ROME, Lundi 7 juin 2010 (ZENIT.org) - En dépit d'une période réussie de changements après l'apartheid, l'Afrique du Sud est aux prises avec un monde de problèmes : la violence, le SIDA, et la désagrégation de la famille, déclare un évêque auxiliaire de Durban.

Mgr Barry Wood est né et a grandi en Afrique du Sud. Sa famille était implantée dans cette partie du monde depuis plus de 200 ans.

Connue pour sa diversité, l'Afrique du Sud comprend les plus importantes communautés de blancs, d'indiens et de races métissées du continent africain. Elle compte dans sa constitution onze langues officielles reconnues.

Dans cette interview accordée à l'émission de télévision « Là où Dieu pleure du Catholic Radio and Television Network (CRTN) en coopération avec l'Aide à l'Eglise en détresse (AED), l'évêque évoque les changements « miraculeux » intervenus dans son pays, et les problèmes les plus urgents auxquels sont confrontées la population et l'Eglise.

Q : Vous avez été témoin de nombreux changements à votre époque. Selon vous, le pays a changé pour le meilleur ou pour le pire ?

Mgr Wood : Ayant grandi et vécu si longtemps sous un régime d'apartheid, faire l'expérience en 1994 de notre nouvelle démocratie a été une grande libération.

L'Eglise, comme vous savez, a pris une part active dans la naissance de la nouvelle démocratie face à l'injustice du régime de l'apartheid, qui a été une période de grandes souffrances.

La majorité de notre population a beaucoup souffert, mais tous nous avons souffert, d'une façon ou d'une autre, pour tenter de renverser ce régime, qui était mauvais. La nouvelle Afrique du Sud a donc été une délivrance pour nous, et la majorité des gens jouissent maintenant des droits de l'homme. Ils apprennent ce que signifie l'estime de soi, un sentiment qui avait été étouffé dans le régime précédent et, lentement mais sûrement, ils grandissent sur les plans spirituel et matériel.

Q : Quelle évolution négative avez-vous observée pendant cette période de l'après apartheid ?

Mgr Wood : L'éclatement de la vie familiale. On observe une terrible désagrégation de la famille. Il y a de la criminalité et de la violence, des viols, des abus de femmes, mais surtout le problème de l'injustice économique.

Q : Je voudrais m'arrêter sur la question de l'éclatement de la famille. A votre avis, quelle en est la cause ? Pourquoi se pose-t-elle tout à coup dans la vie des Sud-Africains ?

Mgr Wood : Je ne crois pas que ce soit une nouveauté. Durant la période de l'apartheid, les hommes étaient séparés des femmes. Les femmes restaient dans les zones rurales, les hommes partaient pour la ville. Les femmes et les familles ne pouvant rester avec les hommes dans les villes, ce mode de vie a fini par faire partie intégrante du système sud-africain.

Hélas, cette situation s'est prolongée après 1994. En outre, à ce moment-là, le gouvernement a octroyé une subvention aux jeunes filles qui tombaient enceintes, si bien que beaucoup sont tombées enceintes pour obtenir la subvention, ce qui a causé des ravages parmi nos jeunes.

Q : Pourquoi le gouvernement a-t-il décidé d'accorder cette subvention ? Quel est son but ?

Mgr Wood : L'objectif était d'aider ces jeunes femmes enceintes à élever leur famille ; mais, comme c'est malheureusement souvent le cas, les gens en ont profité et ce qu'ils veulent, c'est l'argent.

Q : Ils y voient une source de revenus ?

Mgr Wood : Oui, ils le voient comme une source de revenus. Les filles tombent enceintes, mettent au monde leurs bébés, qui sont envoyés chez les grand-mères. Elles continuent à travailler ou font d'autres bébés. C'est devenu un vrai problème.

Q : Je voudrais revenir brièvement en arrière. La transition de l'apartheid a été réellement un miracle en Afrique du Sud, et peut-être ce miracle n'a-t-il pas été suffisamment reconnu. On parle de la chute du mur de Berlin, de ce qu'elle a représenté un changement non violent et miraculeux, mais le changement en Afrique du Sud a été également un miracle...

