Cardinal Mario Grech, Secrétaire général du Synode des évêques © Secrétariat du Synode des évêques

Cardinal Mario Grech, Secrétaire général du Synode des évêques © Secrétariat du Synode des évêques

Cardinal Mario Grech : « Personne ne peut assumer seul le salut des autres » 

Interview du Secrétaire général du Synode des évêques à Rome

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Le cardinal maltais Mario Grech est secrétaire général du Synode des évêques depuis plus de cinq ans. De 2021 à 2024, il a coordonné la 16e Assemblée générale ordinaire du Synode sur la synodalité, initiée par le pape François : un chemin de réflexion et de consultation à l’échelle mondiale entre évêques, prêtres, religieux et laïcs. 

Alors que le processus synodal est actuellement en phase d’accompagnement et de mise en œuvre, le cardinal Grech revient sur les trois années de travaux, mais s’exprime aussi sur la phase de « restitution » en cours et sur l’importance des années à venir pour la synodalité de l’Église.

 

Zenit : Éminence, quel a été pour vous l’élément le plus marquant du Synode sur la synodalité qui s’est déroulé de 2021 à 2024 ?

Cardinal Mario Grech : Ces trois années de cheminement m’ont aidé à apprécier et à reconnaître tous ceux qui, dans l’Église, veulent s’engager dans l’évangélisation. Après cette expérience, je suis enclin à dire que le thème du Synode était véritablement la mission de l’Église. Car nous avons tous reçu du Seigneur le mandat d’annoncer l’Évangile, non pas à quelques personnes, mais à tous.

J’ai pu constater aussi que dans l’Église aujourd’hui, il y a ce désir de communiquer, c’est-à-dire aider l’homme à rencontrer le Seigneur. Évidemment, nous devons trouver ensemble les moyens et le style pour évangéliser : c’est cela la synodalité. Si nous parvenons à marcher ensemble, à mieux comprendre ensemble l’Évangile et à trouver ensemble des méthodes pour parler de Jésus au monde actuel, cela serait pour moi le fruit de cette expérience synodale.

Zenit : Quels enseignements tirez-vous du Synode pour le gouvernement de l’Église ?
Pape François : « La synodalité est la voie pour l'Église du troisième millénaire » © Secrétariat du Synode

Pape François : « La synodalité est la voie pour l’Église du troisième millénaire » © Secrétariat du Synode

Cardinal M. Grech : L’un des dons que le Seigneur nous a accordés a été la redécouverte de la « conversation dans l’Esprit ». Pourquoi ? Parce que nos rencontres sont une liturgie. C’est la différence entre une réunion de copropriétaires et une réunion de la communauté ecclésiale. Lorsque nous nous réunissons, nous recherchons ensemble la volonté du Seigneur, selon les charismes et ministères de chacun. Pour cela, nous devons nécessairement nous mettre en harmonie avec le Saint-Esprit, qui se communique à travers tous les baptisés. Et la « conversation dans l’Esprit » nous aide à écouter La voix à travers les voix.

La synodalité s’applique donc à tous, notamment à ceux qui ont une responsabilité de gouvernement dans l’Église, que ce soit au sein de la communauté paroissiale ou diocésaine, de la Conférence épiscopale ou du Collège des cardinaux. La synodalité peut également aider le Saint-Père dans son ministère, car lui aussi ressent le besoin d’être rassuré et de savoir que son discernement est bien celui de l’Église.

Mais le gouvernement dans l’Église n’est pas le gouvernement de la société civile ! Le gouvernement ecclésial implique la responsabilité de guider et de veiller à la justesse du discernement ecclésial. C’est ce qui est beau dans l’Église. En s’écoutant les uns et les autres, nous essayons de comprendre et de clarifier ce que le Seigneur veut nous dire aujourd’hui. Et ensemble, nous parviendrons à faire en sorte que le discernement ecclésial ne soit pas seulement le fruit d’un discernement individuel.

Zenit : Comment se passe la mise en œuvre des décisions du Synode, et comment accompagnez-vous concrètement les Églises locales aujourd’hui ?

Cardinal M. Grech : Pendant tout le Synode, et même après, nous avons essayé d’aller de l’avant avec ce que nous appelons le principe de circularité. La première phase du processus a été la phase d’écoute : toute la réflexion est partie de la base, c’est-dire des paroisses, puis elle est arrivée à l’évêque diocésain, à la Conférence épiscopale, aux réunions internationales des conférences épiscopales lors des assemblées synodales continentales, et enfin à l’Assemblée du Synode des évêques.

Maintenant, tout revient à la base et nous sommes dans la phase de restitution. Ce qui était parti de la voix du peuple de Dieu, après le discernement des pasteurs lors du Synode des Evêques, est aujourd’hui revenu au sein du peuple de Dieu, articulé dans les Églises locales et les communautés paroissiales.

Le Synode a duré trois ans précisément pour accompagner les Églises locales dans ce processus d’acceptation et de mise en œuvre. À présent, nous soutenons, encourageons et expliquons aux Églises comment elles peuvent recevoir ce don de l’Esprit dans l’Église. Les Églises d’Asie, d’Afrique, d’Europe, d’Océanie, du Moyen-Orient, d’Amérique latine et d’Amérique du Nord ont des besoins variés et doivent trouver un langage différent et des réponses différentes.

