Dans un pays longtemps considéré comme un laboratoire de sécularisation avancée, un phénomène inattendu s’est produit, passé sous le radar des statistiques. Les Pays-Bas, souvent cités pour le déclin rapide de la religion institutionnelle et la transformation d’églises en salles de sport, supermarchés ou espaces culturels, ont enregistré une hausse surprenante des conversions d’adultes au catholicisme en 2024. Selon les statistiques officielles de l’Église, le nombre d’adultes rejoignant l’Église catholique a augmenté de 40 % en une seule année.
Les chiffres publiés par Kaski, l’Institut catholique de statistiques ecclésiastiques, montrent que le nombre d’adultes ayant rejoint l’Église est passé de 455 en 2023 à 630 en 2024, dernière année pour laquelle des données sont disponibles. Ces chiffres incluent à la fois les adultes baptisés catholiques et les chrétiens d’autres confessions qui ont été officiellement accueillis dans l’Église. En chiffres absolus, ces nombres restent modestes. Cependant, leur portée symbolique est immense.
Le cas néerlandais n’est pas une anomalie isolée. Il s’inscrit dans une tendance plus large qui se dessine en Europe occidentale, une région souvent qualifiée de post-chrétienne et religieusement désenchantée. La France, fréquemment considérée comme le pays le plus agressivement laïc du continent, a connu une augmentation encore plus marquée : les baptêmes d’adultes ont augmenté de 45 % par rapport à l’année précédente. Pour une nation qui se proclamait autrefois « fille aînée de l’Église », le retour des adultes en quête de foi résonne bien au-delà des registres paroissiaux.
La Belgique, autre société profondément marquée par la sécularisation, offre un signe plus modéré, mais non moins révélateur. Les évêques y font état d’une augmentation de 4 % de la fréquentation des messes, un chiffre qu’ils interprètent avec prudence, sans pour autant en minimiser l’importance. Plus révélatrice encore est la tendance à long terme : le nombre de baptêmes d’adultes a presque doublé au cours de la dernière décennie, passant de 186 en 2014 à 362 en 2024. Il s’agit d’un processus lent et progressif, mais qui suggère un changement de cap plutôt qu’une simple fluctuation statistique.
L’Europe du Nord montre également des signes de changement. En Suède, l’une des sociétés les plus sécularisées du monde, l’évêque Erik Varden, président de la Conférence des évêques nordiques, a suggéré que la sécularisation avait peut-être atteint ses limites. Selon lui, la dynamique culturelle qui a jadis marginalisé la croyance religieuse s’est largement essoufflée, laissant place à une foi qui peut réapparaître non plus comme un héritage social, mais comme un choix personnel.
Ce phénomène ne se limite pas à l’Europe. D’autres régions du monde occidental connaissent des évolutions similaires, souvent plus marquées. L’Australie a enregistré une hausse de 30 % des conversions d’adultes, une augmentation qui aurait même surpris les responsables des programmes de catéchèse. Aux États-Unis, cette croissance est particulièrement visible dans les centres urbains et chez les jeunes adultes. Los Angeles a connu à elle seule une augmentation de 45 % des baptêmes, soit 5 500 nouveaux catholiques – la plus forte hausse de la décennie.
Les universités semblent être un lieu privilégié pour ce renouveau. Les centres catholiques sur les campus américains font état d’un nombre sans précédent d’étudiants se préparant au baptême. À l’université d’État du Kansas, par exemple, le centre catholique prévoit 110 baptêmes pour Pâques 2026, un chiffre extraordinaire dans un contexte plus souvent associé à l’indifférence religieuse qu’à l’engagement sacramentel.
Rien de tout cela ne constitue un renversement démographique du déclin à long terme de l’Église en Occident. Ces signes épars révèlent un phénomène qui mérite une attention particulière. Cette croissance est presque entièrement le fait d’adultes : des hommes et des femmes qui n’ont pas été élevés dans la foi catholique, ou parfois sans aucune éducation religieuse, et qui y parviennent au terme d’un cheminement spirituel délibéré, souvent exigeant intellectuellement.
Pour les lecteurs moins familiers avec la pratique catholique, il est important de préciser que la conversion des adultes implique généralement un long cheminement appelé Rituel d’initiation chrétienne des adultes (RICA), qui comprend des mois, voire des années, de catéchèse, de formation spirituelle et de rites publics. Il ne s’agit pas de décisions prises à la légère ou sur un coup de tête. Elles témoignent d’une quête de sens, de structure et de transcendance qui persiste même dans des sociétés saturées de confort matériel et d’autonomie individuelle.
Les chiffres restent faibles, mais leur constance dans des pays aussi divers que les Pays-Bas, la France, la Suède, l’Australie et les États-Unis suggère une tendance sous-jacente commune. Là où le christianisme constituait une norme culturelle dominante avant de s’effondrer, la foi réapparaît aujourd’hui sous une forme différente : moins héritée, moins socialement ancrée, mais sans doute plus délibérée.
