à moi-même, il faut que d’autres me le disent. Évêque, je ne peux me confesser à moi-même et m’administrer les paroles porteuses de pardon, un autre prêtre doit les prononcer. C’est l’autre, pas moi, qui porte en lui les mots de pardon qui me sont destinés. Mais je porte en moi les mots destinés aux autres. C’est pour cette raison que souvent nous nous rencontrons les uns les autres avec cette prière qui reste souvent non dite : « Je t’en prie, ne dis qu’un mot pour guérir mon âme ». Mais il me faut d’abord l’entendre, ce mot. « Écoute mon fils ! Écoute ma fille ! », ainsi commence la règle de Bénédict.

4. Satan est aussi appelé le « Diabolos », « l’embrouilleur », « le faiseur de vacarme », qui n’a de cesse que nous ne soyons privés de l’ouïe. Son domaine d’activités ? Gaver sans arrêt les hommes d’informations jusqu’à leur boucher les oreilles pour qu’ils ne puissent plus recevoir d’informations de guidage réelles, notamment la parole de vie elle-même. L’image opposée de Satan, lui qui après l’Ascension du Christ a par crainte dispersé les apôtres aux quatre coins du monde, c’est Marie, car elle rassemble les apôtres dispersés, les réunit : sous le même toit, dans la même maison, à la même table, à savoir dans la salle de la Cène à Jérusalem, et là elle devient l’officiante de la première neuvaine de Pentecôte à la fin de laquelle se produit l’événement, le miracle de la Pentecôte. Marie rassemble ceux qui étaient dispersés. Elle est en cela la « Symbola », « celle qui réunit », qui fait face au Diabolos, au semeur de fausses pistes. En cette heure précise de catéchèse, nous prions la Vierge Marie.

Il est dit des Rois Mages que, « Entrant alors dans le logis, ils virent l’enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant devant lui, ils lui rendirent hommage » (Mt 2,11). Aujourd’hui aussi, Marie nous présente l’enfant, le Christ, le centre de notre vie. Et pour cette raison, écoutons les règles d’une attention vraiment chrétienne :
1. Assieds toi et observe le silence !
2. Croise tes mains pour les éloigner de la distraction et les conduire au recueillement !
3. Ferme les yeux !
4. Incline la tête et
5. Conduis ton intelligence de ta tête vers ton cœur !
Lors de la multiplication miraculeuse des pains, à un moment où 5 000 hommes adultes ont suivi le Seigneur dans le désert et n’ont pas de pain à manger, une situation de crise surgit. Ces hommes meurent de faim. Jésus, à ce momentlà, dit aux apôtres : « Faites asseoir ces gens ! ». Puis Jésus va réaliser ce grand miracle du pain. Ces 5 000 affamés ignorent encore cependant que Jésus en est capable. Mais lorsque le Seigneur dit « Faites asseoir ces gens », ils s’assoient effectivement dans l’herbe. S’asseoir dans l’herbe d’une steppe avec l’estomac et les poches vides constitue un acte suicidaire. Ces hommes néanmoins croient la parole de Jésus, ils croient qu’il peut les rassasier. Et c’est là, avant même que les pains ne se soient miraculeusement multipliés, que se produit le miracle de l’obéissance par la foi : bien qu’ayant faim, ils s’asseyent dans l’herbe en espérant que Jésus pourra la calmer, cette faim. Et comme la suite du récit nous l’apprend, tous purent manger à satiété. Quant aux pains non consommés, il en restera tant qu’il sera possible d’en remplir encore 12 grands paniers. Tel est le miracle du désert. Ici et maintenant, c’est le miracle de la première catéchèse : « Faites asseoir ces gens ! » – « Ne dis qu’
un mot, il suffira pour guérir mon âme ! ».
Je suis profondément convaincu que Dieu, au cours de ces Journées, vous apportera cette parole dont vous avez besoin peut-être pour modifier le cours de votre vie. Vous ne devez pas encore savoir de quelle parole il s’agit sinon votre inspiration s’imaginerait ce qui n’est pas. Au cours de ces Journées, vous devez réellement vivre avec la prière suivante : « Seigneur, ne me dis qu’un mot et mon âme sera guérie ! »

