Première publication le 13 octobre 2026 par Cathobel
Par Jean Lannoy
Mgr Albert Houssiau, évêque de Liège de 1986 à 2001, est décédé dans la nuit du 12 au 13 octobre, à 101 ans. Professeur de théologie nommé par surprise, il avait réfléchi à l’avenir des paroisses bien avant d’en engager la réorganisation.
Repères
2 novembre 1924 : Naissance à Hal (Halle)
6 février 1949 : Ordination sacerdotale à Malines
1955 : Thèse sur la christologie de saint Irénée, à Louvain
1959 : Professeur de théologie des sacrements et de liturgie à Louvain
1972-1977 et 1982-1985 : Doyen de la faculté de théologie
17 mars 1986 : Nommé évêque de Liège par Jean-Paul II
18 mai 1986 : Ordination épiscopale à la cathédrale Saint-Paul
1990-1991 : Centenaire des congrès sociaux liégeois
1996 : 750e anniversaire de la Fête-Dieu
Fin des années 1990 : Lancement du Projet 2000
9 mai 2001 : Mgr Aloys Jousten lui succède
Nuit du 12 au 13 octobre 2026 : Décès à 101 ans
Mgr Albert Houssiau, évêque émérite de Liège, est décédé dans la nuit du 12 au 13 octobre 2026. Il avait 101 ans et aurait eu 102 ans le 2 novembre. Professeur de théologie à Louvain pendant plus d’un quart de siècle, il a été le 90e évêque de Liège, de 1986 à 2001. On lui doit le Projet 2000, la vaste réflexion qui a préparé le regroupement des paroisses du diocèse.
Le diocèse de Liège a annoncé son décès ce mardi matin. “Il a marqué notre Eglise locale par la force de sa foi au Christ et par la vivacité de son esprit”, a réagi Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège. Son prédécesseur lui avait encore écrit la semaine dernière, pour l’encourager dans ses prises de position sur les manifestations d’élèves.
Un doyen de faculté devenu évêque par surprise
Né à Hal le 2 novembre 1924, Albert Houssiau n’avait rien d’un candidat naturel au siège de Liège. Ce prêtre de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles, ordonné en 1949, avait consacré sa thèse à saint Irénée de Lyon, un Père de l’Eglise du IIe siècle. Il enseignait la liturgie et la théologie des sacrements à l’Université catholique de Louvain, dont il fut deux fois doyen de la faculté de théologie. Jean-Paul II le nomme évêque de Liège le 17 mars 1986.
Ce jour-là, à Louvain-la-Neuve, ses étudiants découvrent un mot sur le tableau d’affichage: le professeur, empêché, ne donnera pas cours. A midi, ils apprennent pourquoi. “Stupéfaction, le mot n’est pas trop fort”, racontait en 2024 l’abbé Pierre Hannosset, l’un d’eux. Il se souvenait aussi d’un chanoine qui venait enseigner en costume-cravate et bottes en caoutchouc, dans une ville universitaire encore en chantier.
Il est ordonné évêque le 18 mai 1986, jour de la Pentecôte, à la cathédrale Saint-Paul, par le cardinal Godfried Danneels. Sa devise reprend les mots qui concluent la prière eucharistique: “Par Lui, avec Lui et en Lui”. A ceux qui auraient préféré un Liégeois, il répond dès sa première conférence de presse: “Je vous promets que je serai liégeois!” Il apprendra le wallon. Ce francophone né en Brabant flamand tenait d’ailleurs à une nuance: il n’était “pas un fransquillon”, précisait-il en 2018.
Le Projet 2000, chantier des paroisses du diocèse de Liège
Le Projet 2000 reste la marque la plus durable de son épiscopat. Lancé à la fin des années 1990, ce processus de consultation mené dans les doyennés devait repenser la présence de l’Eglise sur tout le territoire du diocèse de Liège. Objectif: regrouper 530 paroisses en quelque 150 unités pastorales, ces ensembles de clochers confiés à une même équipe. La réforme a été menée à terme par son successeur, Mgr Aloys Jousten. Le diocèse compte aujourd’hui 70 unités pastorales.
Le sujet l’occupait bien avant sa nomination. En 1981, le professeur avait réuni 350 participants à Louvain-la-Neuve pour un colloque sur le rôle des paroisses. “En théologie sacramentaire, je me sentais concerné par le problème soulevé par une chrétienté déchristianisée”, expliquait-il. L’année suivante, il publiait dans la Revue théologique de Louvain une étude sur l’approche théologique de la paroisse.

