Ces jours-ci, des prêtres venus de France et d’autres pays francophones participent à une session de formation organisée par le Séminaire pontifical français de Rome. De telles sessions y sont proposées régulièrement et s’adressent aux prêtres désireux d’approfondir un thème spécifique lié à leur ministère.
Fondé en 1853 par la congrégation du Saint-Esprit, ce séminaire français est le fruit de la volonté commune du bienheureux Pie IX et des évêques de France. Il forme actuellement une trentaine de séminaristes, diacres et prêtres envoyés par différents diocèses français et étrangers. Zenit a rencontré à Rome le P. Olivier de Rubercy, recteur depuis septembre 2022.
Zenit : Comment avez-vous accueilli votre nomination comme recteur du Séminaire français de Rome ?
Père Olivier de Rubercy : Avec surprise, car je ne m’y attendais pas du tout. Comme j’avais fait tout mon séminaire à Rome, de 1989 à 1995, je connaissais bien le Séminaire français. Lorsqu’en 2022, j’ai été appelé à en devenir le recteur, je me suis évidemment rappelé ces années de formation dont j’avais gardé bon souvenir. J’ai été extrêmement touché par la confiance que l’Église me faisait en m’appelant, même si je me sentais « petit ». Mais le Seigneur conduit son Église et accompagne les pas de chacun des prêtres qu’il se choisit.

Le P. de Rubercy (à droite), 8 décembre 2025 © Séminaire pontifical français
Avant mon arrivée à Rome, je pense que mon expérience acquise en paroisse comme vicaire puis comme curé, et qui s’est enrichie de mes dix années au service des vocations et de la formation des prêtres, m’a préparé à assumer cette nouvelle mission.
Dans mon discernement, avant de répondre à cet appel, je me suis dit que j’avais beaucoup reçu et que j’avais aussi donné de nombreuses années de ma vie de prêtre pour le diocèse de Versailles. Le moment était donc venu de partir à Rome et de me consacrer à temps plein à la formation sacerdotale.
Zenit : Quelle est la vocation de ce Séminaire ?
Père O. de Rubercy : Il a pour vocation de former les prêtres qui viennent des diocèses de France et de quelques diocèses étrangers. Nous travaillons en étroite collaboration avec les évêques qui choisissent d’y envoyer quelques-uns de leurs séminaristes. Après avoir suivi le premier cycle de formation dans leurs diocèses, certains sont envoyés à Rome pour suivre leur formation théologique, et certains y poursuivent leurs études après l’ordination, en licence ou en doctorat.
Cette année, notre communauté compte 16 séminaristes, 3 diacres et 15 prêtres étudiants. Notre séminaire répond à ce que l’Église attend en termes de formation humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale. Si nous vivons ici dans un cadre particulier, nous avons bien à l’esprit qu’il s’agit de former des prêtres pour les diocèses français.
Ici, les séminaristes font l’expérience de l’universalité de l’Église. Le Séminaire français a un statut pontifical, il est donc en lien étroit avec le pape et le Saint-Siège. Cela permet à la France d’avoir une certaine visibilité, et cela favorise également une proximité avec le Dicastère pour le clergé, l’instance dont nous dépendons et qui accompagne la formation des prêtres.
Zenit : Quels sont les critères de discernement pour qu’un séminariste poursuive son séminaire à Rome ?
Père O. de Rubercy : Le premier critère est celui de la capacité du séminariste à prendre en mains ses études et sa formation, et d’être autonome. Il devra apprendre l’italien, bien connaître l’anglais, et s’inculturer dans un lieu différent de son diocèse d’origine. Le séminariste doit donc avoir une capacité d’apprentissage des langues et d’intégration dans un nouvel univers.
Et puis, il y a aussi cette richesse indéniable à Rome, l’ouverture à l’Église universelle ! Le séminariste se retrouve à l’université avec d’autres étudiants du monde entier. Cela lui permet d’acquérir un sens ecclésial plus large et de se rendre compte que la France n’est pas le centre du monde. Rome est en effet le lieu où la catholicité s’expérimente plus qu’ailleurs. En se formant ici, le futur prêtre vit aussi l’expérience de la catholicité de l’Église fondée sur les Apôtres.