5. Dans le silence, nous partons sur le chemin du recueillement. Souvenons nous des règles de méditation évoquées : « Assieds toi et observe le silence ! Croise les doigts ! Ferme les yeux ! Incline la tête ! Conduis ton intelligence de ta tête vers ton coeur ! » Nous devons retourner au point qui représente l’essence de notre existence. Et cette essence, c’est moi en tant qu’image de Dieu. Cela ressort de mes aspirations au plus profond de mon existence. Et ce sont ces aspirations qu’il s’agit de porter au grand jour. Permettez moi d’expliquer cela concrètement à l’aide de quelques exemples :
Il y a quelques décennies de cela, j’avais rencontré un homme certes intelligent mais complètement athée. Cet homme me dit, sans détours et franchement, qu’il ne comprenait pas comment un homme comme moi à qui il reconnaissait quelques capacités intellectuelles pouvait croire en Dieu. J’ai tenté de lui procurer un accès à son propre moi en lui posant les deux questions suivantes. La première : « Voudrais tu être mauvais, si mauvais que les autres disent que tu ne vaux même pas la corde qui servirait à te pendre, que tu es méchant comme une teigne ? » Il me répondit ceci « Sûrement pas ». Je lui demandai ensuite : « Mais tout effet a pourtant besoin d’une cause. Tu ne voudrais pas être mauvais. Dans ce cas, quelle est la cause de ce souhait ? » Il ne s’était encore jamais posé la question, me répondit il, et d’ajouter qu’il ne savait pas pourquoi il en était ainsi. Et à son tour, il me demanda si je connaissais la réponse. Je lui répondis : « Oui, je la connais ». Lorsqu’il me demanda ensuite si je pouvais lui communiquer mon savoir, je lui répondis « Mais bien sûr ! Nous ne sommes pas des originaux, des images primaires, nous sommes des copies. Notre original, c’est Dieu lui-même. Nous sommes des copies de son image. Et vu que Dieu, mon image originale, représente le bien suprême, je ne peux pas, étant fait à son image, vouloir être mauvais. Même si je le suis parfois. C’est comme une bougie que l’on basculerait mèche en bas. La flamme refuse de brûler vers le bas. Elle brûle et illumine toujours vers le haut. Je peux tourner la bougie dans tous les sens, la flamme ne brûlera pas vers le bas, elle brûlera toujours vers le haut. Il n’en va pas différemment avec l’homme. L’homme ne peut pas vouloir être mauvais, même s’il l’est parfois, car son image originelle, le plus profond de son essence, c’est l’image de Dieu. Et ce Dieu est le bien le plus précieux. Et si parfois nous manquons de bonté et sommes pris sur le vif, l’image souillée de Dieu présente en nous se cabre. Cela d’ailleurs devient physiquement visible : nous commençons à transpirer ou à rougir. Vu donc que notre moi le plus profond reste référé à l’image originelle et parce que ce Dieu demeure le plus grand bien, je ne peux pas vouloir être mauvais. Il faudrait que je m’extirpe de ma propre peau. »

La seconde question va dans le même sens : « Voudrais tu que l’on te déteste ? » A cette question, cet athée me répondit : « Ce serait sûrement l’enfer ». Ceci est précisément la définition théologique de l’enfer. Comment alors un athée jamais initié à la foi et qui n’a jamais suivi de cours de catéchisme peut-il connaître le but essentiel de l’enfer ? Où donc la cause de l’effet « Je ne voudrais pas que l’on me déteste ! » réside-t-elle dans la vie de chaque être humain ? Elle réside, nous y revoilà, dans le fait que nous avons été créés à l’image de Dieu, car Dieu, mon portrait de base, mon image originelle, est l’amour en personne. Celui qui dit : « D’un amour éternel je t’ai aimé » (Jr 31, 3) ne peut pas vouloir que son image soit détestée. C’est impossible. Nous devons partir du superficiel de notre vie pour accéder à ses profondeurs. Il en va de même avec un fleuve. Quiconque voudrait goûter l’eau du Rhin devra se garder de le faire ici en Rhénanie, car ici le Rhin n’a plus de goût. Il lui faut en remonter le cours, c’est à dire nager à contre-courant en direction de la source. Là il pourra découvrir le vrai goût de son eau. Car – et cela tout le monde le sait –, les poissons morts ne peuvent nager que dans le sens du courant. Pour nager à contre-courant, il faut des poissons vivants et sains.

