(ZENIT News / Rome, 18 mars 2026) – La Méditerranée est devenue une fois de plus un horizon stratégique pour l’Église catholique. Sous le pontificat de Léon XIV, le processus ecclésial méditerranéen initié par son prédécesseur non seulement se poursuit, mais prend un nouvel élan, avec un objectif clair : transformer une région marquée par le conflit en un espace de dialogue, de coexistence et de construction de la paix.
Cette intention s’est concrétisée le 12 mars, lorsque le Pape a reçu en audience privée une délégation de la Coordination pour la Méditerranée, organisation créée à la suite des Rencontres méditerranéennes de 2023 à Marseille. Le groupe, conduit par Jean-Marc Aveline, a réuni des évêques et des représentants de tout le bassin méditerranéen, notamment des prélats de Bari, Tunis et Nicosie, ainsi que des membres du clergé, des laïcs et des jeunes engagés dans des initiatives méditerranéennes.
Sa rencontre avec le pape, qui s’est tenue au Palais apostolique, a duré environ une heure et a porté sur les préparatifs du prochain événement majeur : une réunion des évêques méditerranéens prévue du 9 au 12 juin à Barcelone. Il s’agira de la quatrième assemblée de ce type, après celles de Bari (2020), Florence (2022) et Marseille (2023), et elle sera axée sur un thème unique et urgent : la paix.
Le choix de Barcelone n’est pas qu’une question de logistique. Il revêt une grande importance symbolique. La ville abrite la Sagrada Familia, chef-d’œuvre inachevé d’Antoni Gaudí, dont on commémore cette année le centenaire de la mort. Pour les organisateurs de l’événement, l’architecture complexe de la basilique, encore en construction, offre une métaphore de la paix elle-même : complexe, patiente et bâtie au fil du temps grâce à la contribution de nombreuses personnes.
Près de 200 personnes sont attendues à Barcelone, dont une soixantaine d’évêques, 70 jeunes de différentes confessions et 60 personnes engagées dans des réseaux de solidarité, d’aide aux migrants et de dialogue interreligieux. Cette rencontre vise à approfondir la communion entre les Églises locales, à renforcer les structures de collaboration et, surtout, à investir dans les jeunes générations comme acteurs de réconciliation dans une région souvent marquée par les divisions.
Selon les organisateurs, la Méditerranée est aujourd’hui marquée par de multiples crises imbriquées : conflits armés, migrations forcées, inégalités économiques et fragmentation culturelle. C’est également l’une des régions les plus militarisées au monde. Dans ce contexte, l’initiative de l’Église vise à créer ce que l’on pourrait appeler une « géographie parallèle » : un réseau de relations qui transcende les clivages politiques.
La Coordination pour la Méditerranéee, qui se réunit régulièrement en ligne et en présentiel, est devenue la pierre angulaire opérationnelle de cette initiative. Sa récente réunion à Rome, faisant suite à une précédente rencontre sur les rives du Bosphore, illustre une méthodologie alliant continuité et mobilité, à l’image du caractère transnational de la région elle-même.
L’une des caractéristiques marquantes de cette démarche est le rôle central accordé aux jeunes. Cela a été mis en évidence avec le projet « Bel Espoir », un navire-école pour la paix qui a navigué en Méditerranée durant l’Année jubilaire de 2025. Le navire, initialement béni par le pape François, a accueilli quelque 200 jeunes participants qui ont contribué à un « Livre blanc sur la Méditerranée », rédigé pendant le voyage et présenté à Léon XIV lors de la récente audience.
Le pape actuel n’est pas étranger à cette initiative. En tant que cardinal Robert Prévost, puis préfet du Dicastère pour les évêques, il a participé à la réunion de Marseille en 2023 et a suivi de près les événements qui ont suivi. Son élection semble avoir favorisé la continuité plutôt que la rupture, notamment en ce qui concerne la Méditerranée, région que François a placée au cœur de son pontificat, depuis son premier voyage à Lampedusa jusqu’à sa visite finale en Corse.
Léon XIV a déjà exprimé son intention de poursuivre dans cette voie. Dès la première année de son pontificat, il s’est rendu ou a prévu de se rendre dans cinq pays méditerranéens, dont la Turquie et le Liban, et prévoit également des visites à Monaco, en Algérie et en Espagne. Ces voyages s’inscrivent dans une stratégie diplomatique et pastorale plus vaste visant à replacer la Méditerranée au cœur de la vision globale de l’Église.
Trois semaines après la rencontre de Barcelone, le pape devrait adresser un nouveau message à la région depuis Lampedusa, lieu devenu symbole des tragédies migratoires et des crises humanitaires. Ce choix souligne la continuité entre les gestes symboliques et les préoccupations concrètes : la migration, le conflit et la fragilité de la vie humaine en mer.
Ce qui se dessine n’est pas un événement isolé, mais un processus ecclésial soutenu qui allie diplomatie, théologie et engagement civique. Son ambition ne se limite pas à la publication de déclarations, mais vise à bâtir des réseaux capables de perdurer au-delà des pontificats individuels.
