Le gouvernement argentin a franchi une étape diplomatique décisive en vue du retour du pape Léon XIV en Amérique du Sud, non plus comme évêque missionnaire, mais comme évêque de Rome. Le 11 février, le ministère des Affaires étrangères a confirmé que le président Javier Milei avait signé une invitation officielle au pontife pour une visite en Argentine à une date encore indéterminée. La lettre a été remise en main propre au Vatican par le ministre des Affaires étrangères, Pablo Quirno, lors de l’audience générale de mercredi.
Ce geste intervient à un moment que les autorités qualifient de particulièrement constructif pour les relations bilatérales. Dans une déclaration publique, le gouvernement argentin a souligné ce qu’il a décrit comme une tradition de « dialogue franc » et de « coopération constructive » entre Buenos Aires et le Saint-Siège, une formulation qui inscrit l’invitation dans un cadre diplomatique de longue date et non comme une simple cérémonie d’ouverture.
Quirno a réaffirmé la volonté de l’Argentine de collaborer avec le Vatican pour promouvoir la paix, la compréhension internationale et le règlement pacifique des conflits. Dans le discours diplomatique du Saint-Siège, ces questions sont loin d’être secondaires. Le Vatican, malgré sa petite taille géographique, joue un rôle mondial grâce à son autorité morale, son réseau de nonces et son action de médiation dans les différends internationaux. Par conséquent, une visite papale officielle revêt non seulement une forte symbolique spirituelle, mais aussi un poids politique considérable.
Des sources proches du pouvoir exécutif argentin indiquent que les discussions concernant une possible visite papale ont débuté en 2025, peu après la transition papale. Le pape Léon XIV a passé près de la moitié de son ministère sacerdotal au Pérou, où il fut nommé évêque de Chiclayo par son prédécesseur. Il acquit par la suite la nationalité péruvienne. Cette profonde immersion pastorale en Amérique latine est largement considérée comme un atout facilitant le dialogue avec les gouvernements de la région, y compris l’actuelle administration argentine.
Bien qu’aucune date n’ait été confirmée, de hauts responsables à Buenos Aires estiment, à titre privé, la probabilité d’une visite à 70 % ou plus, le dernier trimestre de l’année étant la période la plus probable. L’absence d’élections nationales en Argentine, au Pérou et en Uruguay durant cette période est considérée comme un atout. Les voyages papaux sont des entreprises complexes qui combinent célébrations liturgiques, grands événements publics et rencontres officielles avec des chefs d’État. Ils nécessitent des mois de coordination entre les autorités civiles, les services de sécurité et le Secrétariat d’État du Vatican.
Ces derniers mois, des rumeurs ont circulé concernant un itinéraire plus étendu en Amérique latine. Selon des sources fiables, Léon XIV envisagerait de faire escale au Pérou et dans deux pays que son prédécesseur n’a jamais visités durant son pontificat : l’Argentine et l’Uruguay. Pour l’Argentine en particulier, une telle visite revêtirait une importance symbolique. Ce serait la première fois que Léon XIV foulerait le sol argentin en tant que pape et cela pourrait renouer des relations mises à rude épreuve ces dernières années par des tensions politiques et un héritage religieux commun.
Le rapprochement diplomatique actuel se déroule dans un contexte de tensions internes entre l’Église et l’État. Ces dernières semaines, les commissions épiscopales argentines chargées de la pastorale sociale, de la pastorale des prisons et de Caritas Argentine ont publié une lettre ouverte exhortant les législateurs à mener un débat sérieux et responsable sur les réformes proposées au système de justice pour mineurs par la coalition au pouvoir. La lettre critiquait ce qu’elle décrivait comme un climat politique où la souffrance sociale risque d’être instrumentalisée par les médias et mettait en garde contre des solutions simplistes.
L’interaction entre l’influence de l’Église et les réformes gouvernementales n’est pas nouvelle en Argentine, pays où le catholicisme a historiquement marqué la vie publique. La dernière rencontre officielle entre le président Milei et l’archevêque de Buenos Aires remonte à fin 2024. Tous deux étaient récemment présents au même endroit lors de la cérémonie du Te Deum, le 25 mai 2025, où l’archevêque a prononcé une homélie appelant à un dialogue accru entre les factions politiques et à une plus grande attention portée aux personnes âgées et marginalisées.
Au Vatican, Léon XIV a déjà fait preuve d’une approche mesurée mais réfléchie quant à ses voyages internationaux. Fin 2018 2025, il a effectué un voyage de cinq jours en Turquie et au Liban, ses premières visites hors d’Italie. Le Bureau de presse du Saint-Siège a confirmé cette semaine que Monaco était envisagé comme autre destination. L’Algérie est également à l’étude, apparemment dans le double but d’honorer les sites associés à saint Augustin et de promouvoir le dialogue islamo-chrétien. Parmi les autres étapes possibles en Afrique figurent la Guinée équatoriale, le Cameroun et l’Angola.
Il convient de noter que les porte-parole du Vatican ont précisé que le pape ne se rendra pas aux États-Unis, son pays natal, cette année, en raison des élections de mi-mandat à venir et du souhait d’éviter toute apparence de soutien politique. Cette décision souligne l’importance que le Saint-Siège accorde au calendrier des événements, un facteur tout aussi pertinent pour un éventuel voyage en Argentine.
L’annonce du ministère des Affaires étrangères a été rapidement relayée par le président Milei sur les réseaux sociaux, témoignant d’un soutien de haut niveau au sein du pouvoir exécutif. La visite de Quirno à Rome, accompagné du sous-secrétaire aux Affaires religieuses et à la Civilisation, Agustín Caulo, laissait déjà présager une forte dimension ecclésiastique dans l’agenda diplomatique. La direction du Secrétariat aux Affaires religieuses demeure intérimaire depuis l’entrée en fonction de son prédécesseur, Nahuel Sotelo, au Parlement provincial de Buenos Aires, Caulo assurant l’intérim.
Pour l’Argentine, une visite papale représenterait bien plus qu’un simple événement cérémoniel. Elle interviendrait dans un contexte de tensions économiques, de débats sociaux et de réalignement politique. Pour le Vatican, ce serait l’occasion d’un dialogue avec une nation dont les racines catholiques demeurent profondes, malgré la progression de la sécularisation.
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