Il nous faut remonter jusqu’à notre source, jusqu’à notre image originelle, à Dieu qui est l’amour. Qui estce que je rencontre au commencement de ma vie ? Dieu vivant, le créateur de ces milliards de Voies Lactées. Il dit à son peuple Israël : « D’un amour éternel je t’ai aimé, aussi t’aije maintenu ma faveur ». Cela ne vaut pas que pour le peuple Israël, cela vaut aussi pour moi personnellement ! Et à plusieurs reprises, Israël ne peut pas croire que Dieu aime précisément ce peuple à qui la tradition a apporté plus d’ennemis qu’il ne compte de membres, comme aujourd’hui le peuple de Dieu. Ce peuple a souvent plus d’ennemis que d’amis. Et Dieu a choisi ce peuple et dit « Je ne veux que toi ». Au fond, Dieu ne veut que l’amour. Cela se voit bien aussi dans l’Évangile selon Saint Jean. Au fil de la création par le Verbe, le Verbe, à savoir Jésus Christ, devient homme, incarnation, et vit en incarnation du Verbe parmi nous les hommes, pour nous aimer en personne, concrètement.
Les pères de l’Église eurent encore le courage de dire : « Dieu, le Verbe éternel, devient homme afin que l’homme devienne pareil à Dieu ». La création, c’est la grandeur, la beauté et la vérité. Quant à l’amour, il est une affection, une attention restées vivante. De combien d’attention un petit d’homme atil besoin pour parvenir à l’âge adulte ? Et maintenant, il est permis que l’on nous dise : l’amour de Dieu dépasse toutes les bornes. Il est totalement démesuré, comme le cosmos est incommensurable. Le secret de toutes choses, c’est l’amour tel que l’entend Dieu. « M’aimes tu ? » demande Jésus à Pierre dans Jean 21. Et Pierre de répondre : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime, bien que je sois celui qui t’a renié, qui n’avait pas la force de tenir bon à l’heure de l’épreuve et de te rester fidèle. » L’amour de Pierre est resté intact. C’est très important. Jésus accepte cet amour du disciple infidèle tout comme l’amour de Maria Magdalena la pécheresse. L’amour du disciple pour Jésus est un amour appauvri, mais c’est un amour quand même qui reparaît à la surface et qui recherche son sens, sa position, son origine. Et Jésus l’accepte. Le « toi » seul est donc réciproque et s’appelle l’amour.

Chacun d’entre nous, lorsqu’il rencontre Dieu, est d’abord seul. Tout comme chacun de nous vit d’abord seul, meurt un jour seul et doit répondre seul de ses actes. Les autres, même l’être le plus cher, ne peuvent qu’être à côté, ne peuvent que me soutenir. Mais chaque individu aime Dieu. Pour chacun il s’est fait homme. Il est plus proche de chacun que chacun est proche de lui-même. Si Dieu, le créateur de ses milliards de systèmes planétaires, est à ce point infiniment grand, chacun est en droit de s’attendre à ce qu’une part infiniment grande d’amour de Dieu lui revienne, à lui seulement. Et c’est ce qui nous unit. C’est pour cette raison que Pierre dit : « Mais vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal » (1 P 2,9). Ce qui nous unit avec les Rois Mages, ce n’est pas seulement la recherche, c’est aussi notre origine. Nous sommes comme eux d’origine royale et d’une dignité royale. Nous ne saurions avoir une estime trop haute de nous-mêmes.

6. Les Rois Mages eux aussi étaient animés par cette anxiété intérieure, par leur aspiration née au cœur
de leur être, à monter dans leurs observatoires pour épier le ciel et les signes de l’amour divin qui y apparaîtraient. Ils les trouvèrent en l’étoile. Et de là démarra leur grande aventure. Ils se mirent en chemin en s’orientant sur l’astre. Et lorsqu’il disparut de leur vue, ils le recherchèrent, ils interrogèrent, l’observèrent de nouveau jusqu’à être sûrs qu’il s’agissait bien de leur étoile directrice, jusqu’à ce qu’ils arrivent au but.

Les Journées mondiales de la Jeunesse, ce sont tout d’abord une invitation à me mettre à l’écoute, dans mon for intérieur, de mon origine, là où l’image de Dieu a marqué mon moi et de laquelle part toute aspiration, toute inquiétude, toute soif pour ce qui est saint, ce qui est bon, ce qui est beau, toute soif de Dieu en définitive. Et vous qui êtes jeunes, vous n’êtes pas encore aussi éloignés de la main de Dieu créatrice comme nous qui sommes plus vieux. Pour cette raison, la présence plus proche de cette main créatrice fait que cette aspiration vers la pureté, la bonté et la beauté, c’estàdire vers Dieu, se fait sentir en vous bien plus intensément qu’en nous qui sommes moins jeunes. Et lorsque vous rentrerez chez vous, vous ferez comme les Rois Mages, vous repartirez à plusieurs. Une fois rentrés chez vous, vous devrez tendre vers ce que vous avez reçu ici à Cologne en fait d’orientation. Je le sais avec la certitude de la foi, que Dieu a des projets précis avec chacun d’entre nous, des projets uniques en leur genre et que dans la vie nous ne pouvons déléguer à aucun suppléant. La réussite de notre vie dépend de notre capacité à les reconnaître et à les réaliser.

Nous tous, nous n’avons qu’une vie. Dans la vie, dans la foi et dans l’amour, ce n’est pas comme à l’autoécole, il n’y a pas de période d’apprentissage dénuée de responsabilités. Non, dans la vie, dans la foi et en amour, nous tenons dès le départ, sous notre entière responsabilité, le volant de notre existence. La vie, la foi et l’amour à l’essai, cela n’existe pas. Les choses sont sérieuses d’emblée.

