Grande synagogue de Rome, WIKIMEDIA COMMONS - Livioandronico2013

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Visite du pape François à la grande synagogue de Rome, dimanche 17 janvier

Par le grand rabbin Riccardo Di Segni

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La visite du pape François, à la grande synagogue de Rome, dimanche prochain, 17 janvier, représente, pour le grand rabbin de Rome, Di Segni, « une continuité dans le dialogue judéo-chrétien » mais elle a aussi une particularité « en raison de ce moment que nous vivons sur la scène mondiale et de la figure spécifique de Bergoglio ».
Après Jean-Paul II et Benoît XVI, le pape François sera le troisième pape à entrer dans la grande synagogue de Rome, sur un quai du Tibre.
Le grand rabbin Riccardo Di Segni, évoque ce rendez-vous, dans un entretien accordé au Corriere della Sera.
Une nouvelle étape
« La visite de Wojtyla, il y a trente ans, fut une révolution, une ligne de partage des eaux. La seconde a été faite par un pape, Ratzinger, qui avait un rapport particulier avec le judaïsme et qui a voulu souligner la continuité. Son style était doctrinal, théologique, de sagesse, formel aussi. Maintenant, je crois que les éléments principaux sont la continuité, le moment historique particulier, mais aussi le rapport différent, pastoral qu’a le pape François avec le public. Nous comprenons  bien la nécessité de dimensionner l’événement à sa personnalité. Bergoglio voudra saluer directement le plus grand nombre de personnes possible. Et beaucoup de juifs auront plaisir à lui serrer la main, ce sera une nouvelle étape dans l’Histoire », déclare le grand rabbin.
A propos du terrorisme, il ajoute vouloir témoigner que la « diversité religieuse » favorise la collaboration en vue du bien commun : « En ce qui concerne la période que nous traversons, aujourd’hui le monde est ensanglanté par des conflits qui se nourrissent de la religion vécue comme génératrice de haine, de violence et de destruction. Notre rencontre veut lancer un message contraire : la diversité religieuse comme démonstration de la cohabitation, d’une course à la collaboration pour le bien de tous.
« Depuis que le pape François a été élu, nous avons eu pas mal de contacts et de rencontres, et la possibilité de sa visite a aussitôt été prise en compte : il n’y avait aucune urgence, mais notre désir était commun », ajoute-t-il.
Un bilan positif
Il précise : « Les rencontres naissent toujours d’une occasion ou d’un motif particulier. La théologie est le dernier des thèmes. On parle surtout de questions pratiques, de visions du monde, de sujets historiques. Bergoglio est jésuite. Une fois justement, j’ai fait allusion au successeur direct d’Ignace de Loyola, Diego Laynez, qui était de famille marrane, de juifs convertis. J’ai rappelé comment, après lui, l’accès à la Compagnie de Jésus fut interdit à quiconque avait ne serait-ce que de lointaines origines juives. Le pape connaissait ce sujet. À une autre occasion, je lui ai parlé de François d’Assise… »
Il ajoute : « Nous avons des relations cordiales. Mais je ne me permets pas de le déranger, sauf pour des questions importantes. L’été 2014, par exemple, les familles des trois jeunes israéliens enlevés près d’Hébron par des terroristes palestiniens avaient demandé de rencontrer le pape. Bergoglio avait donné sa disponibilité. Ensuite, dès que j’ai reçu la nouvelle que les trois jeunes avaient été tués, j’ai averti le Vatican. Il s’en est suivi une conversation téléphonique privée avec le pape. »
Quant à d’éventuels désaccords avec la visite du pape, il souligne que le bilan des relations est positif : « Croire que le monde juif est un bloc homogène, est une grave erreur. Il existe de nombreuses sensibilités. Je vais à la substance des faits : chaque fois que j’ai rencontré un problème, je n’ai pas hésité à le signaler. Ce qui compte, c’est le bilan global. À ce jour, il est positif. »
Le rabbin na pas non plus hésité à dire au pape François qu’il était « dangereux » d’utiliser avec des connotations négatives le terme « pharisien » – qui désigne une branche du judaïsme de l’époque de Jésus, à laquelle appartenait aussi saint Paul. Le rabbin explique : «  Je voulais lui montrer la diversité de sensibilité du public italien et donc le risque que cela comporte ici, par rapport à d’autres parties du monde. J’ai trouvé une disponibilité à l’écoute, le pape a accepté. »
Enfin, le rabbin confie qu’il est resté en contact avec le pape émérite Benoît XVI : « Nous échangeons des lettres, des messages de vœux et d’autres. Toujours entièrement écrits à la main. Nous ne nous sommes plus vus, mais nous avons gardé de bonnes relations. »
Avec une traduction de Constance Roques

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Anita Bourdin

Journaliste accréditée au Vatican depuis 1995. A lancé Zenit en français en janvier 1999. Correspondante à Rome de Radio Espérance. Formation: journalisme (Bruxelles), théologie biblique (Rome), lettres classiques (Paris).

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