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Synode sur la famille

Synode sur la famille, Catholic Church England and Wales - Mazur/catholicnews.org.uk

Mariages « nuls »: le consentement peut être «faussé» par le «désert des valeurs»

Explications de Mgr Pinto

Le consentement au mariage peut être « faussé » par le « désert des valeurs » et être nul du point de vue sacramentel, explique Mgr Pinto.

Mgr Pio Vito Pinto, doyen du tribunal apostolique de la Rote romaine, tribunal d’appel pour les cas de nullité matrimoniale, est en effet intervenu lors d’une journée de formation à la pastorale familiale organisée sur le thème « Discernement et accompagnement des cas de nullité matrimoniale » par la Conférence épiscopale espagnole et la faculté de droit canon de l’université ecclésiastique espagnole San Damaso de Madrid, les 28 et 29 novembre 2016, en présence de l’archevêque de Madrid, grand chancelier de l’Université, Mgr Carlos Osoro Sierra, créé cardinal le 19 novembre 2016.

Mgr Pinto a présenté, le 28 novembre, à 12h, la réforme voulue par le pape François, dans deux motu proprio, en parlant du « Nouveau procès en nullité matrimoniale dans le contexte de l’attention pastorale pour les mariages en échec : les apports du pape François »  (« El nuevo proceso de nulidad matrimonial en el contexto de la atención pastoral a los matrimonios fracasados: las aportaciones del Papa Francisco »).

Le désert des valeurs

Répondant aux questions des participants, Mgr Pinto a notamment fait observer que très peu de gens recourent aux tribunaux ecclésiastiques : le pape a demandé que leur accès soit facilité. Il a souligné que le travail des tribunaux est pour le pape « pastoral », c’est pourquoi, avec une « expérience reconnue », l’évêque peut juger dans son diocèse et « il répond devant Dieu », a précisé le canoniste : « Les évêques sont avec Pierre, en communion… Ils doivent être attentifs à ne pas abuser de leur pouvoir ».

Il a aussi souligné, à propos de la présence ou non d’un expert, que « ce qui fait la nullité du mariage ce n’est pas l’expertise, ce sont les faits », la « vérité factuelle » : donc on peut déclarer un mariage « nul » si l’on a ce que Pie XII appelle la « certitude morale », « l’exclusion de tout doute raisonnable ». Et comme tous les tribunaux n’ont pas la possibilité de faire des « expertises », ce qui compte, ce sont les « faits ».

On lui a soumis un exemple et Mgr Pinto a répondu en évoquant la « fragilité psychique » des jeunes actuellement : cela fait partie des faits qui relèvent du procès « bref ».  Les questions à se poser sont, entre autres : « quelle est la perpétuité du lien ? » : « il faut enquêter sur ce désert des valeurs ». Le fait qu’il y ait de si nombreux divorces montre que « notre civilisation ne comprend plus les liens ». Donc, il ne s’agit pas de « faire les choses faciles », mais de prendre en compte « la réalité actuelle ». Il inviait à « étudier » chaque cas, pour vérifier ce qu’il appelle la « fausseté du consentement ». On se trouve par exemple face à des personnes qui « ne savent même pas qui est le Christ ». Il citait le cardinal Ratzinger qui, il y a des années déjà, évoquait ses doutes sur les mariages contractés quand la foi manque. Pour Mgr Pinto c’est « une circonstance factuelle déterminante », avec la question du lien : « quel était leur concept de stabilité et de permanence du lien indissoluble ? »

Il a fait observer que « la fragilité psychique, psychologique est une circonstance » qui se joint souvent à un « état de perte de la foi ». Dans ces cas le consentement est « faussé »  par « cette circonstance du désert de la foi, du désert des valeurs ». Et cette « fausseté induite du consentement », du fait de la fragilité de l’homme, de la femme et du « désert des valeurs » entraîne une « simulation induite, partielle ou totale du mariage », et par conséquent sa nullité.

Une Eglise de communion

A propos de la réforme du pape François Mgr Pinto a insisté sur le fait qu’elle part d’un point de vue « ecclésiologique », un « aspect fondamental de l’enseignement du pape François » qui s’inspire de Vatican II et de deux papes de Vatican II, Jean XXIII et Paul VI. Et en deux ans, deux synodes sur le même thème, ordinaire et extraordinaire : unique ! Et une consultation des Eglises locales ! Une « expression capillaire synodale », consultation des Eglises, des fidèles, qui ont « vécu la synodalité », c’est « historique » : c’est la première fois que cela se produit pour un document papal. Il a souligné « l’esprit de synodalité » de l’ecclésiologie du pape François, qui est du « baume » pour les fidèles « blessés » ou « mis à l’écart ». Il invite à ne pas créer de « murs » – « un péché grave » – mais à avoir un grand sens de la « responsabilité » : pour que cette « de paix » qui « recrée les tissus », bienfaisante arrive jusqu’aux fidèles. Ce n’est pas seulement une « méthode » : le pape croit dans cette « collégialité épiscopale », et la synodalité – qui est « à l’origine des motu proprio et de la réforme » – est « l’âme de la collégialité » et inclut les paroisses. Il faut que cette synodalité arrive aux « destinataires » : les « fidèles ». Le pape croit dans cette « force » la synodalité.