(c) Diocèse de Liège
Moins de prêtres, cela voulait dire d’autres responsables. Mgr Houssiau a plaidé pour des assistants paroissiaux dotés d’un mandat clair et d’une formation adéquate. Des femmes, en majorité. Dans l’entretien qu’il accordait en 2018 au journal Dimanche, il se disait même favorable à ce qu’on envisage un diaconat féminin, malgré l’opposition de certains théologiens. Le diaconat est le premier degré du sacrement de l’ordre, aujourd’hui réservé aux hommes.
Fête-Dieu, sans-papiers, Julie et Mélissa: quinze ans à la tête du diocèse
L’épiscopat d’Albert Houssiau a mêlé grandes célébrations et épreuves collectives. En 1996, Liège fête les 750 ans de la Fête-Dieu, instituée dans la ville en 1246 à la demande de sainte Julienne de Cornillon. Jean-Paul II lui adresse une lettre pour l’anniversaire. En 1990-1991, le centenaire des congrès sociaux liégeois avait mobilisé 6 000 participants.
D’autres dates pèsent plus lourd. En 1993, l’évêque rend visite aux demandeurs d’asile kurdes, arméniens et géorgiens réfugiés dans l’église Sainte-Foy, à Liège. Menacés d’expulsion, ils font la grève de la faim. En 1995 et 1996, la disparition puis la mort de Julie et Mélissa bouleversent Liège et tout le pays. Les funérailles des deux fillettes sont célébrées à la basilique Saint-Martin.
Son vicaire général, le chanoine Gatzweiler, disait de lui qu’il savait “déléguer mais aussi prendre ses responsabilités dans les dossiers importants”.
A 101 ans, Mgr Houssiau pensait encore l’Eglise de demain

Mgr Albert Houssiau (à droite), au côté de Mgr Jean-Pierre Delville, et Mgr Aloys Jousten. Trois évêques de Liège successifs, le jour de l’ordination épiscopale de Mgr Delville, cathédrale Saint-Paul, 14 juillet 2013 – © Lothar Klinges
Retiré en 2001, Mgr Albert Houssiau n’a jamais vraiment cessé de travailler. Il a poursuivi ses recherches sur les Pères de l’Eglise grecs et célébrait encore parfois la messe dans la maison de repos où il résidait. En avril 2026, il confiait au diocèse de Liège que la retraite était pour lui la continuation de sa vocation.
Sa chambre du Balloir, la maison de repos d’Outremeuse où il vivait, était un lieu de travail et de prière. Il s’amusait à dire que seuls 10 % des livres de sa bibliothèque y tenaient. A 101 ans, il écrivait encore des articles et des messages, entre saint Irénée, Platon et Confucius. Il s’était mis au chinois dès 1941, pour découvrir une autre civilisation que la gréco-romaine. A 93 ans, il avouait chercher parfois loin dans sa mémoire certains caractères. Le dessin et la peinture, il y avait renoncé: sa main manquait de précision.
Sur ses successeurs, Mgr Aloys Jousten puis Mgr Jean-Pierre Delville, un seul commentaire au printemps dernier: “Je ne juge pas, mais j’apprécie.” Il mesurait aussi ce qui avait changé. “Pendant mon épiscopat, j’ai ordonné 50 prêtres. Ces 50 prêtres constituent aujourd’hui l’ossature du diocèse”, disait-il, conscient que ses successeurs n’avaient pas eu cette chance. Il souhaitait que les jeunes deviennent les “moteurs de l’Eglise de demain”.
Mgr Jean-Pierre Delville atteint cette année l’âge de la renonciation. Le nonce apostolique consulte le diocèse en vue de la nomination du prochain évêque de Liège.
Les funérailles de Mgr Houssiau samedi à la cathédrale Saint-Paul
Le corps de Mgr Albert Houssiau reposera dans la chapelle de semaine de la cathédrale Saint-Paul de Liège du mercredi 14 au vendredi 16 octobre, de 9h30 à 17h30. Un livre de condoléances y sera ouvert. Il est aussi possible de signer le registre en ligne. Les funérailles seront célébrées le samedi 17 octobre à 10h en la cathédrale, sous la présidence de Mgr Jean-Pierre Delville.