Mgr Wood : C'est vrai, un miracle auquel nous ne nous attendions pas. Nous avons craint le pire année après année  ; après chaque célébration de l'Eucharistie, nous avons prié pour la paix en Afrique du Sud. La prière de saint François, et je crois vraiment que la prière des gens a réellement influencé les pourparlers entre Nelson Mandela et F.W. De Klerk. Je crois vraiment que la foi des gens a obtenu ce miracle.

Q : Et le miracle se poursuit aujourd'hui, si je ne m'abuse, on ne perçoit pas de sentiment de vengeance de la part de la population noire envers les blancs ?

Mgr Wood : Non, pas du tout, pas du tout. L'acceptation et le pardon prévalent. Dans certaines régions, on note de la colère et des gens crient vengeance ; mais la grande majorité, dirais-je, a accepté et nous progressons.

Q : On peut dire que, dans cette période de l'après apartheid, le pays est encore en quête de son identité. Quelle identité voyez-vous pour l'Afrique du Sud ? Selon vous, quelle identité nationale le pays pourrait-il envisager, affirmer ?

Mgr Wood : Nous sommes encore une très jeune démocratie. Nous n'avons que 16 ans et, comme tout jeune de cet âge, nous cherchons notre identité.

Q : Un pays adolescent en quelque sorte ?

Mgr Wood : Oui, adolescent, une démocratie adolescente, et nous sommes réellement en quête de notre identité. Nous commettons beaucoup d'erreurs, exactement comme font tous les adolescents qui ne sont pas encore parvenus à la maturité, et je crois que c'est ce qui se passe avec nous en ce moment. Nous faisons des erreurs, mais nous nous redressons et continuons, et nous essayons de tirer les leçons de nos erreurs. Mais nous sommes une jeune démocratie, et nous voulons y arriver. Je pense qu'il y a une réelle volonté de la part de notre peuple, d'y arriver.

Q : Cependant, on a aussi l'impression que l'Eglise catholique, surtout en Afrique du Sud, est associée à la période coloniale. On parle d'un nouveau mouvement qui serait né pour faire table rase de tout ce qui appartient à cette période coloniale, y compris l'Eglise, et qui favoriserait les institutions, organisations d'origine et d'orientation africaines. Comment l'Eglise catholique trouve-t-elle sa place au sein de ce nouveau mouvement ?

Mgr Wood : Tout d'abord, j'ai entendu parler de ce mouvement qui, selon la rumeur, chercherait à éliminer toute trace de l'époque coloniale, mais l'Eglise catholique en Afrique du Sud est habituée aux persécutions ; dès le moment où nous sommes arrivés en Afrique du Sud, nous n'avons pas été les bienvenus, d'abord de la part des Allemands, puis des Britanniques, ensuite du régime afrikaner qui a fait tout ce qu'il a pu pour nous rejeter, parlant de nous comme « le danger romain. »

Nous sommes donc habitués aux persécutions ; nous sommes habitués à être réprimés par le régime et, par conséquent, par rapport à ce dernier problème, nous sentons que notre foi et notre peuple sont assez forts dans la foi, et nous avons inculturé notre foi au point de pouvoir résister à toute sorte d'attaque.

Q : Ainsi la foi est venue du peuple. Vous êtes sûr que les racines de cette foi sont suffisamment profondes au sein de la population, au sein des communautés, pour résister à ce type de défi ?

Mgr Wood : Je crois que oui ; j'en suis convaincu, oui.

Q : L'Afrique du Sud enregistre le plus fort pourcentage de VIH/SIDA. Qu'en pensez-vous ?

Mgr Wood : Effectivement, l'un des plus forts, et c'est une véritable pandémie dans notre pays. Des millions de gens vivent avec le VIH et le sida, sont infectés o u affectés par la maladie. C'est devenu un vrai problème pour notre peuple

Q : Comment le voyez-vous concrètement, par exemple les orphelins du sida, tous ces problèmes. Comment voyez-vous ces exemples concrètement ?

