Lourdes, 28 septembre 2026 – Dimanche 27 septembre, lors de sa visite à Lourdes, le pape Léon XIV a rencontré en privé sept personnes ayant survécu à des abus sexuels liés à l’Église catholique en France. Le groupe, composé de quatre hommes et trois femmes sélectionnés par les évêques français, s’est entretenu avec le pape individuellement, puis tous ensemble. Prévue initialement pour durer une heure, la rencontre s’est prolongée pendant près de deux heures, laissant à chacun le temps de raconter son expérience et de formuler des propositions de changement.
Près de deux heures d’écoute
Les sept survivants représentaient différents chapitres de l’histoire des abus dans l’Église en France. L’un d’entre eux avait été victime d’abus de la part de l’Abbé Pierre, le prêtre célèbre pour avoir fondé le mouvement Emmaüs et défendu les personnes en situation d’itinérance. Sa réputation publique a été profondément ébranlée en 2024, lorsque des allégations d’agressions sexuelles portées par plus d’une vingtaine de femmes ont été rendues publiques, y compris des allégations concernant des femmes qui étaient mineures à l’époque.
Après leurs échanges individuels, les sept participants se sont retrouvés avec le pape pour un temps commun. À l’issue de la rencontre, cinq d’entre eux ont accepté de s’exprimer devant les journalistes.
Olivier Mardi, cofondateur de l’association « Voix Libérées de Touraine », a déclaré que le pape avait écouté attentivement et qu’il était conscient que le danger d’abus n’avait pas disparu. Il a estimé que Léon XIV avait accueilli favorablement les propositions concrètes présentées par les survivants, tout en soulignant que ceux-ci continueraient à veiller à leur mise en œuvre.
Jérôme Guillement, qui avait témoigné devant la commission à l’origine du rapport de 2021, a qualifié les propos du pape de « soigneusement choisis » et a déclaré que l’échange lui avait semblé sincère.
Une rencontre profondément personnelle
Pour Jean-Marie Delbos, témoin clé dans le scandale d’abus sexuels impliquant l’école de Bétharram, la rencontre a revêtu une dimension particulièrement personnelle. Ayant perdu la foi il y a environ 65 ans, il a assisté à la messe pour la première fois depuis près de six décennies et a reçu la bénédiction du pape.
Une autre participante, Véronique Garnier, victime d’abus de la part d’un curé à Nancy, milite aujourd’hui au sein du groupe Foi & Résilience.
Le Vatican a indiqué que Léon XIV avait remercié les survivants pour leurs témoignages douloureux et réaffirmé son engagement à veiller à ce que ce qu’ils ont enduré n’arrive pas à d’autres. Le pape a également prié avec certains d’entre eux à l’issue de leurs entretiens.
Des propositions concrètes
Les participants ont déclaré que le pape semblait connaître leurs situations et avoir été attentif à leurs demandes. Ils n’ont toutefois pas présenté cette rencontre comme une solution définitive et attendent désormais de voir si leurs propositions déboucheront sur des décisions concrètes.
Parmi les propositions formulées, Jean-Marie Delbos a notamment demandé la dissolution de la congrégation religieuse de Bétharram, qui gère des institutions en Afrique et en Amérique latine. Plus largement, les survivants ont demandé des mesures concrètes et une plus grande responsabilisation.
Un processus de prévention à poursuivre
Cette rencontre s’est déroulée dans un contexte où la France continue de faire face à la question des abus commis par des membres du clergé et de l’Église. Un rapport indépendant publié en 2021 estimait qu’environ 216 000 personnes avaient été victimes d’abus de la part de prêtres ou d’autres membres du clergé entre 1950 et 2020. En incluant les abus commis par des laïcs travaillant pour des institutions ecclésiastiques, notamment des enseignants et des animateurs de colonies de vacances, l’estimation atteignait 330 000 personnes.
Ces chiffres globaux ont été contestés, notamment parce qu’ils reposent sur une projection statistique plutôt que sur un décompte direct. En réponse au rapport, les évêques français ont adopté 26 mesures axées sur la réparation et la prévention. Environ 2 000 personnes se sont depuis adressées à l’organisme de réparation de l’Église.
Plus tôt dans la journée, le pape s’était adressé aux évêques français, saluant les efforts de l’Église pour lutter contre les abus par l’écoute, la recherche de la vérité, la justice, le pardon, la réparation et la prévention.
Le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France, qui avait présenté les participants au pape, a décrit un changement de perspective chez les évêques : apprendre à considérer les abus du point de vue des victimes avait marqué, selon lui, le début d’un processus exigeant de conversion et de prévention qui doit se poursuivre en coopération avec les survivants et l’ensemble de l’Église.
Les mosaïques de Rupnik à Lourdes
La question des abus était également présente au Sanctuaire de Lourdes. Mgr Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes-Lourdes, avait fait recouvrir les mosaïques de la façade de la basilique réalisées par Marko Rupnik, prêtre accusé d’abus sexuels. L’évêque a déclaré par la suite que le pape Léon XIV avait salué cette décision.
Avant la visite du pape, cinq survivants des abus commis par Rupnik avaient adressé au pape une lettre ouverte saluant le retrait des mosaïques, tout en critiquant ce qu’ils qualifiaient de manque de transparence dans la procédure menée par le Vatican concernant Rupnik.
« Un procès mené dans l’ombre n’offre de sécurité à personne », écrivaient-ils, faisant référence tant à l’accusé qu’aux survivants.
La rencontre de Lourdes aura ainsi permis aux survivants de faire entendre directement au pape leur expérience, leur souffrance et leurs attentes, dans un dialogue dont ils souhaitent désormais voir les propositions se traduire en actes.
