Le pape est apparu avec un nouveau bâton pastoral à la main © Vatican Media

Le pape est apparu avec un nouveau bâton pastoral à la main © Vatican Media

Depuis l’Épiphanie, le pape est apparu avec une nouvelle crosse pastorale

Une crosse qui manifeste le message chrétien : l’amour sacrificiel du Christ révélé sur la croix et son accomplissement dans la Résurrection

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Le 6 janvier, en la solennité de l’Épiphanie, le pape Léon XIV a modifié l’un des symboles les plus visibles de son ministère public. Le jour même où la Porte sainte de la basilique Saint-Pierre a été refermée, marquant la fin d’un cycle liturgique important, le pape est apparu avec une nouvelle crosse pastorale. À première vue, il pourrait s’agir d’un changement mineur. En réalité, c’est une affirmation soigneusement mesurée, ancrée dans des siècles d’histoire papale et façonnée par une compréhension précise de la mission de l’Église aujourd’hui.

Le pape est apparu avec un nouveau bâton pastoral à la main © Vatican MediaSelon le Bureau pour les célébrations liturgiques du Souverain Pontife, la nouvelle crosse s’inscrit dans la continuité de celles utilisées par les prédécesseurs de Léon XIV. Toutefois, cette continuité n’est pas uniquement esthétique. Elle exprime une synthèse délibérée entre deux dimensions indissociables du message chrétien : l’amour sacrificiel du Christ révélé sur la croix et son accomplissement dans la Résurrection. Autrement dit, la crosse est conçue pour prêcher avant même que le pape ne prenne la parole.

La note explicative met l’accent sur le mystère pascal, décrit comme le « centre de gravité » de la prédication apostolique. Puisque le Christ est entré dans la mort et en est sorti victorieux, la mort n’a plus de pouvoir absolu sur l’humanité. Ce que le Christ a assumé, nous rappelle le texte, il l’a aussi racheté. Ce noyau théologique se traduit visuellement dans le dessin de la nouvelle crosse. Le Christ n’est plus représenté enchaîné par les clous de la Passion. Au contraire, son corps apparaît glorifié, s’élevant vers le Père. Cependant, les plaies restent visibles. Comme dans les récits évangéliques de l’apparition du Christ ressuscité à ses disciples, les cicatrices ne sont pas effacées ; elles sont transformées en signes lumineux de victoire. La souffrance humaine n’est pas niée, mais transfigurée en ce que le texte du Vatican appelle une « aurore de vie divine ». 

Pour comprendre la portée de ce choix, il convient de rappeler que la crosse n’est pas, à proprement parler, un insigne papal traditionnel. Comme le souligne le Vatican lui-même, la crosse appartient aux évêques, et non à l’évêque de Rome dans sa fonction universelle. Pendant des siècles, les papes n’ont pas porté de crosse comme les évêques diocésains. Dès le début du Moyen Âge, ils utilisaient la férule pontificale, symbole d’autorité spirituelle et de gouvernement. Sa forme médiévale exacte n’est pas entièrement documentée, mais il s’agissait probablement d’une simple crosse surmontée d’une croix. 

Cette férule était principalement associée à l’installation du pape dans sa cathédrale, la basilique Saint-Jean-de-Latran. Après son élection, le nouveau pape la recevait lors de son accession au siège épiscopal de Rome. Même alors, son usage était limité. La férule n’apparaissait généralement pas dans les liturgies papales. Les exceptions étaient rares et hautement symboliques : le rituel des coups frappés à la Porte Sainte, accompli trois fois pour inaugurer un jubilé, ou la consécration d’une église, lors de laquelle le pape traçait les alphabets latin et grec sur le sol, signifiant la proclamation de la Parole à toutes les cultures. 

Le pape est apparu avec un nouveau bâton pastoral à la main © Vatican MediaUn changement décisif s’est produit le 8 décembre 1965. Ce jour-là, à la clôture du concile Vatican II, le pape Paul VI a abandonné la férule et est apparu avec une crosse pastorale en argent ornée d’un crucifix. Le choix de cet objet n’était pas fortuit. Il avait été commandé au sculpteur italien Lello Scorzelli, qui cherchait à incarner la vocation apostolique de saint Paul, dont Giovanni Battista Montini avait choisi le nom lors de son élection. La mission de Paul, exprimée dans la Première Lettre aux Corinthiens, était de proclamer « Christ crucifié » et rien d’autre comme fondement de la foi. 

En adoptant la crosse, Paul VI marqua un tournant. Le pape ne se présenterait plus avant tout comme un souverain doté d’autorité, mais comme un pasteur témoignant du mystère de la Croix. Dès lors, la crosse apparut régulièrement dans les liturgies papales, et ses successeurs suivirent son exemple.

Saint Jean-Paul II a fait du symbole un élément indissociable de son pontificat. Dès le début de son ministère, il a brandi la croix pastorale en prononçant les paroles qui allaient marquer une époque : « Ouvrez les portes au Christ. » Ce geste était à la fois concret et symbolique. La Croix n’était pas un obstacle à dissimuler, mais l’axe autour duquel s’articulent la vie et l’histoire chrétiennes.

Le pape est apparu avec un nouveau bâton pastoral à la main © Vatican MediaLe pape Benoît XVI, très attentif au symbolisme liturgique, a également fait des choix délibérés. Il a parfois utilisé une crosse surmontée d’une croix en or, auparavant associée au bienheureux Pie IX. Plus tard, il a adopté une crosse ornée de l’Agneau pascal et du christogramme au centre. Le message était clair : l’unité de la Croix et de la Résurrection est au cœur du kérygme, proclamation fondatrice de l’Église. 

Dans ce contexte, la nouvelle crosse de Léon XIV s’inscrit dans une longue tradition, loin de s’en détacher. Sa particularité réside dans l’accent mis sur la Résurrection sans pour autant négliger la Croix. La figure du Christ en ascension, les plaies exposées et pourtant rayonnantes, évoquent une Église qui ne nie ni la souffrance ni les blessures de l’histoire, mais refuse de leur laisser le dernier mot. 

Le choix du moment est également révélateur. Le 6 janvier, jour de l’Épiphanie, est célébrée la manifestation du Christ aux nations. La fermeture de la Porte sainte ce même jour souligne la fin d’un moment exceptionnel et le retour à la vie ordinaire, où la foi doit se vivre sans ostentation. Dans ce contexte, la nouvelle crosse opère comme une catéchèse silencieuse. Elle proclame que l’espérance de l’Église ne réside ni dans la nostalgie, ni dans le pouvoir, ni même dans les structures, mais dans la logique pascale qui transforme la perte en vie. 

Dans une Église souvent critiquée pour ses symboles, le choix de Léon XIV n’est ni ornemental ni nostalgique. Il s’agit d’une théologie visuelle, condensée dans le métal et la forme, qui rappelle au pasteur comme aux fidèles que le chemin à suivre traverse les plaies de l’histoire, mais ne s’y arrête pas. 

 

 

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Rédaction

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