Un temps de dévoilement et de reconstruction pour cette congrégation fondée en 1898 © benedictines-montmartre.fr

Un temps de dévoilement et de reconstruction pour cette congrégation fondée en 1898 © benedictines-montmartre.fr

40 ans d’abus chez les Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre

Après le dévoilement, continuer la reconstruction et la réparation

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Ce 14 janvier 2026, les Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre ont écrit un communiqué concernant la publication d’un rapport de la Commission indépendante sur les abus spirituels et les emprises psychologiques (CIASEP). Ce document rapporte les abus perpétrés au sein de la congrégation par l’ancienne prieure, décédée en 2016.

Durant 40 ans, Mère Marie-Agnès a commis toutes sortes d’abus sur un grand nombre de ses religieuses : dérives de gouvernance, manipulations de conscience et manquements graves dans l’exercice de l’autorité, notamment dans la gestion des personnes et des biens. Depuis une vingtaine d’années, un certain nombre de sœurs ont quitté la congrégation : il en reste aujourd’hui une petite centaine, réparties dans 9 prieurés.

Ayant demandé en 2023 une enquête auprès de la CIASEP, les Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre saluent ce document rendu aujourd’hui public, et fruit d’un « travail important, sérieux et indépendant ». Elles souhaitent que de telles dérives n’arrivent plus jamais à l’avenir.

Malgré la souffrance du passé, une congrégation féconde
Parler, "parfois au prix d’un chemin douloureux" © benedictines-montmartre.fr

Parler, « parfois au prix d’un chemin douloureux » © benedictines-montmartre.fr

« La Congrégation remercie chaque sœur qui a accepté de parler, parfois au prix d’un chemin douloureux, et toutes les personnes qui ont accepté de rencontrer la commission. Leur parole a permis de mettre en lumière les abus d’autorité et spirituels, l’emprise psychologique, les maltraitances et leurs conséquences » écrivent les religieuses. « Au nom de l’Institut, les responsables actuelles renouvellent la demande de pardon exprimée en mai 2023 à toutes celles qui ont été blessées, aux familles et à celles et ceux qui ont été scandalisés par ce qui s’est vécu au sein de la congrégation. »

Tout en révélant les dysfonctionnements du passé, le rapport souligne aussi les changements importants opérés depuis plusieurs années au sein de la congrégation. Il met en valeur la fécondité toujours bien vivante de ces religieuses, notamment par leur vie de prière et d’adoration, leur formation solide, leur apostolat au service des sanctuaires et la vie fraternelle. 

Pour établir ce bilan, la CIASEP s’est basée sur des questionnaires proposés aux religieuses. 10 000 questions ont été analysées, et la quasi-totalité des sœurs ont été entendues. Au final, le rapport établit 58 préconisations et propose 7 axes de réparation. La Commission propose aussi de faire une évaluation d’ici deux ans pour s’assurer que les recommandations soient appliquées concrètement.

L’Église catholique prend aussi sa part de responsabilité

Ayant pris le temps de recevoir le rapport de la CIASEP, l’Église catholique de Paris rend hommage au courage des religieuses et anciennes religieuses de la congrégation. Depuis plus de dix ans, le diocèse accompagne les changements importants engagés par la congrégation, et « continuera de la soutenir et de progresser avec elle ».

« Le diocèse de Paris reconnaît aujourd’hui que pendant de nombreuses années il n’a pas exercé, en ses responsables, son propre devoir de vigilance à l’égard de la congrégation et des graves abus qui s’y sont déroulés. De même, il n’a pas veillé avec suffisamment de rigueur au respect, par la gouvernance de la congrégation, du cadre juridique qui régit toute vie religieuse, dont la finalité est de protéger les personnes dans leur singularité et leur liberté, et d’assurer l’épanouissement de chaque vocation » ont écrit les responsables diocésains, dans un communiqué publié ce 15 janvier 2026.

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Anne van Merris

Journaliste française, Anne van Merris a été formée à l'Institut européen de journalisme Robert Schuman, à Bruxelles. Elle a été responsable communication au service de l'Église catholique et responsable commerciale dans le privé. Elle est mariée et mère de quatre enfants.

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