Fatima 2017: comment triomphe le Coeur Immaculé de Marie, par le card. Piacenza

Homélie pour le centenaire (texte intégral)

Statue de Notre Dame de Fatima, courtoisie du sanctuaire

Statue de Notre Dame de Fatima, courtoisie du sanctuaire

« Notre foi … c’est plutôt l’expérience d’une Présence, vraie, objective, réelle et transformatrice », a déclaré le cardinal Mauro Piacenza, Grand Pénitencier, en charge de la Pénitencerie apostolique. Et il a expliqué en quoi consistait le « triomphe du Coeur Immaculé de Marie», à l’occasion de la messe présidée à Fatima, au Portugal, ce mercredi 13 septembre 2017, pour le centième anniversaire de l’apparition de septembre 1917.

Le 13 mai dernier, le pape François a canonisé à Fatima les pastoureaux Francisco (1908-1919) et Jacinta (1910-1920), à l’occasion du centenaire des apparitions.

« Le triomphe du cœur immaculé de Marie est exactement ceci: l’intervention du Christ dans les consciences des hommes et dans l’histoire du  monde; l’intervention du Christ et, avec Lui, de la Mère qui l’a engendré, L’offrant pour nous et pour notre salut ; l’intervention, avant tout, du salut qui naît de la rencontre rédemptrice avec le Christ et, donc, à travers nous, la présentation du Seigneur au monde», a expliqué le cardinal italien.

La Vierge est apparue à Fatima, a expliqué le cardinal Piacenza, « non seulement pour exhorter les hommes à la conversion et à la prière », « mais dans une intention prophétique explicite, indiquant aux hommes des événements à venir, pour qu’ils puissent les lire avec prudence, se préparer, les reconnaître et se convertir ». « Voilà ce en quoi Fatima est exceptionnelle ! a-t-il dit. Marie, à Fatima, a prophétisé et l’Église a reconnu la vérité des apparitions. »

« Fatima n’est pas achevée ! a souligné le Grand Pénitencier. Car la mission de l’Église, qui vivra jusqu’à la fin des siècles, en toute circonstance historique et malgré les adversités de la culture et du pouvoir, n’est pas terminée. »

L’Église, « unie » au Crist,  « poursuit son œuvre en l’annonçant Lui et en annonçant le salut », a dit le cardinal.

Voici notre traduction de l’homélie du cardinal Mauro Piacenza, Grand Pénitencier.

MD

Homélie du cardinal Mauro Piacenza

Soit loué Jésus-Christ !

C’est pour moi une grande joie de pouvoir célébrer avec vous et pour vous l’Eucharistie en ce lieu, où la bienheureuse Vierge Marie s’est daignée apparaître il y a 100 ans, faisant ainsi de Fatima un lieu extraordinaire.

La Sainte Vierge, en effet, n’apparaît pas n’importe où et ce lieu ne ressemble pas à d’autres lieux. Au contraire, respectant fidèlement la logique de l’incarnation, qui a eu lieu à une époque et dans un espace précis, les manifestations surnaturelles de la Vierge, reconnues par l’Eglise, nous renvoient à l’historicité de notre foi et aux liens essentiels que celle-ci a, par volonté divine, avec l’espace et avec le temps. Ceux-ci sont des créatures de Dieu, comme la totalité du cosmos, et en eux, dans l’espace et dans le temps, Dieu a voulu demeurer.

Nous nous demandons, maintenant, après l’Ascension – dont nous avons écouté le récit – qu’est-il resté aux apôtres? Quand le Christ est monté au ciel, qu’est-il resté dans leurs cœurs et dans leurs esprits ?

Nous pourrions tous répondre: le souvenir de Jésus, ses enseignements … Bien sûr, mais cela ne suffit pas. Nul ne peut vivre que d’un souvenir passé! Notre foi n’est pas un recueil archéologique de vérités incertaines passées; c’est plutôt l’expérience d’une Présence, vraie, objective, réelle et transformatrice. L’expérience qu’ont faite exactement les saints pastoureaux François et Jacinthe et la servante de Dieu sœur Lucie, de la présence de Marie : une présence vraie, réelle et qui transforme.

