Première publication le 4 mars 2026 par Regnum Christi
Taís Gea, membre consacrée de Regnum Christi, a créé une icône du Christ Roi – Sacré-Cœur pour le pape Léon XIV : « Une profession de foi devenue image ».
C’était un geste très attentionné de la part du pape de répondre à ma lettre. Il a exprimé sa gratitude pour l’icône.
4 mars 2026
La religieuse et artiste mexicaine Taís Gea Guinovart a créé une icône du Christ Roi – Sacré-Cœur, offerte par Regnum Christi au pape Léon XIV lors d’une audience à Rome. L’œuvre vise à exprimer, par l’art, l’amour du Christ et la communion avec l’Église universelle. Pour l’artiste, l’icône est « une profession de foi et un acte de prière » offerts au pape et à toute l’Église.
Née à Mexico en 1986, Taís est docteure en théologie biblique et titulaire d’une maîtrise en art sacré. Formée en Terre Sainte et forte d’une carrière qui allie étude, prière et création artistique, elle a consacré sa vocation à proclamer l’amour de Dieu par la beauté. Une image peut-elle exprimer ce que les mots peinent parfois à dire ? Dans cet entretien, elle partage l’origine spirituelle de cette icône, la signification de ses symboles et ce que signifie pour elle, du charisme de Regnum Christi, offrir un signe visible de foi à l’Église universelle.
Comment cette icône du Christ Roi – Sacré-Cœur a-t-elle été réalisée, et pourquoi souhaitiez-vous qu’elle soit offerte au pape ?
Cette icône est née du désir des femmes consacrées et des laïcs de Regnum Christi d’offrir un présent à Sa Sainteté le pape Léon XIV, à l’occasion de leur audience privée lors des deux Assemblées générales ordinaires. Leur souhait était de saisir, par une icône, la spiritualité de Regnum Christi.
Deux éléments essentiels de la spiritualité Regnum Christi sont le Christ Roi – Regnum Christi cherche à rendre présent le Royaume du Christ – et le Sacré-Cœur, intrinsèquement lié à cette spiritualité, représentant le Christ venu manifester son amour pour l’humanité. De cet amour reçu du Christ, nous recevons aussi son amour, afin de le faire connaître à tous et de permettre à chacun d’établir une relation personnelle avec lui.
Comment la royauté du Christ et l’expérience de son Cœur interagissent-elles dans l’image ?
Le Christ est présenté comme Roi régnant depuis la croix, manifestant un règne non imposé par la force, mais donné par amour. Les couleurs qui enveloppent la figure expriment cette vérité centrale du mystère chrétien : le rouge, signe de son don total et de son sang versé sur la croix ; le blanc, qui évoque sa pureté, son innocence et la lumière de la Résurrection. Dans cette harmonie de couleurs se révèlent l’amour donné sans réserve et la sainteté de Celui qui triomphe du péché et de la mort.
Taís Gea lors de la création de l’icône reçue par le pape Léon XIV © Taís Gea
Dans la tradition iconographique, rien n’est purement décoratif. Que symbolise chaque élément de ce Christ Roi ?
Au centre de l’icône, le Christ offre son Cœur à l’humanité. Ce n’est pas un geste statique, mais une invitation vivante : le Cœur ouvert manifeste l’amour miséricordieux de Dieu qui va à la rencontre de l’humanité, nous appelle, nous accueille et nous envoie. D’une main, il bénit, communiquant vie, grâce et paix ; de l’autre, il offre son propre Cœur, source de toute vocation, de toute mission et de toute espérance. Ce geste exprime profondément la spiritualité du Royaume du Christ : un Christ qui aime le premier, nous appelle personnellement et nous envoie collaborer avec lui à l’extension de son Royaume.
La couronne royale n’est pas un signe de pouvoir terrestre, mais une profession de foi dans le Roi crucifié, dont le trône est la croix. Elle révèle le paradoxe de l’Évangile : le Christ règne par le service et sauve par le don de soi. L’auréole cruciforme, caractéristique de l’iconographie christologique, proclame le mystère de sa divinité et de son humanité, vrai Dieu et vrai homme, centre de l’histoire et Seigneur du temps.
Les abréviations du nom de Jésus-Christ, selon la tradition iconographique, confessent que Celui qui est contemplé n’est pas une idée ou un symbole abstrait, mais une Personne vivante, présente et active dans son Église.