Mgr Wood : Une fois de plus, nous parlons de l'éclatement de la vie familiale. Certaines familles n'ont ni mère ni père. Ils ont des enfants pris en charge dans les maisons, des orphelins du sida, des enfants vulnérables. Il ne s'agit pas d'un cas isolé, mais d'une réalité répandue dans l'ensemble du pays. Et les soins à domicile, l'attention portée à ces orphelins du sida constituent un grand défi.

Q : L'Afrique du Sud a répondu à ce défi par la politique du préservatif. Ces 20 dernières années, des préservatifs ont été présentés comme la solution, et pourtant le sida grimpe en flèche, frappant 22% de la population. Peut-on dire que la politique du préservatif a échoué ?

Mgr Wood : Absolument, la pandémie se propage. Des millions de préservatifs ont été distribués à nos gens, et pourtant nous continuons à vivre avec le VIH et le sida, et ils sont en augmentation. Le ministre de la santé a beau dire que le chiffre est en baisse, les gens de la rue affirment que « non, il augmente », et nos prêtres qui enterrent les gens, week-end après week-end, déclarent qu'il empire.

Q : Quelle est la faille de la politique du préservatif ?

Mgr Wood : L'éducation. On se contente de distribuer des préservatifs aux gens et on leur dit qu'il y a un problème, d'utiliser ces préservatifs, et que le problème disparaîtra. Il n'a pas disparu.

Q : Et l'abstinence n'est pas promue comme une alternative possible ?

Mgr Wood : En fait, c'est ce que fait l'Eglise depuis des années. Et maintenant, lentement mais sûrement, si l'on regarde les campagnes publicitaires du gouvernement, l'abstinence est en tête de liste. Cela vient peu à peu : on fait la promotion en même temps de l'abstinence, de la fidélité et des préservatifs. Mais je dirais qu'en tête de la liste, il y a l'abstinence. Je crois qu'on commence à réaliser que c'est la seule, l'unique voie.

Q : L'Afrique du Sud compte environ 3,3 millions de catholiques, ce qui fait que la taille de l'Eglise catholique est minime, et pourtant son influence est grande. Quel est l'impact de l'Eglise catholique ? Quels programmes avez-vous mis en place ? Et comment se fait-il que l'Eglise catholique, qui compte un aussi faible pourcentage de la population, soit aussi influente ?

Mgr Wood : Au fil des ans, l'Eglise sud-africaine a exercé une réelle influence sur les gens, à travers l'éducation et les soins de santé. A l'arrivée de l'Eglise, le gouvernement n'assurait ni la santé ni l'instruction, et maintenant, avec la pandémie, nous sommes les seuls avec le gouvernement à tendre la main aux gens. Je regrette, je n'ai pas le pourcentage. Mais c'est une chose reconnue, et les gens reconnaissent la proximité de l'Eglise. Et cela, dans tous les domaines : aides à domicile, aide aux enfants et orphelins vulnérables, hospices pour les malades en phase terminale, assistance aux femmes violées et enceintes pendant la grossesse, toute la panoplie des traitements antirétroviraux pour les personnes infectées par le VIH/sida.

Q : Quel est, selon vous, la plus grande nécessité de l'Afrique du Sud aujourd'hui ?

Mgr Wood  : Le travail, l'emploi, car je crois que tous ces problèmes comme la criminalité, les violences sur les femmes et les enfants et autres viennent de ce que les gens sont frustrés et en colère parce qu'ils n'ont pas de travail. Donc, la situation s'améliorerait si nous réussissions à donner un travail à la majorité de la population de notre pays. Et aussi la formation professionnelle, ces deux choses allant de pair, je pense.

Q : Et du point de vue de l'Eglise : quelle serait la plus grande nécessité de l'Eglise en Afrique du Sud ?

