Première publication le 22 septembre par l’AED
Mgr Andrew Nkea Fuanya, archevêque de Bamenda, chef-lieu de la région anglophone du Nord-Ouest du Cameroun, témoigne du traumatisme des habitants, surtout des enfants, après dix années de conflit. Dans ce contexte, la visite du Pape Léon XIV, en avril 2026, a apporté un signe d’espérance dans ce territoire meurtri.
Le Cameroun est un pays très jeune. Environ 60 % de sa population a moins de 25 ans. Dans le nord-ouest du pays, nombre d’entre eux ont grandi au milieu d’une violence qui perdure depuis 2016. La crise, dite anglophone, oppose des groupes séparatistes au gouvernement, la population civile se retrouvant prise en étau entre les deux camps.
« Nos jeunes ont grandi dans un climat de violence »
« Pendant ces dix années de souffrance », explique Mgr Andrew Nkea Fuanya, archevêque de Bamenda, chef-lieu de la région anglophone du Nord-Ouest du Cameroun, « nos jeunes ont grandi dans un climat de violence ». Selon les chiffres dont il dispose, le conflit a fait entre 8 000 et 10 000 morts et entre 800 000 et un million de déplacés. Mais ces chiffres pourraient être bien plus élevés.
« La guerre a engendré une nouvelle génération profondément marquée par le conflit. »
Mgr Andrew Nkea Fuanya, archevêque de Bamenda

Des enfants récitant le chapelet dans une petite chapelle à Futru-Nkwen, Bamenda.
Pendant près de cinq ans, beaucoup d’enfants n’ont pas pu se rendre à l’école. Lorsque certains établissements ont rouvert, plusieurs étaient déjà trop âgés pour retourner à l’enseignement primaire. « La guerre a engendré une nouvelle génération profondément marquée par le conflit », affirme l’archevêque.
La crise a également touché directement l’Église. Des prêtres, et même des évêques, ont été enlevés par des groupes séparatistes. Dans l’une des zones les plus affectées de l’archidiocèse, les enlèvements sont devenus si fréquents que Mgr Nkea a annoncé la fermeture des paroisses et le retrait des prêtres et des religieux jusqu’à ce qu’ils puissent reprendre leur ministère en sécurité.
Les auteurs de ces enlèvements faisaient d’ailleurs partie de la communauté. « C’étaient des jeunes de la communauté elle-même. Beaucoup de leurs parents étaient chrétiens, et certains d’entre eux se considéraient également comme chrétiens. Ils pouvaient assister à la messe le dimanche et, peu après, enlever un prêtre », témoigne l’archevêque. Face au risque d’une réaction violente de certains habitants, Mgr Nkea a été catégorique : « Nous n’allons combattre personne. »
« Nous voulons former une nouvelle culture. Une culture fondée sur le respect de la personne humaine, sur la valeur de la vie, sur la réconciliation et sur la paix. »
Mgr Andrew Nkea Fuanya
Ce sont alors les mères elles-mêmes qui sont intervenues en mettant en garde leurs fils contre les conséquences d’une disparition de la présence de l’Église et des hôpitaux. Ce sont finalement les habitants eux-mêmes qui ont pris en charge les négociations pour obtenir la libération des prêtres pour ne pas perdre leurs paroisses, leurs écoles ou leurs hôpitaux. Grâce à cette pression de la population, les prêtres ont été libérés.
La visite de Léon XIV, « un message très fort sur la paix »

Le Pape Léon XIV lors de sa visite au Cameroun en avril 2026.
Pour Mgr Nkea, les événements de ces dernières années ont laissé des traces profondes chez les jeunes. « Ils ont vu des assassinats. Ils ont vu des enlèvements. Ils ont vu diminuer le respect de la vie humaine et de la dignité de la personne », affirme-t-il.
Face à cette réalité, l’archevêque estime qu’il est nécessaire de « repartir à zéro ». Et ce nouveau départ doit commencer dès l’enfance : « Nous voulons former une nouvelle culture. Une culture fondée sur le respect de la personne humaine, sur la valeur de la vie, sur la réconciliation et sur la paix. »
Dans ce contexte, la visite du Pape Léon XIV au Cameroun, en avril 2026, a revêtu une signification particulière pour les habitants de Bamenda et des autres régions anglophones.
Mgr Nkea décrit ces années comme une période durant laquelle son peuple « marchait dans les ténèbres » et considère la visite du Saint-Père comme un signe d’espérance après une décennie de souffrance. Lors de sa visite à Bamenda, le pape a laissé, selon les mots de l’archevêque, « un message très fort sur la paix ».
La création d’un catéchisme
Mgr Nkea ne voulait pas que ce message demeure un simple souvenir. Une initiative concrète en est née : la création d’un catéchisme sur la paix composé de cent questions et réponses inspirées des paroles du Saint-Père.

Mgr Andrew Nkea Fuanya et le père Samuel Tabeson Tanyi (directeur de l’équipe diocésaine de formation pastorale) avec les exemplaires reçus de la Bible pour enfants « Dieu parle à ses enfants » et du « Via Crucis ».
Le projet ne s’adresse pas uniquement aux catholiques. Les écoles catholiques de l’archidiocèse accueillent des chrétiens, des musulmans ainsi que des jeunes appartenant aux religions traditionnelles.
C’est pourquoi le catéchisme ne portera pas sur des questions doctrinales, mais sur des valeurs qui, selon l’archevêque, peuvent aider l’ensemble de la société : le respect de la dignité humaine, la valeur de la vie, le vivre-ensemble et le pardon. « Ce sera un texte fondé sur le message de paix du Saint-Père. Ce catéchisme ne sera pas destiné uniquement aux catholiques. Nous pensons qu’il constitue une manière concrète de semer la paix dans les nouvelles générations », explique Mgr Nkea.
Aujourd’hui, environ 15 000 élèves fréquentent les écoles catholiques de l’archidiocèse. L’archevêque espère qu’ils pourront tous bénéficier de ce projet.
Après dix années durant lesquelles toute une génération a grandi dans un contexte d’assassinats, d’enlèvements et de recul du respect de la vie et de la dignité humaine, l’Église de Bamenda souhaite commencer dès l’enfance à promouvoir une culture du respect, de la réconciliation et de la paix.
Avec l’aide de l’AED, Mgr Nkea espère ainsi imprimer et diffuser largement ce catéchisme. Son souhait : que les enfants puissent commencer à l’étudier « dès leur plus jeune âge ».
Daniel Castilla