Une trentaine de séminaristes, diacres et prêtres en formation cette année © Séminaire pontifical français
Comprenons qu’un évêque est nécessairement lié à un séminaire existant dans son diocèse ou dans sa province ecclésiastique, et que son intention première est de le soutenir. Envoyer un séminariste à Rome est donc un choix conscient et réfléchi, qui peut impliquer un affaiblissement pour le séminaire local. Mais quel bien vise-t-on ? Celui de l’institution qu’il faut à tout prix maintenir, ou le bien du séminariste lui-même, dans son chemin de formation ?
Zenit : Comment percevez-vous les séminaristes aujourd’hui dans leur relation avec l’Église et le monde ?
Père O. de Rubercy : Ils sont porteurs de différentes sensibilités ecclésiales. Ils ont tous un grand amour de l’Église et veulent être des missionnaires. Ils croient vraiment en leur vocation. Ils désirent aussi être fidèles à la Tradition de l’Église, au Concile Vatican II, et ils souhaitent rester dans une saine et intelligente obéissance au successeur de Pierre. Ici, le climat est vraiment bon, serein. Je sens les séminaristes en paix.
Mais ils sont également très conscients des défis actuels qui se présentent à eux. Je pense à cette révolution anthropologique à laquelle nous assistons, et face à laquelle ils veulent bénéficier d’une solide formation philosophique, théologique et morale. Car ils ne veulent pas se laisser prendre dans les courants d’idées ou d’opinions, qui voudraient révolutionner la manière dont on conçoit aujourd’hui la place de l’homme et de la femme dans le dessein de Dieu.
Zenit : Qu’aimeriez-vous voir évoluer dans la formation des séminaristes ?
Père O. de Rubercy : Je crois fondamentalement à l’importance, à la beauté et à la nécessité de former de bons prêtres pour nos diocèses de France. Il faut les préparer aussi à exercer leur ministère dans la collaboration avec les fidèles laïcs, hommes et femmes.
Depuis le mois d’octobre, nous avons engagé un processus d’élaboration du projet de formation intégrale à partir de deux textes majeurs : la Ratio romaine, le texte de référence pour tous les séminaires à travers le monde, et puis la Ratio nationale française. Pour cela, les séminaristes sont rassemblés en équipes, et réfléchissent ensemble selon la méthode de la conversation dans l’Esprit, afin d’apporter leurs propres contributions. Dans leur façon de travailler, ils ont à cœur de s’entraider et se stimuler, afin que leur formation ne soit pas reçue de manière trop passive et trop individualiste.
D’ailleurs, il faudrait développer un peu plus la vie en petites fraternités, pour que les séminaristes se connaissent mieux, et que se renforcent l’entraide et le soutien spirituel. On le fait déjà, mais je pense que ce pourrait être un plus développé pour vivre davantage en frères.
Zenit : Comment voyez-vous l’avenir pour les vocations sacerdotales dans l’Église catholique ?

Avec le pape François, janvier 2025 © Vatican Media
Père O. de Rubercy : Je crois que l’Église a un bel avenir devant elle. Elle a une mission considérable, celle que le Christ nous confie. J’espère que ce renouveau spirituel que je perçois en France, à travers les nombreuses demandes de baptêmes et de confirmations d’adultes ou d’adolescents, va se répercuter aussi dans les entrées au séminaire.
Le peuple de Dieu est en attente de pasteurs qui soient épris du Christ et désireux d’apporter sa Parole, de célébrer ses sacrements, de conduire les hommes et les femmes de notre temps vers Dieu. Je vois bien que son Esprit est à l’œuvre dans ces jeunes hommes.
Je suis aussi plein d’espérance avec notre nouveau pape Léon XIV en raison de la confiance qu’il donne aujourd’hui à l’Église et aux jeunes qui ont envie de l’écouter. Et j’attends le moment où il nous recevra en audience !… Je suis également plein d’espérance en me disant que Dieu donnera à l’Église des pasteurs selon son cœur, et que tous nos séminaires sont de belles maisons de formation, prêtes à accueillir ceux que le Seigneur appellera pour s’y former et pour devenir de saints prêtres.