Un évêque du Nord de l’Europe parlait au synode, de deux « portes du Temple » : celle qu’il appelait la porte du « tsunami des nouveautés » (désignant ainsi les motu proprio du pape François) et celle des « divorcés remariés qui reçoivent la communion ». Il y a eu « un grand silence », désapprobateur. Car, le tsunami, c’est actuellement la foi et les mariages religieux qui disparaissent, a fait observer Mgr Pinto citant le père François-Xavier Dumortier sj au synode : voilà le « désert de la foi ». Mais le Pape sur ce point « a eu la majorité des deux tiers », a-t-il dit, citant Ignace d’Antioche comme à l’origine de cette réflexion sur la synodalité.

Mgr Pinto a fait observer que l’on doit affronter dix siècles de puissance juridique, qui a « alourdi » la vie des baptisés en donnant une « vision juridique de toute chose ». Il parlait, dans ce contexte, d’une « Révolution copernicienne » de Vatican II qui se reflète dans le Code de droit canon de 1983 où l’Eglise est comprise « comme mystère ».

Il a aussi fait remarquer que le second millénaire chrétien a « tout appesanti » par cette vision juridique : or, si le droit est un « vêtement nécessaire », il n’est jamais « essentiel ». Saint Pie X lui-même avait demandé que les procès matrimoniaux se fassent « dans les diocèses », et que le recours à Rome soit une « exception ».

Au synode, certains cardinaux avaient souhaité un nouveau document du pape sur le mariage. La majorité a dit « non » par ce que cela a déjà été fait « complètement » par  les papes du XXe : Casti connubii (Pie XI), Paul VI, Jean XXIII, Benoît XVI. Mais le pape a écrit une exhortation apostolique qui constitue une « application », des indications sur « comment appliquer » cet enseignement : c’est la « synthèse » opérée par le pape François.

Or, quelque cardinal a « du mal» avec le pape François : Mgr Pinto a fait allusion à l’intervention de quatre cardinaux « semant le doute » sur l’enseignement de l’exhortation apostolique post-synodale « Amoris laetitia » : il voit un « grave scandale » dans le fait que ces quatre cardinaux sèment en fait le doute sur le travail de deux synodes, un « extraordinaire » et un « ordinaire » (2014-2015), dans une lettre publiée dans différents media.

Le pape « n’a pas répondu directement » aux « quatre cardinaux », a précisé Mgr Pinto, mais « indirectement » en disant qu’ils « ne voient que blanc ou noir, alors que dans l’Eglise, il y a des couleurs » : c’était en s’adressant à la 36e Congrégation générale des jésuites, le 24 octobre 2016.

La clef, c’est le discernement

Le pape faisait alors remarquer devant ses confrères la nécessité du « discernement » : « Dans le domaine moral, il faut procéder avec une rigueur scientifique et avec l’amour de l’Église et du discernement ». Mais, a encore fait observer le pape, « nous sommes assez fermés, en général, au discernement ». Et de dénoncer « la carence du discernement dans la formation des prêtres. (…) Aujourd’hui, dans un certain nombre de séminaires, s’est instaurée à nouveau une rigidité éloignée d’un discernement des situations ». « Ceci me fait très peur », a insisté le pape qui a appelé à ne pas concevoir la morale dans le sens « casuistique » du « blanc ou noir », du « légal ». Comme une certaine morale du siècle dernier où « tout l’environnement moral était restreint au ‘on peut’, ‘on ne peut pas’ (…). C’était une morale très étrangère au discernement ».

La clef d’Amoris Laetitia, c’est « le discernement » : il n’y a « rien à changer », a renchéri Mgr Pinto. C’est l’évêque le « maître », c’est lui qui a  la « responsabilité », « avec les prêtres » : « obéissance et communion », pour conduire au « salut des âmes ». Il n’y a « aucun danger ».

