La Décision A Été Prise Lors De La 404e Assemblée Plénière De La Conférence Des Évêques Polonais À Varsovie © EpiskopatNews

La Décision A Été Prise Lors De La 404e Assemblée Plénière De La Conférence Des Évêques Polonais À Varsovie © EpiskopatNews

Pologne : Les évêques créent une commission indépendante pour les affaires d’abus

Une démarche de transparence et de prévention pour restaurer la confiance et protéger les mineurs

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(ZENIT News / Varsovie, 18 mars 2026) – Dans une démarche témoignant à la fois d’une autocritique institutionnelle et d’une pression croissante en faveur de la transparence, les évêques catholiques de Pologne ont convenu de créer une commission d’experts indépendante chargée d’examiner les cas d’abus sexuels sur mineurs au sein de l’Église. Cette décision, prise lors de la 404e assemblée plénière de la Conférence épiscopale polonaise, qui s’est tenue à Varsovie du 10 au 12 mars, constitue l’une des initiatives les plus structurées entreprises à ce jour par l’Église en Pologne pour faire face à une crise qui a bouleversé la vie catholique dans toute l’Europe. 

Ce nouvel organisme, doté de la personnalité juridique publique en vertu du droit canonique, fonctionnera avec une autonomie institutionnelle tout en restant ancré dans le cadre ecclésial. Ses statuts et son règlement intérieur ont déjà été approuvés, ouvrant la voie légale à la nomination de son président et au début de ses activités. L’assemblée était présidée par Tadeusz Wojda et réunissait de hauts responsables du Vatican et des membres du corps diplomatique, dont John Joseph Kennedy, du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, et Antonio Guido Filipazzi. 

Le mandat de la commission est précisément défini. Elle n’exercera pas de fonction fiscale. Sa mission consiste à reconstituer les affaires en analysant les archives ecclésiastiques et étatiques, complétées par des entretiens avec les victimes et les témoins. Si des indices crédibles d’actes criminels sont mis au jour, la commission doit saisir le parquet ou la police, et en informer les autorités ecclésiastiques afin que des poursuites canoniques puissent être engagées et le Saint-Siège mis au courant. 

Cette double approche reflète une évolution plus large dans la manière dont l’Église catholique aborde les cas d’abus : elle établit une distinction entre les enquêtes internes et l’obligation de coopérer avec la justice civile. Elle répond également aux critiques récurrentes concernant le manque de transparence ou l’isolement supposés des procédures ecclésiastiques du passé.

Pour Wiesław Śmigiel, l’un des instigateurs de cette initiative, la commission représente bien plus qu’une simple réforme technique. Il la perçoit comme un élément d’une démarche plus large visant à « clarifier la situation » au sein de l’Église et, surtout, à mettre en place un système de prévention efficace capable de protéger les mineurs. Cette priorité accordée à la prévention n’est pas fortuite : elle témoigne d’une évolution, passant d’une gestion réactive des crises à une atténuation structurelle des risques. 

Le contexte polonais complexifie encore la situation. Depuis 2019, un organisme d’État, la Commission d’enquête sur les cas d’atteintes à la liberté sexuelle et à la moralité des mineurs de moins de 15 ans, mène des investigations parallèles. Elle a reçu environ 2 000 plaintes et examine actuellement près de 800 cas. Son mandat comprend l’évaluation du comportement non seulement des individus, mais aussi des institutions, y compris les organisations religieuses. 

Les données issues de cette commission remettent en question les idées reçues. Dans la plupart des cas signalés, les abus se produisent dans l’entourage immédiat de la victime, impliquant souvent des membres de sa famille ou des proches. De plus, environ 20 % des crimes sont perpétrés en ligne, soulignant la dimension numérique croissante du problème. Les affaires impliquant des membres du clergé relèvent également de la compétence de cet organisme d’État, garantissant ainsi un certain contrôle externe des acteurs religieux. 

Dans ce contexte, l’initiative des évêques apparaît à la fois complémentaire et défensive : complémentaire car elle contribue au système global de responsabilisation, et défensive car elle vise à démontrer que l’Église n’est pas en retard par rapport aux autres secteurs de la société. Śmigiel lui-même souligne que de nombreux groupes professionnels en Pologne n’ont pas encore mis en place de mécanismes indépendants similaires. 

L’élaboration de la nouvelle commission témoigne d’une profonde prise en compte des enjeux juridiques et éthiques. L’aide aux victimes est présentée comme la priorité absolue, avec des références explicites à la nécessité de respect, de justice et de compassion, tout en reconnaissant le risque de victimisation secondaire. Parallèlement, le cadre met l’accent sur la protection de la vie privée et des données personnelles, ainsi que sur le respect de la présomption d’innocence, principe consacré par l’article 42(3) de la Constitution polonaise. 

Cet équilibre est renforcé par les obligations légales existantes. Conformément à l’article 240 du Code pénal polonais, toute personne – et pas seulement les membres du clergé – ayant connaissance d’un cas d’abus sexuel sur mineur est tenue de le signaler immédiatement aux autorités. Les récentes évolutions législatives, souvent désignées sous le nom de « loi Kamilka », ont traduit ces obligations en normes de protection concrètes pour les paroisses, les centres pastoraux et les institutions ecclésiastiques. Les programmes de formation, notamment ceux organisés par le Centre de protection de l’enfance de l’Université jésuite Ignatianum de Cracovie, ont cherché à intégrer ces normes au niveau communautaire. Au niveau diocésain, leur mise en œuvre est déjà visible. Dans l’archidiocèse de Szczecin-Kamień, par exemple, les mécanismes de signalement sont accessibles au public et tous les cas sont traités conformément au droit civil et canonique. Parmi les stratégies de prévention figure un « Catalogue de bonnes pratiques en matière de relations pastorales », que le clergé est tenu d’adopter, témoignant d’un effort de codifier les normes de conduite dans le ministère quotidien. 

Toutefois, la création d’une nouvelle commission n’est pas qu’une simple formalité administrative ; c’est un test de crédibilité. Son efficacité dépendra de l’indépendance perçue de ses membres, de la transparence de ses conclusions et de sa volonté d’affronter des vérités dérangeantes. Les évêques l’ont qualifiée de « solution synodale », soulignant qu’elle porte le mandat collectif de l’épiscopat tout en s’appuyant sur une expertise interdisciplinaire. 

Dans un pays où le catholicisme demeure une force culturelle et sociale importante, les enjeux sont considérables. Les travaux de la commission influenceront probablement non seulement la compréhension des abus passés, mais aussi la manière dont l’Église se positionne dans une société de plus en plus soucieuse de la responsabilité et de l’intégrité institutionnelle.

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Rédaction

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