Visite à la Villa Nazareth, 18 juin 2016, L'Osservatore Romano

Visite à la Villa Nazareth, 18 juin 2016, L'Osservatore Romano

« Que le Seigneur nous enseigne à nous arrêter », comme le Bon Samaritain

Visite du pape à la « Villa Nazareth » pour enfants défavorisés (traduction complète)

« Que le Seigneur nous enseigne à nous arrêter », dit le pape François en commentant l’Evangile du Bon Samaritain.

Le pape François s’est rendu à la « Villa Nazareth » de Rome, samedi 18 juin, à 17h, et il a commenté la parabole du Bon Samaritain (Luc 10, 25-37).

Ce centre a été fondé il y a 70 ans par le cardinal Domenico Tardini, secrétaire d’Etat de 1958 à 1961, pour venir en aide aux enfants pauvres orphelins de guerre. Il a été élevé au rang de « Collège » par le saint pape Jean XXIII en 1963. Il est géré par la Fondation Tardini présidée par le cardinal Achille Silvestrini et permet à des enfants de familles très modestes de poursuivre leurs études.

Le vice-président de la fondation, Mgr Claudio-Maria Celli a accueilli le pape à la Villa Nazareth.

« Je souhaite vraiment, a dit notamment le pape, que cette œuvre reste une œuvre porteuse de témoignage, un centre de témoignage; de témoignage pour tout le monde. De témoignage pour les personnes qui la côtoient ou qui en entendent parler … un témoignage. C’est ce que je souhaite. »

Et, actualisant son commentaire du Bon Samaritain, il a ajouté: « Et que le Seigneur nous délivre des bandits – il y en a tellement! –, qu’il nous libère des prêtres trop pressés, qui n’ont jamais le temps d’écouter, de voir, doivent faire leurs choses ; qu’Il nous libère des docteurs qui veulent présenter la foi en Jésus Christ comme une règle mathématique; et qu’Il nous enseigne à nous arrêter, qu‘il nous enseigne cette sagesse de l’Evangile : « se salir les mains ». Que le Seigneur nous donne cette grâce. »

Après son discours le pape a aussi répondu aux question avec la liberté de dialogue qui le caractérise.

Voici notre traduction du commentaire du Bon Samaritain.

A.B.

Discours du pape François

Il y a beaucoup de personnages dans ce passage de l’Evangile : celui qui pose la question » qui est mon prochain ? », Jésus, puis les bandits, le pauvre à moitié mort sur le bord de la route, le prêtre, puis le docteur de la loi, peut-être un avocat [le «  lévite »], et le restaurateur, l’aubergiste.

