Rencontre interreligieuse pour la paix au Capitole 20 octobre 2020 © Vatican Media

Rencontre interreligieuse pour la paix au Capitole 20 octobre 2020 © Vatican Media

Rencontre pour la paix : l’antidote contre la haine, message du grand imam d’Al-Azhar

Print Friendly, PDF & Email

Ses paroles sur l’assassinat de Samuel Paty

Share this Entry
Print Friendly, PDF & Email

« La fraternité humaine » est « un antidote » contre « les maladies de la haine et du racisme », c’est « une forte immunité contre les épidémies intellectuelles et morales ».

C’est ce qu’a déclaré Ahmed al-Tayeb, le Grand imam d’Al-Azhar, dans un message lu au cours de la rencontre interreligieuse organisée par la communauté Sant’Egidio ce mardi 20 octobre 2020, à Rome, avec le pape François. N’ayant pu se déplacer en raison de la crise sanitaire, l’imam était représenté par le juge Mohamed Abdelsalam, secrétaire général du Haut-Comité supérieur pour la fraternité humaine.

La pandémie de Covid-19, « dont les conséquences dévastatrices ont affligé tous les pays », a révélé « une autre épidémie ancienne, mais renouvelée », explique le grand imam : « celle de la discrimination et du racisme, et de l’érosion de la conscience humaine ».

Au cours des derniers mois, écrit-il, « nous avons été choqués par l’émergence de nouvelles formes de discrimination dues au Covid-19 ». De plus, « nous avons entendu des voix appelant à laisser certains groupes d’âge attendre leur sort sans aide, pour accorder un traitement prioritaire à d’autres ». « De tels appels ne révèlent que l’inhumanité de ceux qui les lancent », affirme Ahmed al-Tayeb.

Le seul remède pour vaincre cette tendance, note-t-il, est de développer la fraternité humaine : « Le concept de fraternité humaine ne se limite pas à la simple acceptation de l’autre, souligne le Grand imam. Cela signifie plutôt que nous devons déployer des efforts pour assurer le bien-être et la sécurité des autres. »

Dans son discours, Ahmed al-Tayeb évoque « le concept de mondialisation » qui aurait dû garantir « que le monde entier bénéficie des valeurs de liberté, de justice et d’égalité ». Cependant, poursuit-il, « il nous est vite apparu évident que ces nobles valeurs étaient manipulées de manière inhumaine ». « Nous avons été témoins de l’effondrement de ces valeurs lorsque le monde a fermé les yeux sur des peuples entiers soumis au déplacement, au meurtre et à la famine », affirme-t-il en citant l’exemple des Rohingyas, « qui ont été laissés seuls ».

Selon Ahmed al-Tayeb, « la pandémie du Covid-19 est venue annoncer au monde la mort de la mondialisation ». « Aujourd’hui, souligne-t-il, le moment est venu pour nous d’adopter une nouvelle forme de mondialisation fondée sur la fraternité humaine qui traite tous les êtres humains comme égaux en droits et en devoirs et renforce la coexistence sociale. »

Il souligne la responsabilité des chefs religieux de diverses religions ainsi que le « grand rôle » qu’ils sont appelés à « jouer dans une crise aussi étouffante » : « Nous devons raviver la foi dans le cœur des gens et leur révéler le véritable message de la religion qui élève les valeurs humaines. »

Crime terroriste odieux

Dans son message, le Grand imam évoque le meurtre du professeur d’histoire Samuel Paty, dans la région parisienne, le 16 octobre dernier : « En tant que musulman et Grand imam d’Al-Azhar, je déclare que l’islam, ses enseignements et son prophète sont innocents de ce crime terroriste odieux. »

Ahmed al-Tayeb déclare aussi qu’ «insulter les religions et attaquer leurs symboles sacrés sous le slogan de la liberté d’expression est une ambiguïté intellectuelle et une invitation ouverte à la haine». «Ce terroriste, a-t-il ajouté, ne parle pas au nom de la religion du prophète Mahomet pas plus que le terroriste qui a tué des musulmans dans une mosquée en Nouvelle Zélande ne parlait au nom de la religion de Jésus».

En concluant, le Grand imam remercie le pape François pour son « encyclique importante » Fratelli tutti qui « aide les amoureux de la bonté et de la paix à parvenir à une reconnaissance globale des douleurs de la ‘fraternité humaine’ et des espoirs de réaliser ses valeurs ».

Share this Entry

Marina Droujinina

Journalisme (Moscou & Bruxelles). Théologie (Bruxelles, IET).

FAIRE UN DON

Si cet article vous a plu, vous pouvez soutenir ZENIT grâce à un don ponctuel