Mgr Wood : La plus grande nécessité de l'Eglise, je pense, et le défi à relever, est de tenter de répondre au problème de la désagrégation de la famille, de mettre tout en oeuvre pour essayer de restaurer le sens de la famille.

Q : Comment ?

Mgr Wood : Difficile à dire. Si j'avais la solution, je serais heureux. Mais je crois que nous devrions commencer avec les petites communautés chrétiennes, qui sont fortes. Nous avons de petites communautés chrétiennes et il nous faut les évangéliser en mettant l'accent sur l'importance de la famille. Elle fait partie intégrante de la culture africaine, mais cet individualisme occidental s'est glissé ici et a fait éclater la famille. Je crois que ce qu'il nous faut, c'est redécouvrir la beauté du rôle du mari, du père et des enfants, et la beauté de la vie de famille.

Traduit de l'anglais par E. de Lavigne

Propos recueillis par Mark Riedemann, pour l'émission télévisée « La où Dieu pleure », conduite par la Catholic Radio and Television Network (CRTN), en collaboration avec l'association Aide à l'Eglise en Détresse (AED).

Sur le Net :


- Aide à l'Eglise en détresse France  
www.aed-france.org

- Aide à l'Eglise en détresse Belgique

www.kerkinnood.be

- Aide à l'Eglise en détresse Canada  
www.acn-aed-ca.org

- Aide à l'Eglise en détresse Suisse 
www.aide-eglise-en-detresse.ch

Le Zimbabwe attend sa résurrection, par Mgr Dieter Scholz (I)

ROME, Dimanche 2 mai 2010 (ZENIT.org) – Zimbabwe dans la langue locale signifie « demeure de pierres ». Aujourd’hui, cette demeure s’écroule, déplore l’évêque de Chinhoyi.

Selon Mgr Dieter Scholz, le chômage est estimé à environ 80% dans son pays, et ceux qui perçoivent un salaire ont tout juste de quoi acheter une savonnette, ou peut-être trois quignons de pain.

Dans cette interview accordée à l’émission de télévision « Là où Dieu pleure » du Catholic Radio and Television Network (CRTN) en coopération avec l’Aide à l’Eglise en détresse (AED), l’évêque a évoqué la situation actuelle dans son pays, comment elle a évolué, et le rôle qu’il a joué en tant que pasteur de l’Eglise.

Q : Comment décririez-vous la situation des Zimbabwéens ?

Mgr Scholz : On peut dire, je crois, que beaucoup de personnes au Zimbabwe, pour ne pas dire la majorité, ont perdu l’espoir de voir un jour la situation s’améliorer. Au cours de la dernière décennie, ils ont espéré que les choses iraient mieux, que leurs souffrances, la faim, le chômage, la pauvreté, les maladies dont ils souffrent et qui ne peuvent plus être soignées dans les hôpitaux, connaîtraient une fin. Il y a bien eu de nombreuses tentatives pour remédier à la situation, mais toutes ont échoué, d’une façon ou d’une autre.

Q : Pouvez-vous nous citer des exemples personnels pour nous donner une idée de cette souffrance qui n’en finit pas ?

Mgr Scholz : Durant la crise, entre l’élection générale de la fin de mars 2008 et le soi-disant deuxième tour de l’élection présidentielle de la fin juin, au cours donc de ces trois mois il y a eu une tentative pour éliminer physiquement l’opposition au parti au pouvoir, le Mouvement pour le changement démocratique. (Movement for Democratic Change, MDC). Eliminer cette opposition à coups de matraquages, de tortures, et d’exécutions.

Dans une de mes paroisses, à Banket, à 20 km [12 miles] à peine de Chinhoyi, un jeune homme, qui était notre responsable des jeunes, Joshua Bakacheza, a été enlevé dans le courant du mois de mai ; il était déjà entré dans la clandestinité, parce qu’il était employé comme chauffeur pour le Mouvement pour le changement démocratique, et c’était là réellement son seul lien avec l’opposition.