Dans la parabole, ni le prêtre, ni le docteur de la loi, ni le samaritain, ni l’aubergiste, ne savaient probablement répondre à la question «  qui est mon prochain ? »; ils ne savaient peut-être même pas comment il était , ce qu’était un «  prochain ». Le prêtre était pressé, comme tous les prêtres. Il a regardé sa montre et s’est dit : «  Je dois dire la messe », ou bien, tant de fois: «  J’ai laissé l’église ouverte, je dois la fermer, car l’heure c’est l’heure et je ne peux pas rester ici ». Le docteur de la loi, un homme pratique, a dit: «  Si je me mêle de ça, demain je devrai aller au tribunal témoigner, dire ce que j’ai fait, je perds deux, trois jours de travail … Non, non, il vaut mieux… ». Vive Ponce Pilate ! Et hop Il est parti ! L’autre, par contre, [le samaritain] le pécheur, l’étranger qui ne faisait pas vraiment partie du peuple de Dieu, s’est ému: «  eut de la compassion », et s’arrêta. Tous les trois – le prêtre, l’avocat et le samaritain – savaient bien ce qu’ils avaient à faire. Et chacun a pris sa propre décision. J’aime bien repenser à l’aubergiste: lui c’est monsieur tout-le-monde. Il a tout regardé, tout vu, sans rien comprendre. «  Mais cet homme est fou! Un samaritain qui aide un juif! Il est fou! Et puis, avec ses mains il guérit ses plaies et l’amène ici à l’auberge et me dit: ‘Prends soin de lui, je te paierai tout ce que tu auras dépensé en plus …’. Je n’ai jamais rien vu de semblable, c’est un fou! ». Et cet homme a reçu la parole de Dieu: dans le témoignage. De qui? Du prêtre ? Non, car il ne l’a pas vu; de l’avocat ? Non plus. Du pécheur, un pécheur qui a eu de la compassion ! « Ah, vous entendez ça? Un pécheur, oui, qui n’était pas fidèle au peuple de Dieu, mais il a fait preuve de pitié ». Et il ne comprenait rien. Il est resté avec son doute, curieux peut-être de savoir: « Mais que s’est-il passé ici, bizarre … ». Avec de l’inquiétude au fond de lui. Voilà ce que fait le témoignage. Le témoignage de ce pécheur a semé l’inquiétude dans le cœur de cet aubergiste; et qu’est-il devenu, l’Evangile ne le dit pas, ni même son nom. Mais chez cet homme, sûrement … – sûrement car quand l’Esprit Saint sème, il fait grandir – la curiosité, l’inquiétude, s’est sûrement mise à monter. Il l’a laissé grandir dans son cœur et a reçu le message du témoignage. Puis le lendemain, le samaritain est repassé; il a sûrement payé quelque chose. Ou alors l’aubergiste lui a dit: « Non, laisse, laisse: je le prends sur mon compte ». Ceci fut peut-être sa première réaction après le témoignage.

Et pourquoi est-ce que je m’arrête aujourd’hui sur ce personnage, sur cette personne? Car notre témoignage n’est pas quelque chose que l’on calcule – je ne sais pas comment dire ça –. Le témoignage c’est vivre de manière à ce que les autres «  voient ce que vous faites de bien et rendent gloire à Dieu qui est aux cieux » (cf. Mt 5,16), c’est-à-dire de manière à ce qu’ils rencontrent le Père, aillent vers Lui … Ce sont les paroles de Jésus.

J’ai entendu beaucoup de choses sur Villa Nazareth: « Il y a telle ou telle chose … », mais je ne connaissais pas bien. Puis Mgr Celli m’a dit des choses … C’est un travail où l’on favorise le témoignage. On vient ici, non pas pour « gravir les échelons », ni pour gagner de l’argent, non, mais pour suivre les traces de Jésus, témoigner de lui, semer le témoignage. Discrètement, sans explications, dans les faits … Reprendre le langage des gestes. Et cet aubergiste est sûrement au ciel, c’est certain! Car le grain a sûrement poussé et donné du fruit. Il a vu quelque chose qu’il n’aurait jamais imaginé voir un jour. Le témoignage c’est ça ! Il passe et s’en va. Vous le laissez où il est et vous partez. Seul le Seigneur veille sur lui, le fait grandir, comme il fait pousser le grain : alors que le maître dort, la plante grandit.

Je souhaite vraiment que cette œuvre reste une œuvre porteuse de témoignage, un centre de témoignage; de témoignage pour tout le monde. De témoignage pour les personnes qui la côtoient ou qui en entendent parler … un témoignage. C’est ce que je souhaite. Et que le Seigneur nous délivre des bandits – il y en a tellement! –, qu’il nous libère des prêtres trop pressés, qui n’ont jamais le temps d’écouter, de voir, doivent faire leurs choses ; qu’Il nous libère des docteurs qui veulent présenter la foi en Jésus Christ comme une règle mathématique; et qu’Il nous enseigne à nous arrêter, qu‘il nous enseigne cette sagesse de l’Evangile : « se salir les mains ». Que le Seigneur nous donne cette grâce. Merci.

(c) Traduction de Zenit, Océane Le Gall

About Océane Le Gall

Share this Entry

FAIRE UN DON

Si cet article vous a plu, vous pouvez soutenir ZENIT grâce à un don ponctuel