Zenit : Comment va se passer la suite de cette mise en œuvre, jusqu’en 2028 ? 
"Il est indispensable que tous les baptisés se sentent coresponsables de l'annonce de l'Évangile © Secrétariat du Synode des évêques 

« Il est indispensable que tous les baptisés se sentent coresponsables de l’annonce de l’Évangile © Secrétariat du Synode des évêques

Cardinal M. Grech : Ce processus comportera plusieurs étapes. Ce seront trois années exigeantes, mais aussi pleines d’espérance pour aider l’Église à devenir missionnaire. À l’heure actuelle, les diocèses essaient de lire, de comprendre et de traduire les fruits du Document final, publié fin octobre 2024.

En 2026, les conférences épiscopales rassembleront les expériences, les questions, les difficultés rencontrées par les diocèses, puis elles feront un rapport, qui sera transmis lors des rencontres par continent en 2027. Ensuite, nous récolterons les fruits qui ressortiront de ces rencontres et qui, j’en suis convaincu, seront une célébration de l’Esprit.

Puis en 2028, nous nous réunirons à Rome pour une grande Assemblée ecclésiale, la première célébrée pour toute l’Église. Il s’agira d’un échange de dons afin de répondre aux difficultés rencontrées et se former. Car la synodalité reste un débat ouvert, et nous n’avons pas encore dit notre dernier mot sur la manière dont elle doit être pratiquée. Il y a encore beaucoup à apprendre ! 

Zenit : Les thèmes de la liturgie et de la relation avec les conférences épiscopales ont été ajoutés aux dix groupes d’études actuels, pourquoi ?

Cardinal M. Grech : Ces groupes d’études sont le fruit de la première Assemblée du Synode et travaillent à l’approfondissement de thèmes spécifiques. Lorsque tous leurs rapports auront été présentés au Secrétariat général, nous les publierions dans quelques semaines. Nous espérons que leur contribution pourra également soutenir le ministère pétrinien dans sa mission.

Pour les deux thèmes supplémentaires, il s’agit d’une demande du Synode des évêques de 2024. La liturgie, en particulier, est un thème fondamental et intimement lié à la synodalité. La première et la plus authentique école de synodalité est en effet l’Eucharistie : c’est là que l’Église apprend à se reconnaître comme un seul corps, à vivre la communion, à se laisser modeler par l’Esprit. En d’autres termes, l’Eucharistie est à la fois le point de départ et le point d’arrivée du cheminement ecclésial : c’est d’elle que naît la mission et c’est vers elle que revient tout cheminement de discernement.

Pour le thème des conférences épiscopales, je dirais que ce sont les évêques eux-mêmes qui demandent une réflexion plus approfondie. Dans de nombreuses régions du monde, on constate le désir de mieux comprendre comment les pasteurs des Églises particulières peuvent accomplir leur mission de manière plus collégiale et véritablement synodale. Il s’agit de s’interroger sur la manière de prendre des décisions ensemble, de se soutenir mutuellement dans le discernement pastoral.

Zenit : Enfin, en quoi la synodalité pourra-t-elle changer en profondeur l’Église et le monde ?

Cardinal M. Grech : Ce magnifique cheminement de synodalité a débuté en 2015, à l’occasion du 50e anniversaire du Synode des évêques. À cette occasion, le pape François a prononcé des paroles qui sont devenues une référence pour tout le parcours qui a suivi : « La synodalité est la voie pour l’Église du troisième millénaire ». Une phrase qui n’est pas seulement une indication pastorale, mais un véritable appel à renouveler la manière dont l’Église vit, discerne et annonce l’Évangile.

Synode sur la synodalité : une façon inédite de travailler dans l'Église © Secrétariat du Synode des évêques

Synode sur la synodalité : une façon inédite de travailler dans l’Église © Secrétariat du Synode des évêques

Depuis lors, nous sommes invités à ne jamais nous lasser d’aider chaque personne à rencontrer Jésus, car c’est là le cœur de la mission ecclésiale. C’est précisément pour cette raison qu’il est indispensable que tous les baptisés, sans exception, se sentent coresponsables de l’annonce de l’Évangile. Il ne s’agit pas d’une tâche réservée à quelques-uns, mais d’une responsabilité partagée, qui naît du baptême. 

En d’autres termes, la synodalité nous rappelle une vérité fondamentale : personne ne peut se sauver seul et personne ne peut, à lui seul, assumer le salut des autres. Marchons ensemble car ensemble nous sommes l’Église. Soutenons-nous mutuellement car la foi grandit dans la communion. Et annonçons l’Évangile en tant que peuple, et non en tant qu’individus isolés.

Grâce à notre expérience synodale, l’Église sera en mesure de proposer à la société civile un mode de vie concret, capable d’inspirer des relations plus humaines. La synodalité est une prophétie sociale pour le monde d’aujourd’hui. À une époque marquée par les divisions, les polarisations et les individualismes, la synodalité montre qu’il est possible de construire des communautés où chacun a sa place, sa voix et sa mission. 

Si, en tant qu’Église, nous savons nous unir et témoigner par notre vie que, ensemble, nous pouvons vraiment porter du fruit, cela ne restera pas un fait interne à nos communautés, mais deviendra un signe capable de parler aussi à la société. Un tel témoignage pourra avoir un impact social réel : il pourra encourager de nouveaux styles de dialogue, de nouvelles formes de collaboration, de nouvelles façons d’aborder les défis communs. En ce sens, la synodalité n’est pas seulement un cheminement ecclésial, mais un don que l’Église peut offrir au monde.

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Anne van Merris

Journaliste française, Anne van Merris a été formée à l'Institut européen de journalisme Robert Schuman, à Bruxelles. Elle a été responsable communication au service de l'Église catholique et responsable commerciale dans le privé. Elle est mariée et mère de quatre enfants.

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