Il a été enlevé un jour, et pour le retrouver – car il était toujours dans la clandestinité – les agents de la Police de Sûreté de l’Etat sont allés chez son jeune frère et lui ont dit : « Nous avons trouvé un bienfaiteur disposé à t’offrir une bourse d’étude pour toute ta période scolaire, jusqu’à la fin de tes études secondaires » ; et, comme ils l’avaient prévu, le jeune garçon a aussitôt téléphoné à son frère avec son portable pour lui demander de venir signer le contrat. Il est donc venu et, à peine arrivé à l’école, il a été arrêté. On ne l’a plus revu pendant trois semaines, puis son corps a été retrouvé à moitié brûlé et mutilé, à proximité de la place appelée Beatrice, au sud de Harare, la capitale. Cela a provoqué un énorme sentiment de colère, de tristesse et de désespoir dans tout le diocèse, où il était bien connu.

Un cas parmi d’autres, et je pourrais vous en raconter bien d’autres, de prêtres qui ont été attaqués, dont les maisons ont été incendiées, sous prétexte qu’ils étaient sympathisants de l’opposition politique.

Nous n’arrivons pas à comprendre comment des positions politiques différentes peuvent conduire à de tels actes de barbarie ; c’est un mystère, et personne n’aura de difficulté à croire qu’il n’existe pas seulement le Mal dans le monde, mais que le Malin envoie aussi ses esprits mauvais, comme l’affirme saint Ignace dans les Exercices spirituels de la première semaine, un texte que je connais bien.

Ignace s’exprime avec les images et dans le langage de son temps quand il évoque Lucifer dans la grande plaine de Babylone, assis dans une chaire élevée, toute de feu et de fumée, appelant autour de lui tous les démons et les répandant dans l’univers avec ses instructions pour commettre le mal.

Pendant ces trois mois, j’ai compris les images et le langage dans lesquels saint Ignace s’exprimait au 16e siècle ; ils sont plus réels que je l’avais pensé.

Nous avons vu le Mal traverser tout le pays du nord au sud, d’est en ouest.

Q : Pourquoi, selon vous, le Zimbabwe a-t-il été choisi pour porter cette croix ?

Mgr Scholz : C’est une longue histoire. Comme vous savez, les premiers colons, arrivés au 19e siècle, ont conquis la terre par la violence, la cupidité et la fraude. Ils se sont appropriés les terres. Ils ont forcé les gens à travailler pour eux. Il est vrai que les infrastructures que nous possédons aujourd’hui sont le fruit du travail des gens et du savoir-faire des colons ; il y a eu, cependant, beaucoup de cruauté, beaucoup d’injustice, même si elles n’étaient pas aussi institutionnalisées qu’en Afrique du sud, sans compter une ségrégation et discrimination raciales. Cela a conduit à la guerre civile, au soulèvement du Mouvement nationaliste africain. Il existait en fait deux mouvements. Robert Mugabe était le chef de l’Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU).

Q : Dans les guerres de brousse (la « Guerre du Bush »), n’est-ce pas ?

Mgr Scholz : Oui, oui, des guerres de brousse du point de vue des guérillas représentant les intérêts de la population locale ; mais, naturellement l’armée rhodésienne, soutenue par l’Afrique du sud, a utilisé une technologie et des méthodes de guerre modernes, et c’est vraisemblablement pourquoi les guérillas ont fini par gagner parce que, au bout du compte, c’était une guerre de brousse, une guerre civile menée dans la brousse.

Q : Mais si je vous suis bien, vous êtes en train de me dire que la terre du Zimbabwe est née de la violence ?

Mgr Scholz : Ce que je suis en train de dire c’est que, pour toute la période qui s’étend de l’arrivée des colons à ce jour, le pays n’a jamais connu un moment de paix sereine et calme.

