Rome a rarement connu une année pareille. Le Vatican a confirmé que 33 475 369 pèlerins venus de 185 pays ont participé au Jubilé de l’Espérance, faisant de l’Année Sainte 2025 l’un des plus grands rassemblements religieux de l’histoire moderne. Ce chiffre est non seulement supérieur aux attentes, il les dépasse largement. Une étude de l’Université Rome III avait estimé la participation à un peu plus de 31 millions de personnes, un chiffre ensuite révisé à 31,7 millions. La réalité a largement dépassé ces projections.
L’ampleur de l’événement a été décrite le 5 janvier, à la veille de la clôture du Jubilé, lors d’une conférence de presse au Bureau de presse du Saint-Siège. L’archevêque Rino Fisichella, pro-préfet du Dicastère pour l’Évangélisation et principal organisateur de l’Année sainte, a présenté le rapport final avec les autorités civiles italiennes, qui ont évoqué à plusieurs reprises ce qu’elles appellent désormais la « méthode Jubilé » de coopération.
L’Europe a représenté la majorité des pèlerins, avec 62 % d’entre eux originaires du continent. L’Italie était le principal pays d’origine, suivie des États-Unis et de l’Espagne. Cependant, la portée géographique était incontestablement mondiale, reflétant ce que les organisateurs ont décrit comme l’arrivée à Rome de « personnes venues du monde entier ».
Les chiffres, cependant, ne révèlent qu’une partie de l’histoire. Le calendrier du Jubilé comprenait 35 événements majeurs, mais Mgr Fisichella a insisté sur le fait que ni les chiffres de fréquentation ni le programme à eux seuls ne permettaient de saisir la signification profonde de l’année. Selon lui, le renouveau spirituel en était le trait distinctif. Il a décrit un « peuple en mouvement », marqué par un désir renouvelé de prière et de conversion. Les basiliques papales et autres lieux de dévotion importants à Rome ont connu une affluence sans précédent. La Scala Santa, entre autres sanctuaires, a enregistré une fréquentation record. Les confessions ont connu une forte augmentation et l’indulgence jubilaire, signe spirituel central de l’Année sainte, a été largement accueillie.
En coulisses, le Jubilé s’est appuyé sur un vaste réseau humain. Au total, 5 000 bénévoles ont œuvré tout au long de l’année, épaulés par 2 000 membres de l’Ordre de Malte qui ont assuré les premiers secours dans les quatre basiliques papales. Leur contribution, a souligné Mgr Fisichella, a été particulièrement précieuse à une époque marquée par un individualisme croissant.
Les autorités italiennes ont souligné le cadre administratif qui a rendu cet événement possible. Alfredo Mantovano, sous-secrétaire d’État auprès du Premier ministre italien, a expliqué que la « méthode Jubilé » impliquait une coordination plutôt qu’un contrôle, la résolution des problèmes plutôt que la bureaucratie et le partage des responsabilités plutôt que la concurrence. Il l’a décrite comme un système où les institutions publiques étaient au service d’une expérience spirituelle, et non l’inverse.
Le maire de Rome, Roberto Gualtieri, qui était également commissaire extraordinaire du gouvernement pour le Jubilé, a souligné que l’afflux de pèlerins n’avait pas submergé la ville. Au contraire, a-t-il affirmé, il a agi comme un moteur de renouveau. Rome a su maintenir sa capacité d’accueil des touristes et répondre aux besoins de ses habitants, tout en accueillant des millions de personnes venues recevoir l’indulgence du Jubilé. Il a qualifié l’événement de Tor Vergata de moment inoubliable, destiné à rester gravé dans la mémoire collective de la ville.
D’un point de vue régional, le président du Latium, Francesco Rocca, a souligné l’impact opérationnel sur les services publics. Les services d’urgence ont réalisé 580 000 interventions durant l’Année jubilaire, soit 40 000 de plus que l’année précédente. Le nombre d’admissions aux urgences a atteint 1 600 000, soit 100 000 de plus qu’en 2024. M. Rocca a attribué le bon fonctionnement des services à un climat de collaboration qui a favorisé la sérénité plutôt que la rivalité.
La sécurité était une autre préoccupation majeure. Le préfet de Rome, Lamberto Giannini, expliqua que le principe directeur était de garantir à la fois la sécurité et la tranquillité. Au lieu d’une forte militarisation, les autorités ont privilégié la prévention. M. Giannini évoqua le Jubilé de la jeunesse comme un moment particulièrement marquant, notamment les confessionnaux installés au Circus Maximus, une image qui, selon lui, resterait inoubliable.
Le Vatican a reconnu que le chiffre de 33 475 369 pèlerins est une estimation, et non un décompte exact. Il a été calculé en combinant les données officielles des événements du Jubilé, les comptages manuels de foule dans les principales basiliques de Rome et les données de vidéosurveillance de la basilique Saint-Pierre. Les caméras ont enregistré entre 25 000 et 30 000 personnes par jour franchissant le seuil de la Porte Sainte.
La fréquentation a également augmenté régulièrement après le décès du pape François en avril et l’élection du pape Léon XIV. Cette transition a fait du Jubilé de l’Espérance le deuxième de l’histoire de l’Église à être inauguré par un pape et conclu par un autre. Le premier remonte à 1700, lorsque le pape Innocent XII a inauguré l’Année sainte et que le pape Clément XI l’a conclue après sa mort.
Au-delà des personnes, le Jubilé a métamorphosé la ville. Sur les 117 projets de travaux publics initialement liés à l’Année sainte, 110 ont été menés à terme. Le plus ambitieux fut la création d’une place piétonne au bout de la Via della Conciliazione, juste en face de la basilique Saint-Pierre. Ce projet a nécessité la déviation de la circulation vers un tunnel souterrain et a donné naissance à la nouvelle Piazza Pia.
La place a également révélé l’un des rares points de désaccord ouverts entre les organisateurs. Son aménagement comprend deux fontaines en pierre contemporaines qui encadrent la vue sur la basilique. M. Gualtieri les approuvait ; Mgr Fisichella, lui, s’y opposait. L’archevêque a raconté plus tard, avec humour, que c’était probablement le seul point sur lequel ils avaient ouvertement divergé, et qu’il avait finalement cédé, la place étant située en territoire italien. Mgr Fisichella s’interrogeait sur la pertinence de fontaines modernes dans un espace avec vue sur la majesté baroque de Saint-Pierre et l’architecture fasciste de la Via della Conciliazione, elle-même issue de la démolition d’un quartier entier pour le Jubilé de 1950.
Alors que la Porte Sainte se refermait, les organisateurs ont insisté sur le fait que le véritable héritage du Jubilé ne se limitait pas aux statistiques ou aux infrastructures. Pour Mgr Fisichella, le résultat durable est l’espérance elle-même, ravivée dans des millions de vies et tournée vers un avenir marqué, selon ses propres termes, par la paix et la sérénité.
