Une société qui parle de nature mais qui néglige les plus fragiles manquerait l’esprit de l’écologie intégrale © Pixabay

L’écologie intégrale, chemin vers l’amitié sociale

L’écologie intégrale nous invite à une véritable conversion relationnelle

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Nous sommes des êtres de relation. Nous grandissons grâce aux liens qui nous unissent à nos familles, aux autres, aux communautés qui nous accompagnent, aux rencontres qui transforment notre existence et à notre environnement dont nous faisons partie. « Quand on parle d’“environnement”, on désigne en particulier une relation, celle qui existe entre la nature et la société qui l’habite. Cela nous empêche de concevoir la nature comme séparée de nous ou comme un simple cadre de notre vie. » (L.S.139) Pourtant, notre époque connaît une forme nouvelle de distanciation et de solitude. Nous sommes connectés virtuellement, mais parfois éloignés les uns des autres et de notre milieu de vie. Nous pouvons être informés de toutes les souffrances du monde et, paradoxalement, rester indifférents à celles qui nous entourent. C’est précisément là qu’intervient l’écologie intégrale : elle nous rappelle que prendre soin de la vie commence par prendre soin de la relation.

Le bon samaritain, Maximilien Luce (1858–1941) © Wikimedia

Le bon samaritain, Maximilien Luce (1858–1941) © Wikimedia

La crise écologique n’est pas seulement une crise de l’environnement, elle révèle aussi une crise de confiance et du lien entre les personnes. Lorsque l’indifférence progresse, lorsque certains êtres humains deviennent invisibles, lorsque des populations entières sont oubliées, c’est toute notre manière d’habiter le monde qui est fragilisée. Dans l’encyclique Fratelli tutti, le chemin de « l’amitié sociale » est proposé avec force. Cette amitié ne désigne pas une simple sympathie ou une relation agréable entre personnes qui se ressemblent. Elle exprime une vocation plus profonde : apprendre à considérer chaque être humain comme un frère ou une sœur, même lorsqu’il est différent de nous par sa culture, sa langue, son histoire ou sa condition sociale. Cette fraternité universelle trouve sa source dans le regard de Dieu. Dans la Bible, toute vie humaine possède une dignité unique parce qu’elle est créée à l’image de Dieu. Jésus nous donne une image saisissante de cette vocation dans la parabole du Bon Samaritain (Lc 10, 25-37). Sur le chemin, plusieurs hommes voient un blessé abandonné. Mais un seul s’arrête. Le Samaritain ne demande pas qui est cet homme, d’où il vient ou s’il mérite d’être aidé. Il voit une souffrance, il se laisse toucher et il agit. Il s’approche, soigne les blessures, donne de son temps et de son argent. Il entre dans une relation. Il devient le prochain de celui qui souffre. 

L’encyclique Laudato si’ affirme que « toute atteinte à la solidarité et à l’amitié civique provoque des dommages à l’environnement » (L.S. 142). La protection de la création et la protection de la vie humaine ne peuvent pas être séparées. Une terre respectée mais des personnes oubliées serait une contradiction. Une société qui parle de nature mais qui néglige les plus fragiles manquerait l’esprit de l’écologie intégrale. La maison commune est l’espace naturel où la famille humaine est appelée à vivre ensemble. Cette fraternité dépasse les frontières. Elle nous relie aux peuples qui connaissent la pauvreté, aux cultures qui portent d’autres manières d’habiter la terre, aux générations futures qui dépendront de nos choix présents. Nous ne sommes pas propriétaires isolés d’un monde à exploiter ; nous sommes membres d’une même communauté de vie.

L’écologie intégrale nous invite donc à une véritable conversion relationnelle. Elle nous apprend à passer de la méfiance à la rencontre, de l’indifférence à la solidarité, de la compétition permanente à la coopération. Elle nous rappelle que « L’attitude fondamentale de se transcender, en rompant avec l’isolement de la conscience et l’autoréférentialité, est la racine qui permet toute attention aux autres et à l’environnement. » (L.S. 208) Le premier geste écologique est un geste d’accueil, de respect et d’attention à l’autre. Une planète ne sera jamais vraiment protégée par des techniques seules ; elle le sera par des hommes et des femmes qui considèrent « l’écologie humaine », qui reconnaissent la dignité et la singularité de chaque personne et qui offrent tendrement leur amitié sociale.

 

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Sœur Mirna Farah, SdC

Sr Mirna Farah est sœur de la Charité de sainte Jeanne-Antide Thouret. Elle est responsable de l’Office international de l’éducation dans sa congrégation et coordonne le projet écologique Eco-Charity Garden, au centre historique de Rome. Avec une longue expérience dans l’enseignement, la gestion scolaire et le management éthique des institutions religieuses, elle continue à collaborer avec des organismes internationaux dont l’O.I.E.C et le Mouvement international Laudato si’. Elle consacre aujourd'hui une partie de son temps à l’enseignement de la spiritualité de l’écologie intégrale.  

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