La violence a toujours été présente. Pas toujours physique, parfois structurelle à travers les lois discriminatoires qui contraignaient à la pauvreté, privaient le peuple du droit de vote. Et quant à l’avenir, laissez-moi vous dire ceci maintenant, mais peut-être y reviendrons-nous plus tard  : j’ai bon espoir que le fait d’avoir traversé ces souffrances et ce mal a changé les gens, les Blancs comme les Noirs.

Q : Dans quel sens ?

Mgr Scholz : Cela les a changés en ce sens que après la guerre civile, dans les années 80, j’ai rencontré des Blancs qui m’ont dit que la guerre les avait aidé à comprendre la bonté, les qualités réellement chrétiennes du peuple africain, et notamment leur formidable patience, tolérance et capacité à pardonner. Côté africain, les qualités que je viens de souligner ont fait que la rhétorique raciste des leaders politiques n’a jamais eu de prise sur le peuple. Les gens sont vraiment très amicaux avec les rares blancs qui restent au Zimbabwe, peut-être quelques milliers. Dans un sens, Robert Mugabe est prisonnier de son propre passé, prisonnier de sa génération politique. Je perçois en lui de nombreuses similitudes avec Ian Smith.

Q : A la fin de sa période de pouvoir ?

Mgr Scholz : Vers la fin.

Q : Vous êtes en train de dire que nous arrivons à la fin de la Passion du Zimbabwe et que nous sommes dans l’attente de la Résurrection du pays ?

Mgr Scholz : Exactement. Nous devons passer par là et, à mon sens, Robert Mugabe et sa génération devront finir ce qu’ils ont commencé, mais les prochaines générations seront très
différentes. Je connais les gens. Le Zimbabwe est promu à un grand avenir. Comme vous savez, au temps de l’indépendance et malgré la guerre civile, les Zimbabwéens possédaient le niveau d’instruction le plus élevé parmi les Africains subsahariens, et il ne fait pas de doute que le travail des missionnaires y a largement contribué, les écoles que nous avons construites et les études dont nous avons fait bénéficier les étudiants africains. Morgan Tzvangerai a fait ses études à Silveira House, où j’ai travaillé pendant dix ans. Silveira House a formé les premiers dirigeants syndicaux noirs.

Q : Il a une formation catholique ?

Mgr Scholz : Il a une formation catholique, une culture catholique, même s’il n’est pas catholique. Et pour Robert Mugabe, Silveira House a été pour ainsi dire son foyer pendant et après la guerre. Nous avons employé ses deux sœurs, Brigit et Sabina, pour qu’elles puissent avoir un revenu, pour leur donner du travail et, surtout, leur offrir une protection. Robert Mugabe ne l’a pas oublié. Il est venu à mon ordination il y a deux ans et m’a offert un superbe cadeau.

Q : Il va à la messe ?

Mgr Scholz : Il allait à la messe. Il n’y va plus aussi souvent qu’il en avait l’habitude ; un autre mystère dans sa vie que je n’arrive pas à comprendre : comment peut-il concilier en conscience sa foi, sa politique et son action.

Q : Comment voyez-vous votre rôle de Pasteur maintenant, et celui de l’Eglise ? Alors que toutes les structures s’écroulent, l’Eglise semble rester l’une des dernières voix de l’opposition dans la situation actuelle. Comment vous voyez-vous, vous-même, dans ce rôle particulièrement difficile de Pasteur et, en même temps, comment donner une voix à ceux qui n’ont pas de voix  ?

Mgr Scholz : Mon rôle principal est de soutenir les prêtres dans leur travail devenu encore plus difficile.

Ils ont traversé une véritable période de persécution depuis la lettre pastorale intitulée « Dieu écoute le cri des opprimés », publiée l’année dernière. A la suite de la lettre de Pâques 2007, nos prêtres ont été persécutés, en particulier dans notre province.

Q : Comment ont-ils été persécutés ?

[Fin de la première partie. La deuxième partie sera publiée dimanche 9 mai]

Propos recueillis par Mark Riedemann

Pour la vidéo de cette interview en anglais cf. : www.wheregodweeps.org/a-church-punished-for-ist-opposition

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