Mais comment savoir ce que Dieu attend de moi ? Ici, je conseille instamment à chacun de profiter de ces Journées pour aller bien se confesser, pour faire peut-être la confession de sa vie. Cela se produit très fréquemment aux Journées mondiales de la Jeunesse. Nous devons faire le ménage dans notre âme, dans notre cœur, et les nettoyer de tous les péchés, de toutes les souillures, de tous les décombres qui se sont accumulé, afin de pouvoir remettre notre vie en ordre. Dieu voudrait qu’à Cologne chacun acquière la certitude de sa vocation, afin que le monde ne doive pas attendre trop longtemps les Mères Teresa, les Édith Stein, les Maximilian Kolbe déjà élu(e)s et présent(e)s dans vos rangs.

Mais permettez moi de rechercher quelques autres voies d’accès de la surface aux profondeurs de notre existence à notre origine, là où l’image de Dieu devient perceptible. Que nous ne puissions rassasier notre faim intérieure d’éternité et d’infini est le propre de notre condition. Personnellement, il ne m’en est pas allé autrement lorsque j’aspirait à quelque chose – lorsque je voulais par exemple acquérir un beau tableau – et parvenais à l’obtenir au terme de difficultés plus ou moins prononcées. Le tableau me fascinait pendant 15 jours à un mois et ensuite il m’apparaissait banal ; au même moment renaissait mon envie d’obtenir d’autres objets. A peine en avais je trouvé un que le même processus recommençait. L’objet me paraissait bientôt ordinaire et mon aspiration n’était toujours pas satisfaite. En ce monde, rien ne peut assouvir nos aspirations. Elles nous véhiculent d’un objectif au suivant. Comme le disait le grand Saint Augustin : « Inquiet est notre coeur jusqu’à ce qu’il repose en toi ». Dès lors, nous ne possédons pas quelque chose, nous l’avons LUI, qui est ce que nous avons de plus précieux.

Ou bien la loi de l’étroitesse de notre existence nous montre également que l’être humain a été taillé à la mesure de Dieu, et non pas à la mesure d’un autre être humain. Cette constatation me revient périodiquement lorsque j’écoute un morceau de musique connu, me réjouit d’un passage musical bien précis, qui ensuite pourtant se dérobe à mon emprise. Je voudrais le retenir mais il n’y a pas moyen. Il m’a rendu heureux et touché douloureusement en même temps. Je voudrais me le remettre à l’esprit, mais cela ne marche pas. Il est fluide et s’écoule. En cela se révèlent les limitations de notre existence terrestre, limitations contre lesquelles achoppent les aspirations de notre cœur. La musique est très intensive, mais peu extensive. Un tableau au contraire, est très extensif, il orne en permanence un mur en face de moi, mais il n’est guère intensif.

Ceux qui en 15 jours par exemple font le tour de l’Italie, se souviennent d’une foule d’événements vécus, mais le contenu de chacun est maigre. Pour rester en Italie, ceux qui par contre passent 15 jours uniquement à Florence, vivront un nombre sûrement inférieur d’événements, mais leur contenu n’en sera que plus riche. Plus le nombre d’événements est grand et plus leur contenu est ténu. Avoir en même temps le nombre et l’intensité, en ce monde, ce n’est pas possible. C’est là qu’achoppe ma quête d’infini. Et cela montre que nous avons été créés selon une autre aune que l’aune humaine ou l’aune du monde. Le monde et l’homme constituent toujours une aune trop petite pour l’homme.

« Inquiet est notre cœur jusqu’à ce qu’il repose en Dieu. » – Pour quelles raisons avez vous fait le voyage de Cologne ? La réponse se trouve dans le thème même de ces JMJ : « Nous sommes venus L’adorer ». C’est notre aspiration intérieure pour une vie grande, remplie et réussie qui nous fait nous mettre en chemin, comme le firent les Rois Mages, pour chercher et trouver celui qui est l’origine et le but de notre vie : Dieu, qui représente le tout ultime ; Dieu qui donne de la grandeur à ma vie.
Lorsqu’un champion de saut en hauteur veut franchir la barre, il doit viser plus haut que lui-même. Celui qui croit mise sur de plus grandes choses que sur lui-même, il mise sur Dieu. Et lorsqu’il a franchi la barre, il n’a que plus de plaisir a entendre cet éloge : « Tu t’es surpassé toi-même ! » Celui qui croit se surpasse. C’est notre vocation, celle que Marie reconnaît dans le Magnificat : « Car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses » (Lc 1,49). Que le Tout-Puissant fasse pour vous de grandes choses.

Cardinal Joachim Meisner
Archevêque de Cologne
[Texte original : allemand – Traduction distribuée par les organisateurs de la JMJ]

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ZENIT Staff

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