Cette icône se veut avant tout une profession de foi et un acte de prière, offerts à Sa Sainteté Léon XIV et, avec lui, à toute l’Église, comme signe de communion, d’amour pour le Christ Roi et de confiance en son Cœur, d’où jaillissent tout renouveau et toute mission.
Que représente pour vous le fait que cette icône ait été offerte au pape ?
Pouvoir réaliser cela pour le pape Léon a été un véritable honneur. J’ai trouvé magnifique le geste de Regnum Christi qu’un de ses membres puisse exprimer sa spiritualité à travers l’art, car parfois les mots sont insuffisants et l’art possède bien plus d’éléments pour communiquer un message spirituel, tout comme notre propre spiritualité. Cela laisse également la porte ouverte à l’interprétation, à l’approfondissement et à l’enrichissement personnel par la contemplation d’une œuvre d’art – une œuvre qui, par sa beauté, peut toucher ces fibres spirituelles.
L’icône du Christ Roi et du Sacré-Cœur © Taís Gea
J’ai trouvé très beau de pouvoir contribuer, de manière plastique et visuelle, à un élément si caractéristique de notre charisme : le Christ Roi et le Sacré-Cœur, afin que le Pape puisse percevoir, à travers la beauté et l’image, ce que nous sommes.
En réponse, vous avez reçu une lettre dans laquelle le pape vous remerciait pour l’icône. Comment avez-vous réagi à cette nouvelle, et qu’avez-vous ressenti en la lisant ?
C’était un geste très attentionné de la part du pape de répondre à ma lettre. Il a exprimé sa gratitude pour l’icône. J’ai été frappée par la délicatesse de ce geste, semblable à celui d’un berger qui, tel un père recevant un dessin de son enfant, est comblé de joie et l’offre avec affection. C’est ce que j’ai ressenti en lisant la lettre du pape, dans laquelle, par un geste aussi simple que de répondre par une lettre, il a exprimé sa reconnaissance pour ma générosité. C’est véritablement un honneur pour moi de pouvoir lui offrir une icône.
C’était magnifique la façon dont il m’a bénie, et surtout, il a prononcé une phrase qui m’a profondément touchée et qui m’encourage à continuer de partager ma foi par l’art. C’est une motivation que le pape m’inspire, et je comprends qu’il reconnaît lui-même la valeur de l’art dans l’évangélisation, me montrant ainsi comment c’est une voie viable et enrichissante pour la société contemporaine afin de rencontrer la beauté de Dieu telle qu’elle se manifeste à travers l’art.
Quelle responsabilité pensez-vous qu’un artiste ressent lorsqu’il crée une œuvre pour l’Église ?
C’est l’expérience de la prise de conscience que ce que l’on produit n’est pas pour soi-même, mais qu’une fois sorti de nos mains, il est mis au service, d’abord de l’Église, puis de toute l’humanité. Combien de personnes visitent les musées du Vatican et la basilique Saint-Pierre ? Même sans être chrétiens ni religieux, elles peuvent admirer cet art et en reconnaître la grandeur et la beauté.
Pour Taís Gea, une icône est une profession de foi et un acte de prière © Taís Gea
Au final, les artistes sont au service de la beauté, dans la mesure où ils y mettent leurs mains, leur talent, leur temps, leurs efforts ; mais l’œuvre qu’ils créent ne leur appartient plus, même si elle fait partie d’eux et qu’elle contient une part d’eux-mêmes, car au final elle est mise au service de toute l’humanité.
C’est une façon de comprendre qu’au fond, ce que nous faisons en tant qu’artistes, c’est collaborer avec le Dieu créateur, qui crée tout ce qui est beau, et que, par conséquent, nous tendons la main pour que cette beauté soit capturée et que les gens puissent percevoir ce qui est beau : Dieu lui-même, la beauté elle-même.
C’est la responsabilité d’un artiste, et plus particulièrement d’un artiste catholique. Nous avons l’immense responsabilité de transmettre un message, parfois difficile à appréhender rationnellement, de manière à solliciter tous les sens : la vue, l’ouïe (dans le cas de la musique), le toucher (lorsqu’il y a des textures, lorsque l’œuvre est palpable). Tous les sens sont mis à contribution, et l’artiste aide les chrétiens à vivre leur foi non seulement par la raison, mais aussi en étant touchés par cette beauté.