Buenos Aires, 30 octobre 2026 – Une nouvelle enquête suggère que les attentes du pays à l’égard du pontife sont moins axées sur la vie interne de l’Église catholique que sur sa capacité à relever des défis sociaux et internationaux urgents. La pauvreté domine toutes les autres questions que les personnes interrogées souhaitent qu’il aborde, tandis que l’importance accordée à la visite elle-même varie fortement selon l’âge, le sexe et le lieu de résidence.
L’étude, menée par le Baromètre des religions et des croyances en Argentine, qui fait partie de l’Observatoire des croyances en Argentine de l’Université de Buenos Aires, a révélé que 43,2 % des personnes interrogées souhaitent que Léon XIV fasse de la lutte contre la pauvreté le thème central de sa visite. La paix internationale vient en deuxième position, à 20,6 %. À elles deux, ces questions représentent près des deux tiers des priorités identifiées par les répondants.
Les chiffres indiquent une société qui se tourne principalement vers le pape pour avoir une voix publique sur la souffrance humaine et l’instabilité mondiale. La transparence de l’Église occupe une troisième place éloignée, avec 9,7 %, suivie par les migrations à 6,9 % et l’environnement à 5,1 %. Les questions doctrinales recueillent 4,6 %, tandis que les abus sexuels au sein de l’Église enregistrent 4,2 %. Les questions familiales n’attirent que 2,9 %. L’intelligence artificielle et le dialogue interreligieux ferment la marche, avec respectivement 1,7 % et 1 %.
Une visite jugée importante par une moitié des Argentins
Pourtant, l’enquête révèle également un écart frappant entre la place de la fonction papale dans la vie publique et celle de la religion dans la vision personnelle de nombreux Argentins. À la question de savoir si la visite de Léon XIV était importante, 49,3 % l’ont décrite comme très ou assez importante, tandis que 50,7 % l’ont jugée peu ou pas importante. Cette répartition quasi égale dissimule des différences substantielles entre les groupes sociaux.
Parmi les personnes de 50 ans et plus, 58,3 % attachent de l’importance à la visite ; ce chiffre tombe à 39,8 % chez les 16-29 ans. Les femmes sont également plus susceptibles que les hommes de considérer l’événement de manière positive : 53,7 %, contre 44,5 %. La fracture la plus marquée est toutefois géographique. Dans l’agglomération de Buenos Aires, seulement 35,5 % des personnes interrogées estiment que la visite est importante, contre 56,2 % dans le reste du pays, soit une différence de 20,7 points.
L’image obtenue n’est pas simplement celle d’un engagement religieux qui s’estompe parmi les jeunes générations. L’enquête révèle que les jeunes sont les moins susceptibles de penser que la présence du pape les rapprochera de la religion ou de la spiritualité : seulement 27,6 % l’estiment possible dans une mesure large ou considérable, contre 39 % chez les 30-49 ans et 38,4 % chez les 50 ans et plus. Néanmoins, la pauvreté constitue une préoccupation particulièrement forte chez les jeunes. Près de la moitié des répondants âgés de 16 à 29 ans, soit 49,2 %, souhaitent que Léon XIV en fasse une priorité.
Cette combinaison est peut-être la découverte la plus révélatrice de l’étude. Une génération moins encline à considérer une visite papale comme importante sur le plan personnel ou spirituel peut néanmoins attendre du pape qu’il parle avec force des difficultés économiques. La distance à l’égard des institutions religieuses ne signifie donc pas nécessairement une indifférence aux responsabilités sociales associées à l’Église.
La pauvreté, une attente particulièrement forte chez les jeunes
L’accent mis sur la pauvreté est également particulièrement prononcé chez les répondants ayant un faible niveau d’éducation, à 45 %, et chez les résidents de la zone métropolitaine de Buenos Aires, où il atteint 50,9 %. La paix, quant à elle, devient une préoccupation plus importante avec l’âge : 12 % des répondants les plus jeunes l’ont choisie, contre 24,8 % des 30-49 ans et 23,6 % des 50 ans et plus.
Les différences entre les sexes s’étendent au-delà de l’importance perçue de la visite. Les femmes sont considérablement plus susceptibles que les hommes de croire que la présence du pape pourrait encourager un regain d’intérêt pour la religion ou la spiritualité : 42,2 % expriment cette attente, contre 28 % des hommes.
Pour Juan Cruz Esquivel, directeur du Baromètre, les résultats suggèrent que le pape conserve une position publique favorable, même lorsque cette considération ne se traduit pas par un engagement religieux personnel plus grand. Marcos Carbonelli, directeur de l’Observatoire, observe de même que les attentes sont concentrées sur la capacité de Léon XIV à répondre aux grands défis sociaux et mondiaux plutôt que sur les débats doctrinaux ou les affaires internes de l’Église.
Les chiffres offrent au Vatican le portrait d’un pays dont la relation avec le catholicisme ne peut être facilement saisie par les mesures conventionnelles de l’attachement religieux. Le pape ne suscite peut-être pas l’enthousiasme de tous, en particulier dans la zone métropolitaine de la capitale ou parmi les jeunes, mais beaucoup d’Argentins considèrent encore la papauté comme une institution capable de donner un poids moral à des questions qui transcendent les frontières ecclésiastiques.
Pour Léon XIV, le défi sera de répondre à ces attentes sans réduire la mission de l’Église à un programme d’intervention sociale. La pauvreté et la paix sont des préoccupations centrales de l’enseignement social catholique, enracinées dans la dignité de chaque personne humaine et les exigences de la solidarité. La visite permettra donc de mesurer non seulement la capacité du pape à parler des inquiétudes immédiates de l’Argentine, mais aussi celle de son message à relier ces préoccupations à une vision plus large de la dignité humaine, de la vie familiale et du bien commun.
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