Environ 45 % Des Allemands Appartiennent Encore Formellement À Une Église Chrétienne.

Environ 45 % Des Allemands Appartiennent Encore Formellement À Une Église Chrétienne

Allemagne : Déclin et paradoxes de la foi

Une étude de l’Institut INSA met en lumière à la fois une érosion continue du nombre de fidèles mais aussi des signes tangibles d’ouverture

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On décrit souvent le paysage religieux en Allemagne comme étant en déclin, mais une analyse plus approfondie des chiffres révèle une situation bien plus complexe et, à certains égards, contradictoire. Une nouvelle étude représentative sur la vie chrétienne en Allemagne met en lumière non seulement une érosion continue du nombre de fidèles, mais aussi des signes tangibles d’ouverture, notamment chez les jeunes générations et même chez ceux qui ne se reconnaissent pas comme chrétiens. 

Le sondage, réalisé par l’Institut INSA, révèle qu’environ 45 % des Allemands appartiennent encore formellement à une Église chrétienne, tandis que 73 % se déclarent baptisés. Cet écart signifie qu’il y a environ 50 % de chrétiens baptisés de plus que de membres inscrits dans une Église, une disparité qui souligne à quel point l’identité culturelle et sacramentelle se détache de plus en plus de l’appartenance institutionnelle.

 Au sein de cette base institutionnelle en déclin, les catholiques romains représentent 23,7 % de la population, un pourcentage légèrement supérieur aux 21,5 % appartenant aux Églises protestantes régionales d’Allemagne. Cependant, lorsqu’on interroge les personnes sur leur identité chrétienne globale, la situation s’inverse : 36 % se déclarent protestants, contre 31 % catholiques. Néanmoins, parmi les jeunes générations, les catholiques constituent le groupe le plus important, un détail démographique qui complexifie les prévisions quant à l’avenir des deux traditions. 

Les chiffres les plus frappants concernent peut-être ceux qui n’appartiennent à aucune église. Parmi les Allemands qui ne sont actuellement membres d’aucune église chrétienne, 8 % déclarent qu’ils pourraient envisager d’en rejoindre une ou d’en réintégrer une à nouveau. Cette proportion double chez les jeunes adultes de 18 à 29 ans, atteignant 16 %, soit environ une personne sur six. Même parmi les musulmans, 14 % ont déclaré qu’ils pourraient envisager de rejoindre une église chrétienne, un résultat qui a surpris les chercheurs compte tenu des idées reçues sur les frontières religieuses. 

Ces conclusions ont été présentées le 5 janvier à Rome par Hermann Binkert, directeur de l’INSA, lors du pèlerinage annuel organisé par l’initiative catholique Neuer Anfang et le quotidien Die Tagespost. L’étude, commandée conjointement par Die Tagespost, Neuer Anfang et l’agence de presse protestante Idea, a fait l’objet d’une table ronde réunissant journalistes et analystes catholiques et protestants. Selon les organisateurs, ces données seront également communiquées au pape Léon XIV dans les prochains jours. 

Ces chiffres soulignent également les tensions internes qui pèsent sur les Églises allemandes. Parmi les fidèles appartenant actuellement à l’Église catholique romaine, aux Églises protestantes régionales ou aux Églises indépendantes, 22 % déclarent avoir l’intention de quitter la foi dans les deux prochaines années. Chez les catholiques, ce chiffre atteint presque un quart. Cette propension à abandonner la foi est particulièrement marquée chez les jeunes, ce qui renforce les inquiétudes persistantes quant à la continuité intergénérationnelle. 

La croyance elle-même présente des contrastes marqués selon les groupes d’âge. Globalement, 42 % des Allemands se disent croyants, tandis que 45 % ne le sont pas. Chez les moins de 30 ans, ce pourcentage de croyants atteint 53 %, et chez les 30-39 ans, il s’élève à 46 %. Après 40 ans, la croyance diminue significativement, oscillant entre 33 % et 40 % selon la tranche d’âge. L’appartenance religieuse et la croyance ne coïncident pas toujours : 44 % des Allemands se déclarent chrétiens, mais près d’un sur cinq (18 %) affirme ne pas croire en Dieu. 