Qu’est-il resté aux apôtres quand le Christ est monté au ciel ? Il est resté leur unité! L’expérience de l’appartenance de chacun d’eux à Jésus et de cette commune appartenance à l’unité que Jésus lui-même a déterminée, a engendrée entre eux. L’appartenance à cette unité est ce que nous professons dans le Credo, à chaque fois que nous disons « Je crois en l’Eglise, Une », et c’est ce qui nous permet d’affirmer la parfaite continuité entre la première communauté de Jérusalem, rassemblée au cénacle, autour de Marie dans l’attente du don de l’Esprit pour la mission, et l’Eglise d’aujourd’hui, notre assemblée aujourd’hui.

La Bienheureuse Vierge est apparue en ce lieu, il y a cent ans, non seulement pour exhorter les hommes à la conversion et à la prière, comme cela se passe dans d’autres apparitions, mais dans une intention prophétique explicite, indiquant aux hommes des événements à venir, pour qu’ils puissent les lire avec prudence, se préparer, les reconnaître et se convertir. Voilà ce en quoi Fatima est exceptionnelle ! Marie, à Fatima, a prophétisé et l’Eglise a reconnu la vérité des apparitions et, avec elles, celle des prophéties.

Nous pouvons vraiment dire que seraient dans l’erreur ceux qui pensent que la mission prophétique de Fatima est finie; Fatima n’est pas finie! Fatima est encore à réaliser, car le cœur immaculé de Marie n’a pas encore triomphé pleinement.

Toute l’Eglise, Une, dans la tradition apostolique ininterrompue, tend à annoncer le Christ aux frères, pour se réalise la volonté de Dieu, que nous avons écoutée dans la seconde lecture. C’est vrai, Dieu veut que « tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité »; mais, pour que la volonté de Dieu s’accomplisse, par choix souverain et insondable du Seigneur, il faut le concours de notre liberté.

Le salut, certes, est offert à tous les hommes et Dieu veut que tout le monde soit sauvé ; ce don passe par l’indispensable médiation de l’Eglise et du témoignage des chrétiens; il passe par ce que la doctrine appelle la «  substitution vicaire » : autrement dit revivre dans le Corps de l’Eglise, que nous sommes, le don que Jésus Christ fait de Lui pour l’humanité entière.

La Volonté salvifique universelle s’active aussi en s’ouvrant nécessairement de toute liberté personnelle. Pour cette raison, la seconde lettre à Timothée affirme l’indispensable binôme entre « être sauvés » et « venir à la connaissance de la vérité »: normalement le salut ne peut se réaliser indépendamment de la connaissance de la vérité, c’est-à-dire de la connaissance du Christ Lui-même. Dieu a certainement Ses chemins pour sauver les hommes, mais Il nous en a révélé un sûr et c’est celui-là que nous devons suivre et faire connaître.

C’est exactement dans cette optique que Jésus déclare dans l’évangile que ceux qui accomplissent la volonté du Père sont pour lui « un frère, une sœur et une mère ». Il affirme, de cette façon, l’extraordinaire proximité, familiarité, des croyants avec Lui, mais aussi la possibilité d’être, pour les frères et pour le monde, comme la « Mère du Seigneur », autrement dit Celle qui a engendré le Christ pour l’humanité et qui engendre toujours son corps, qu’est l’Eglise.

Ceci, très chères sœurs et très chers frères, est le haut et fascinant devoir que le Seigneur nous confie et que la bienheureuse Vierge Marie nous rappelle à Fatima : être « prophétie » pour le monde, en montrant encore et toujours le Christ, son Corps, aux frères, pour que, en connaissant la vérité, ils atteignent le salut.

Si Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la Vérité, le singe de Dieu, le démon – qui existe, qui est une présence personnelle et toujours dramatiquement à l’œuvre –  veut exactement le contraire! C’est-à-dire, il veut que tous les hommes soient damnés pour l’éternité et restent dans les ténèbres du mensonge. C’est la raison pour laquelle la bienheureuse Vierge Marie, pour notre bien, a montré clairement, ici à Fatima, la possibilité réelle de la perdition définitive, du refus définitif de Dieu et de son salut. Rappeler cela n’est pas faire du terrorisme mais faire acte de miséricorde, faire acte d’amour. La sainte Vierge pourrait-elle prononcer voire un seul mot qui ne soit pas vibrant d’amour?

