Cardinal Louis Raphaël Sako, patriarche de l’Église catholique chaldéenne © Religión Digital

Cardinal Louis Raphaël Sako, patriarche de l’Église catholique chaldéenne © Religión Digital

Menacé pour avoir prêché la paix

Des groupes islamistes radicaux réclament l’exécution du cardinal chaldéen Louis Raphaël Sako

Share this Entry


Après qu’une exhortation spirituelle à la guérison et à la cohésion nationale a été déformée en prise de position politique, le principal leader catholique d’Irak se retrouve aujourd’hui au cœur d’une dangereuse campagne de haine.

Bagdad, 05 janvier 2026 – Un seul mot, prononcé depuis la chaire à Noël, a soumis l’un des leaders chrétiens les plus éminents du Moyen-Orient à une pression croissante. Le cardinal Louis Raphaël Sako, patriarche de l’Église catholique chaldéenne, est confronté à une campagne d’intimidation croissante en Irak et en Iran voisin après que les déclarations de son homélie de Noël aient été sorties de leur contexte pastoral et présentées comme une provocation politique.

Au cœur de la controverse se trouve le terme arabe communément traduit par « normalisation ». Dans son homélie, le cardinal Sako a utilisé ce terme dans le cadre d’un appel spirituel à la guérison après des années de conflit : un appel à la stabilité sociale, au rétablissement de la confiance des citoyens et à la réconciliation entre les familles, les communautés et la nation irakienne dans son ensemble. Selon le patriarcat chaldéen, l’intention était sans équivoque religieuse, ancrée dans le message de paix et de renouveau de Noël, et totalement étrangère à la géopolitique régionale.

Dans le climat extrêmement tendu qui règne en Irak, le langage n’est jamais neutre. Le mot « normalisation » est devenu politiquement explosif, souvent employé comme raccourci pour désigner la normalisation des relations avec Israël, un sujet susceptible de provoquer une vive indignation. Les critiques se sont emparés de cette association, transformant une exhortation pastorale en un prétendu soutien à des positions politiques interdites. En quelques heures, les récits en ligne ont transformé un message de Noël en accusations de trahison politique.

Le patriarcat a rapidement réagi, soulignant que l’homélie n’avait aucun contenu politique et rejetant explicitement les affirmations selon lesquelles le cardinal Sako prônait la normalisation avec Israël. Les autorités ont réaffirmé que le message était axé sur la paix, la cohésion nationale et la dignité de l’Irak, des thèmes qui marquent depuis longtemps le ministère public du patriarche. Cependant, cette clarification n’a pas réussi à freiner les réactions négatives.

Ce qui avait commencé comme une distorsion sémantique s’est rapidement transformé en campagne. Des revendications ont circulé sur les réseaux sociaux et dans les cercles militants, exigeant des enquêtes et des poursuites judiciaires. Certaines voix sont allées plus loin, proférant des menaces qui sont passées de la rhétorique à l’intimidation. Selon les informations de Chaldean Press, certains groupes islamistes ont intensifié leurs revendications au point de demander non seulement l’arrestation du patriarche, mais aussi son exécution.

Parmi les catholiques chaldéens eux-mêmes, la réaction a été très différente. Des sondages rapportés par les médias chaldéens indiquent que la grande majorité des fidèles n’ont perçu aucun message politique dans l’homélie de Noël. Pour beaucoup, le tollé semble moins être un malentendu qu’une utilisation délibérée du langage comme arme contre un leader chrétien qui a toujours plaidé en faveur de la coexistence dans une société fracturée.

La réponse du cardinal Sako lui-même, selon les informations disponibles, souligne à la fois la gravité du moment et la profondeur de son engagement envers son pays. « S’ils veulent me juger et m’exécuter pour le bien de l’Irak, qu’il en soit ainsi », aurait-il déclaré. Cette déclaration, crue et inquiétante, reflète la position précaire des dirigeants chrétiens dans une région où le discours théologique peut être instrumentalisé à des fins politiques et où les appels à la paix peuvent comporter des risques personnels.

Cet épisode met en lumière une réalité plus large pour les chrétiens d’Irak et de la région en général. Le discours religieux fait l’objet d’une attention particulière, et les mots associés à la réconciliation peuvent être réinterprétés à travers le prisme des conflits non résolus. Pour le patriarche chaldéen, un appel à la réconciliation sociale à l’occasion de Noël s’est transformé en une épreuve d’endurance, révélant la fragilité de l’espace réservé aux voix apolitiques qui cherchent à prôner l’unité dans un paysage polarisé.

Share this Entry

Elizabeth Owens

FAIRE UN DON

Si cet article vous a plu, vous pouvez soutenir ZENIT grâce à un don ponctuel