(ZENIT News / Vienne, 7 janvier 2026) – La Conférence autrichienne des recteurs de séminaires a présenté une importante refonte de la formation sacerdotale des hommes qui discernent leur vocation plus tard dans leur vie. Ce modèle rompt radicalement avec le parcours traditionnel du séminaire à plein temps. Annoncée le 5 janvier, cette initiative tient compte des réalités démographiques et constitue une tentative stratégique de pallier la pénurie actuelle de prêtres en s’adressant à un segment largement inexploité de la population catholique.
Le programme, officiellement intitulé Zweiten Weg für Spätberufene (Seconde Voie pour les vocations tardives), s’adresse aux hommes ayant déjà une vie professionnelle et personnelle bien établie. Au lieu d’exiger des candidats qu’ils abandonnent immédiatement leur carrière, ce nouveau dispositif leur permet de suivre des études de théologie de manière flexible, voire à distance, tout en conservant leur emploi. Selon les recteurs, l’accent est mis sur une formation personnalisée plutôt que sur l’application d’un modèle uniforme.
Cependant, la formation spirituelle et pastorale restera ancrée au séminaire. Les médias autrichiens indiquent que ce volet sera structuré en fonction des obligations professionnelles de chaque candidat, même s’il n’est pas encore précisé si la résidence permanente au séminaire sera obligatoire. L’objectif est de préserver la formation communautaire et spirituelle sans interrompre inutilement le travail des candidats déjà engagés dans leur vie professionnelle.
Dans des cas bien précis, le programme permet également aux candidats de conserver une activité professionnelle limitée après leur ordination, sous réserve de l’accord explicite de leur diocèse. Cette activité doit être compatible avec l’éthique sacerdotale. Une limite claire a été fixée concernant les fonctions publiques : les candidats occupant des fonctions politiques doivent démissionner avant de commencer leur formation au diaconat transitoire et au sacerdoce.
Cette approche marque une rupture significative avec la pratique habituelle. Traditionnellement, les vocations tardives impliquent une rupture définitive avec la vie professionnelle, les candidats entrant au séminaire en résidence à temps plein. Des institutions spécialisées, comme le séminaire Saint-Lambert en Rhénanie-Palatinat (Allemagne), fonctionnent depuis longtemps selon ce modèle, qui exige des candidats plus âgés qu’ils quittent leur emploi et vivent en communauté pendant leur formation.
Malgré sa flexibilité structurelle, le programme autrichien maintient les exigences canoniques standard pour la formation sacerdotale dans le rite latin. Les candidats doivent être célibataires (les veufs sont admissibles) et s’engager librement à la chasteté à vie.
Le contexte démographique est crucial pour cette initiative. L’Autriche, pays d’environ 9 millions d’habitants, compte une population dont près de la moitié est catholique. Elle partage des frontières avec huit pays : l’Allemagne, la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Slovénie, l’Italie, la Suisse et le Liechtenstein. Selon l’Office national des statistiques autrichien, le pays compte environ 850 000 hommes âgés de 45 à 60 ans. Parmi eux, environ 400 000 sont baptisés catholiques et près de 50 000 assistent régulièrement à la messe. Bien que la plupart des fidèles réguliers de cette tranche d’âge soient mariés, les autorités ecclésiastiques estiment que le nombre de candidats potentiels pour ce nouveau programme pourrait se chiffrer par milliers.
Historiquement, l’Autriche a suivi la tendance générale de l’Europe occidentale, marquée par un déclin des vocations sacerdotales dans les décennies qui ont suivi le concile Vatican II. Les vocations tardives sont apparues comme un phénomène compensatoire vers la fin du XXe siècle. Plus récemment, cependant, cette tendance s’est atténuée. Avec l’arrivée de plus en plus de jeunes candidats au séminaire, le profil des ordonnés a évolué. Ces dernières années, l’âge moyen de l’ordination en Autriche était de 35 ans ou plus. D’ici 2025, il sera de 34 ans, et la moitié des séminaristes ont entre 27 et 31 ans.
Dans ce contexte, les concepteurs du programme « Seconde Voie » ciblent explicitement les hommes âgés de 45 à 60 ans, les considérant comme une ressource sous-utilisée en cette période de pénurie générale de prêtres. La Conférence des recteurs de séminaires a qualifié ces candidats d’« atout inestimable pour l’Église », soulignant leur capacité à mettre leur expérience professionnelle et personnelle au service des communautés ecclésiales.
La conférence a souligné que cette initiative est pleinement conforme aux normes du Vatican, notamment à celles énoncées dans la Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis, document fondateur régissant la formation sacerdotale dans le monde entier. La Ratio reconnaît explicitement la « personnalité plus mature » souvent présente chez les candidats plus âgés et confie aux conférences épiscopales nationales la responsabilité d’établir des normes adaptées à leur contexte local. Ces normes peuvent inclure des limites d’âge pour les vocations tardives et des décisions concernant la création de séminaires distincts pour les candidats plus âgés.
Le document du Vatican souligne que les vocations tardives, comme toutes les autres, requièrent une formation complète et rigoureuse. Les candidats doivent être accompagnés sur un chemin sérieux qui inclut la vie communautaire, une solide formation spirituelle et une solide formation théologique, en employant des méthodes pédagogiques adaptées à chaque profil.
Le cadre étant désormais établi, la Conférence autrichienne des recteurs de séminaires invite les personnes intéressées à contacter leur séminaire local ou le service des vocations de leur diocèse. Il reste à voir si la Seconde Voie entraînera une augmentation significative des ordinations sacerdotales, mais elle témoigne clairement de la volonté de l’Église autrichienne de repenser les conceptions établies de longue date concernant le développement d’une vocation sacerdotale.