Si le Christ a déjà triomphé définitivement sur le mal et la mort, l’Eglise, unie à Lui, poursuit son œuvre en L’annonçant Lui et annonçant le salut.

La prière, et en particulier la prière du rosaire, dans laquelle le saint nom de Marie, dont nous faisons aujourd’hui aussi mémoire, est répété amoureusement sous forme de litanies, est aussi un grand exorcisme sur le monde, qui enveloppe dans un réseau d’amour les hommes, les lieux et l’histoire, l’espace et le temps, pour que rien ne soit enlevé à la volonté salvifique universelle de Dieu et pour que les cœurs, façonnés par le Nom béni de Marie, s’ouvrent à la rencontre avec le Sauveur.

C’est dans ce sens aussi que Fatima n’est pas achevée ! Car la mission de l’Eglise, qui vivra jusqu’à la fin des siècles, en toute circonstance historique et malgré les adversités de la culture et du pouvoir, n’est pas terminée.

Chers amis, tous les ennemis de l’Eglise tous ceux qui l’ont persécutée et combattue au fil des siècles, sont passés. L’Eglise de Jésus est toujours là, tout comme la Bienheureuse Vierge Marie! Elle est encore là, jeune, forte, riche de la foi d’un très grand nombre de ses fils, embellie par toutes leurs prières et œuvres de charité, rendues plus précieuses par toutes les souffrances cachées et offertes qui édifient vraiment le Royaume de Dieu, l’unique monde nouveau auquel nous pouvons aspirer. Ce monde-là est le meilleur des mondes possibles! Nous l’expérimentons ce soir, à cette extraordinaire veillée. Le Royaume de Dieu  n’est pas « une question de nourriture ou de boisson » (Rm 14,17), n’est pas une question d’organisations ou stratégies, de tentatives de solutions à tel ou tel problème, bien que justes et nécessaires. Le Royaume de Dieu vit dans la conscience des hommes; l’Eglise vit dans la conscience des hommes et c’est pourquoi elle est absolument libre et absolument irréfrénable!

Il y a cent ans, quand tout a commencé, personne n’aurait jamais pu imaginé que trois simples petits bergers déterminent l’histoire de ce pays, de toute la péninsule ibérique, de l’Europe, du monde et de l’Eglise. Et pourtant nous sommes ici, en train de témoigner la vérité  de la foi et l’évidence que, malgré tout, malgré les ennemis de l’extérieur comme de l’intérieur, l’Eglise vit dans les consciences des hommes, progresse en elles, se fructifie en elles, et en elle retombe toujours pour le salut de chacun et de l’humanité entière.

Le triomphe du cœur immaculé de Marie est exactement ceci: l’intervention du Christ dans les consciences des hommes et dans l’histoire du  monde; l’intervention du Christ et, avec Lui, de la Mère qui l’a engendré, L’offrant pour nous et pour notre salut ; l’intervention, avant tout, du salut qui naît de la rencontre rédemptrice avec le Christ et, donc, à travers nous, la présentation du Seigneur au monde.

Très chers amis, comme le disciple après l’Ascension, nous regardons nous aussi le ciel et, avec les voyants de Fatima, nous apercevons le Visage lumineux de Marie, Icône parfaite de l’Eglise, Une, à laquelle nous sentons d’appartenir et nous appartenons réellement; nous aussi, obéissants à la volonté de Dieu, nous désirons que tous les hommes, qui n’ont pas encore connu Son Amour soient sauvés et viennent à la connaissance de la Vérité, et c’est pourquoi nous souffrons, offrons, pions te témoignons ; c’est pourquoi nous sommes ici aujourd’hui et repartirons, heureux et sûrs, dans nos maisons, les prochains jours.

Traduction de Zenit, Océane Le Gall

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