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Mgr Auza, UN-TV capture

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ONU: le développement passe par la participation sociale, rappelle Mgr Auza

La logique de l’exclusion favorise l’esclavage moderne

« Le développement et l’épanouissement passent par la participation sociale », déclare Mgr Bernardito Auza pour qui « l’emploi productif, ainsi que l’éducation, la santé et la protection sociale » sont « des voies essentielles à l’inclusion ». Il souligne que certaines causes de la migration « sont liées à des personnes qui fuient des situations d’exclusion à la recherche de situations d’inclusion ».

Mgr Bernardito Auza, nonce apostolique, observateur permanent du Saint-Siège, est intervenu à la 56ème session de la Commission du développement social, sur le point 3 a) : Stratégies d’élimination de la pauvreté pour parvenir à un développement durable pour tous, à New York, le 1er février 2018.

Dans la crise migratoire actuelle, la « logique de l’exclusion exploitée par les trafiquants d’êtres humains » conduit à une « augmentation du fléau de l’esclavage moderne », dénonce le représentant du Saint-Siège. « Exclus des moyens habituels de participation à une société », les migrants se retrouvent « sans la protection de la loi et de l’ordre », explique-t-il.

Voici notre traduction du discours de Mgr Bernardito Auza.
HG

Intervention du représentant du Saint-Siège

Monsieur le Président,

Le rapport du secrétaire général sur les stratégies d’éradication de la pauvreté pour parvenir à un développement durable pour tous souligne que « l’éradication de la pauvreté est l’objectif primordial du Programme de développement durable à l’horizon 2030 ». [1] Il est également au centre de tous les efforts de la Commission. L’expression « développement durable » ne devrait pas être comprise dans la pratique comme étant principalement le maintien à long terme des avantages pour les pays déjà développés. Il doit toujours viser principalement à assurer que les pauvres aient la possibilité de partager ces fruits et de les ajouter. Les pauvres, après tout, ne sont pas un obstacle au développement durable, mais l’une de ses plus grandes ressources.

L’histoire montre que l’exclusion et l’inégalité sont parmi les principales causes de la pauvreté, et que l’inclusion est l’un des meilleurs moyens d’éradiquer la pauvreté parmi les individus, les familles, les peuples et les nations. Une « économie de l’exclusion » est une économie où les individus et les peuples sont empêchés de participer pleinement à la vie économique, sociale et politique de leurs communautés, soit par des obstacles formels tels que des lois discriminatoires qui empêchent leur participation, soit par des moyens plus subtils tels que l’accès inadéquat aux soins de santé, à l’éducation et aux autres ressources nécessaires au développement humain intégral. Le manque de compétences et d’aptitudes commercialisables en raison d’un accès insuffisant aux ressources de soutien sert souvent de justification à l’exclusion: ceux qui n’ont pas d’éducation, les chômeurs, les malades, les personnes handicapées et les sans-abri sont parfois accusés et stigmatisés car leur situation qui est l’effet de l’exclusion devient la légitimation de leur exclusion. Ce cycle d’exclusion doit s’arrêter. Au contraire, le développement et l’épanouissement passent par la participation sociale, ce qui signifie travailler avec les autres en communauté et en communion.

Ma délégation apprécie beaucoup l’accent mis dans le rapport du secrétaire général sur le travail décent et l’emploi productif, ainsi que l’éducation, la santé et la protection sociale. Ce sont des voies essentielles à l’inclusion. Dans de nombreuses régions du monde, l’emploi est rare, surtout pour les jeunes, ce qui ne fait qu’exacerber une économie de l’exclusion.

Monsieur le Président,

L’éradication de la pauvreté ne doit pas être considérée simplement comme un objectif important parmi tant d’autres, car l’appauvrissement est très profondément lié aux autres défis importants auxquels le monde est confronté, notamment la guerre, la dégradation de l’environnement et la crise migratoire et des réfugiés. Alors que les causes de la migration humaine sont nombreuses et complexes, beaucoup sont liées à des personnes qui fuient des situations d’exclusion à la recherche de situations d’inclusion.

Dans la crise des migrations et des réfugiés, la logique de l’exclusion a été exploitée par les trafiquants d’êtres humains, ce qui a conduit à une augmentation du fléau de l’esclavage moderne. Lorsque les migrants sont exclus des moyens habituels de participation à une société, ils sont marginalisés, souvent sans la protection de la loi et de l’ordre, ni même de la décence commune. Comme l’a récemment déploré le pape François à propos des victimes de la traite des êtres humains, « combien de personnes, en particulier celles qui fuient la pauvreté et la guerre, sont victimes de ce commerce perpétré par des individus sans scrupules ? » [2] Ce commerce, nous le savons, ne s’arrête jamais avec ceux qui sont sans scrupules, mais au contraire il entre dans les chaînes d’approvisionnement de notre économie mondialisée, ce qui fait que nous consommons tous régulièrement et inconsciemment des articles issus du travail forcé. Nous devons tous devenir des abolitionnistes dévoués de cette forme brutale d’esclavage moderne et des économies d’exclusion dont c’est l’une des expressions les plus néfastes.

Monsieur le Président,

Ma délégation soutient chaleureusement les efforts de cette Commission pour abattre les barrières de l’exclusion et construire des voies solides d’inclusion qui favoriseront le développement intégral des pauvres et, en les élevant, contribueront à promouvoir le développement durable pour tous.

Merci, Monsieur le Président.
_________________
1. E / CN.5 / 2018/3, 2.
2. Pape François, Discours aux membres du Corps diplomatique accrédités auprès du Saint-Siège, 8 janvier 2018
© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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