L’engagement religieux varie également selon les régions. Parmi les catholiques, les protestants et les membres des Églises libres, 47 % se déclarent chrétiens pratiquants. Cette proportion est plus élevée en Allemagne de l’Est (54 %) qu’à l’Ouest (46 %). Les pratiques de témoignage de la foi présentent une différence similaire. Parmi ceux qui se considèrent comme chrétiens pratiquants, 48 ​​% affirment discuter de leur foi avec des non-chrétiens. En Allemagne de l’Est, ce chiffre atteint 65 %, contre 46 % à l’Ouest. 

L’enquête a également exploré la manière dont les Allemands définissent le christianisme. Près des deux tiers des personnes interrogées (64 %) ont mentionné au moins un aspect déterminant parmi une liste de huit. L’amour de Dieu et du prochain arrive en tête avec 28 %. Chez les plus de 70 ans, l’élément déterminant le plus fréquemment cité est le respect des dix commandements (36 %). Les jeunes adultes mettent l’accent sur d’autres aspects : chez les 18-29 ans, un sur quatre considère Jésus-Christ comme à la fois vrai Dieu et vrai homme, un élément central du christianisme – une proportion plus élevée que dans toute autre tranche d’âge. 

La pratique religieuse personnelle demeure importante pour de nombreux croyants. Près de la moitié (48 %) des personnes qui croient en Dieu déclarent prier régulièrement, et parmi elles, 84 % affirment avoir ressenti le pouvoir de la prière dans leur vie. 

Les opinions sur la réforme de l’Église sont beaucoup moins tranchées. Seuls 16 % des sondés estiment que le Chemin synodal de l’Église catholique en Allemagne est correct, tandis que 19 % pensent le contraire. 65 % soit n’en avaient jamais entendu parler (39 %) soit ont déclaré ne pas pouvoir ou ne pas vouloir répondre (26 %). Même parmi les catholiques, le soutien reste limité : seuls 21 % considèrent le Chemin synodal comme correct. 

L’interaction numérique complexifie encore la situation. Un sondage distinct commandé par Die Tagespost révèle que près d’un Allemand sur quatre a déjà effectué des recherches de contenu religieux en ligne ou sur les réseaux sociaux. Chez les 18-29 ans, ce chiffre atteint même 61 %. Cette exploration religieuse en ligne est particulièrement fréquente chez les musulmans, ce qui suggère que les espaces numériques sont devenus un lieu privilégié pour la curiosité et la découverte des religions. 

Malgré les défis institutionnels, le christianisme bénéficie d’un large soutien culturel. Plus de la moitié des Allemands (55 %) souhaitent que le christianisme demeure présent dans le pays. Près des deux tiers (64 %) désirent que les Églises chrétiennes offrent un accompagnement spirituel et exercent une influence politique et sociale. Le message chrétien de Noël reste également important pour près de la moitié de la population, 47 % d’entre eux affirmant qu’il joue encore un rôle significatif dans leur vie. 

Pris dans leur ensemble, ces chiffres révèlent une Allemagne moins marquée par une simple sécularisation que par une fragmentation, des tensions et une ouverture inattendue. Déclin et renouvellement coexistent dans les données, souvent au sein des mêmes tranches d’âge. Si les Églises perdent des fidèles, les chiffres suggèrent que la foi, la curiosité, voire la possibilité d’un retour, demeurent des éléments importants du débat national.

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Jorge Enrique Mújica

Diplômé en philosophie de l’Athénée pontifical Regina Apostolorum à Rome, le P. Jorge Enrique Mújica, LC, est un collaborateur « chevronné » de la presse écrite et numérique sur les questions de religion et de communication. Sur son compte Twitter : https://twitter.com/web_pastor, il aborde les questions de Dieu et de l'internet et de l'Église et des médias : « evangelidigitalisation ».

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