Il a insisté sur le rôle des prêtres : « Les deux synodes ont placé beaucoup d’espérance en vous, les curés, pour l’avenir de l’Eglise », recommandant « l’osmose » entre « Pierre », les évêques, les prêtres et les diacres, les enseignants, l’Eglise locale, pour « construire », sans jamais être « déconnectés » les uns des autres.

Il a mis en garde contre la tentation d’une « multitude de compromis pastoraux » à l’instar de la tentation du liturgiste d’être « rubriciste » et du canoniste d’être « légaliste ».

« Nous devons être diaconie, service », a-t-il rappelé : nous ne devons pas « commander au Pape », cela « arrive » – « nous sommes des hommes » – et quelqu’un peut ne pas se « sentir en communion avec le Pape » mais « le pape a de la patience ».

Si la communion est forte, les abus diminuent

Quelque dicastère a dit : « attention, avec la mise en œuvre, attention aux abus ». « Au synode, a souligné Mgr Pinto, une chose a été claire, c’est qu’il y a toujours eu des abus dans l’Eglise, parce que nous sommes humains. Les abus n’ont donc pas été introduits par l’ecclésiologie de François. C’est un état de fait incontournable. Mais alors, comment combattre les abus ? ». L’évêque, a-t-il rappelé, « n’est jamais au-dessus de Pierre, mais avec Pierre et sous Pierre » : « Si la communion est forte, les abus diminuent. »

Dans les Caraïbes, des personnes qui sont en union de fait, des divorcés, et vont recevoir l’eucharistie : comment est-ce que je peux dire, à Untel : « vous, vous ne pouvez venir » ? Même dans les paroisses romaines, le diocèse de François : que faire ? Faire des « prisonniers » aux portes de l’église ? Dans un grand diocèse, un évêque et son auxiliaire ont raconté leur solution : « Nous nous sommes mis à confesser les fidèles pour effectuer le discernement d’Amoris Laetitia. » On peut dire à quelqu’un « attends », pour pouvoir lui indiquer un « processus de pénitence » : « c’est difficile, mais il y a déjà ce discernement ». Mgr Pinto insistait : « Il faut faire ce discernement : c’est la clef du ch. 8 de Amoris Laetitia. » « Le remède aux abus, c’est dans Misericordiae Vultus 4 », a-t-il ajouté.

Il a rappelé le devoir des évêques d’aller « chercher les catholiques baptisés qui ne viennent pas à l’Eglise » et ils sont « la majorité ».

Un appel à la conversion

Parlant en italien, traduit en espagnol de façon consécutive, ou bien directement en espagnol, Mgr Pinto a exprimé son admiration pour la simplicité du pape François qui s’est rendu au tribunal de la Rote romaine, au palais de la Chancellerie, accompagné seulement de deux hommes de la sécurité, lors du cours de la Rote pour les nouveaux évêques, le 18 novembre dernier.

Lui-même avait alors évoqué devant le pape l’histoire du palais de la Chancellerie et l’origine du nom de la « Sala Riaria ». Le cardinal Riario, nommé à 17 ans, avait gagné, à 20 ans, aux jeux de hasard, en une nuit, 150 000 ducats d’argent, c’est avec cette somme gagnée au jeu qu’il a construit le palais de la Chancellerie. Trois scandales : la jeunesse du cardinal, les jeux de hasard et l’énormité de la somme gagnée. « Plus grave encore », ajoutait Mgr Pinto, il complota la mort du pape Léon X Médicis, avec deux autres cardinaux.  Ils furent emprisonnés au Château Saint-Ange. Le plus pauvre mourut, les autres payèrent pour leur libération : Riario dut payer 500 000 ducats, et pour cela léguer au Siège apostolique son palais de la Chancellerie. Scandale là aussi souligne Mgr Pinto. Il a mentionné ces scandales du XVIe siècle, avant de faire observer que Luther se trouvait à Rome à « en ces jours-là », ce qui rendit la situation « plus tragique encore » : « Il habitait à deux cents mètres du palais de la Chancellerie, et en tant qu’Allemand – les Allemands ne plaisantent pas  (…) – il voyait ce que ces cardinaux faisaient. Il s’enfuit de Rome bouleversé, par cette Rome papale, cette Rome scandaleuse, bouleversé. Et quelques mois après, il afficha ses thèses à Wittemberg. » C’est pourquoi Mgr Pinto a invité les baptisés à la conversion : « Quand le pape dit, à Lund que la Réforme protestante a, dans l’Eglise catholique, une grave faute morale, c’est une vérité historique peu connue. Donc nous devons le confesser (…). L’impulsion, Luther l’a prise devant cette Rome scandaleuse, peu chrétienne. » Un appel à la conversion.

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