Alors que des spéculations circulaient ces dernières semaines concernant un possible retour du pape aux États-Unis, le Vatican a discrètement clarifié qu’il ne se rendra pas dans son pays natal en 2026. Au lieu de cela, l’attention se tourne résolument vers le sud, vers le Pérou, un pays qui mobilise déjà ses institutions étatiques, l’Église et le secteur du tourisme en prévision d’une visite qui semble de plus en plus probable avant la fin de l’année.
Le 8 février, le Saint-Siège a confirmé que Léon XIV, premier pape américain de naissance, n’envisageait aucun voyage aux États-Unis dans l’année à venir, malgré la coïncidence symbolique du 500e anniversaire du pays. Cette décision intervient après des semaines de spéculations quant à une possible visite papale à l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, ou un voyage combiné au Mexique. Les autorités vaticanes ont démenti ces rumeurs, invoquant des considérations à la fois pratiques et pastorales.
Dans ce contexte, le Pérou est devenu une priorité absolue. Le ministre des Affaires étrangères péruvien, Hugo de Zela, a annoncé le 1er février que le pape avait accepté l’invitation officielle du gouvernement de transition du président José Jerí à se rendre au Pérou en 2026. Si les dates exactes restent à définir, le gouvernement et la Conférence épiscopale péruvienne s’accordent sur une date au second semestre, probablement entre octobre et novembre, une fois le cycle électoral suivant les élections générales d’avril terminé.
Pour le Pérou, cette visite est non seulement d’ordre religieux, mais aussi stratégique. Teresa Mera, ministre du Commerce extérieur et du Tourisme, a publiquement souligné que le voyage de Léon XIV contribuerait à positionner le Pérou comme un pôle mondial du tourisme religieux. Dans une déclaration officielle du gouvernement, Mme Mera a insisté sur le fait que le tourisme religieux représente près de 20 % des flux touristiques internationaux dans le monde, un chiffre qui place ce secteur parmi les segments les plus dynamiques du tourisme mondial.
« Le tourisme religieux dépasse le cadre de la foi et de la spiritualité », a déclaré Mera. « C’est aussi une expression culturelle qui dynamise l’économie, crée des emplois et ouvre des perspectives de développement régional. » Son ministère, Mincetur, s’est mobilisé en amont pour que le Pérou soit prêt à accueillir le monde.
Au cœur de ces préparatifs se trouve « La Route de León », une initiative multisectorielle qui rassemble les autorités nationales, régionales et locales, l’Église catholique, les associations touristiques et les acteurs privés. Le projet couvre quatre régions : Lambayeque, Piura, La Libertad et Callao, et comprend 38 sites touristiques, principalement des églises et des sanctuaires, complétés par des attraits culturels et naturels. La modernisation des infrastructures, l’amélioration des espaces publics et l’optimisation des services touristiques font partie intégrante du plan.
Le cœur symbolique de cet itinéraire se situe dans le nord du Pérou, où Léon XIV a passé plus de vingt ans comme prêtre missionnaire, puis comme évêque. Chiclayo, en particulier, a déjà inauguré une exposition permanente intitulée « Sur les traces de Léon XIV », conçue pour approfondir la compréhension des visiteurs des racines pastorales du pape et renforcer l’identité locale.
Cependant, les projets de voyage du Vatican ne se limitent pas au Pérou. Des responsables ont indiqué que Léon XIV devrait annoncer un voyage en Afrique après Pâques, l’Algérie et l’Angola figurant parmi les destinations confirmées, tandis que d’autres restent à déterminer. Par ailleurs, les évêques espagnols ont informé les médias locaux que le pape envisage de se rendre en Espagne cette année ; un site web dédié et des comités d’organisation à Madrid, Barcelone et aux îles Canaries sont déjà opérationnels.
L’absence de visite aux États-Unis en 2026 ne se résume pas à de simples contraintes d’agenda. Dès le début de son pontificat, Léon XIV s’est montré réticent à être qualifié de « pape américain ». Bien qu’il ait déclaré : « Je me sens profondément américain », sa première apparition publique après son élection fut remarquée par l’utilisation de l’italien et de l’espagnol plutôt que de l’anglais. Une visite très médiatisée aux États-Unis lors d’une importante fête nationale – et à l’approche des élections de mi-mandat de novembre – aurait presque inévitablement amplifié la symbolique politique et nationale de cet événement, ce que le Vatican cherche traditionnellement à éviter.
Il y a aussi des considérations diplomatiques pratiques. Le nonce apostolique aux États-Unis, le cardinal Christoph Pierre, a récemment fêté ses 80 ans, bien au-delà de l’âge habituel de la retraite, fixé à 75 ans. Une transition à la nonciature étant prévue prochainement, l’organisation d’une visite papale complexe aux États-Unis présenterait des défis considérables.
Historiquement, les retours prématurés d’un pape dans son pays d’origine ne sont pas sans précédent. Jean-Paul II a attiré des foules immenses en Pologne moins d’un an après son élection, et Benoît XVI a fait de l’Allemagne sa première destination papale pour les Journées mondiales de la jeunesse en 2005. Le pape François, en revanche, n’est jamais retourné en Argentine après 2013, malgré des expressions répétées de son désir personnel de le faire.