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S. Antoine de Padoue © facebook.com/freresdesaintantoinedepadoue

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S. Antoine, « grand ami du peuple de Dieu », par le card. Sandri

A Rieti pour la fête du saint portugais

Saint Antoine de Padoue « fut un grand ami du peuple de Dieu, a dit le cardinal Leonardo Sandri, et plus il s’immergeait dans le Seigneur, plus il se donnait aux foules ». Et d’ajouter : « Un chrétien de cette trempe ne peut qu’être créatif et participatif au bien commun de sa patrie et de sa ville », « par amour de l’homme et pour servir sa très haute dignité. »

C’est avec ces paroles que le préfet de la congrégation pour les Églises orientales s’est adressé aux fidèles, lors de la messe célébrée en l’Église Saint-François, à Rieti (Italie), pour la solennité de Saint Antoine de Padoue, le 13 juin 2017, indique la Congrégation pour les Églises orientales.

« Chacun de nous, a souligné le cardinal, s’interroge sur le don reçu du Seigneur et sur la façon dont il en tire parti : cela demande d’apprendre l’art du discernement, d’apprendre à confronter sa propre vie avec la Parole de Dieu et dans l’Eglise. »

« Que le Seigneur, a-t-il exhorté, nous permette de chasser aussi parmi nous tout venin de méchanceté ou malveillance, les uns contre les autres, à l’intérieur comme à l’extérieur des communautés chrétiennes, qu’il nous aide à prendre soin de manière authentique de tout homme en situation de besoin qui frappe à nos portes. »

Le préfet a invité à prier « en particulier pour tous les frères et sœurs de cette bien-aimée terre qui portent les blessures du tremblement de terre qui a ravagé Amatrice, Accumuli et d’autres communes de la zone : que l’huile de la consolation soit versé sur leur cœur, afin qu’ils ne perdent jamais l’espérance d’un nouvel avenir ».

Il a aussi invité à s’« unir » « par la pensée, à nos frères et sœurs qui ont subi, durant ces années, un autre genre de tremblement de terre, en Syrie et en Irak, et dans d’autres régions du Moyen-Orient » : « Nous ici par la puissance parfois destructrice de la nature, eux par la violence et l’aveuglement du cœur des hommes, mais ayant tous connu l’expérience commune de la croix du Christ. »

Voici notre traduction de l’italien de l’homélie du cardinal Sandri.

MD

Homélie du cardinal Leonardo Sandri

« En vivant dans la vérité de l’amour, nous grandirons pour nous élever en tout jusqu’à celui qui est la Tête, le Christ ». Cette exhortation de Paul que nous venons d’entendre, s’adressait à la communauté d’Ephèse, aujourd’hui elle s’adresse à chacun de nous, à cette ville, et aux millions de fidèles qui célèbrent Saint Antoine dans le monde. Ce dernier, originaire de Lisbonne selon sa naissance sur terre, et originaire de Padoue selon sa naissance au ciel, appartenait avant tout au Christ comme fidèle du poverello d’Assise. Je suis sincèrement impressionné par l’immense programme mis en place aujourd’hui pour célébrer le saint patron. Une série d’événements à caractère religieux et culturel, déployés avec le concours des citoyens, et en particulier de tous les membres de la Pieuse Union de Saint Antoine de Padoue, que je remercie, ainsi que Mgr Domenico Pompili. Demandons tous ensemble la grâce d’une extraordinaire conversion. A quel changement je pense ? A celui qu’il faudrait à une certaine mentalité chrétienne, selon laquelle l’invocation et la dévotion à un saint patron nous placeraient presque parmi les spectateurs, dans le public d’une compétition, où à courir et lutter serait notre saint, portant nos suppliques pour obtenir ensuite la victoire dont nous devrions tirer des bénéfices. Le Nouveau testament, au contraire, à travers saint Paul comme dans la lettre aux Hébreux, nous invite à nous sentir impliqués dans cette compétition, forts du témoignage de ceux qui nous ont précédés et aujourd’hui nous soutiennent et nous encouragent à ne point craindre la fatigue mais à avoir le regard fixe sur la destination qu’est le Christ, pour recevoir ensuite nous aussi la couronne du vainqueur. Pensez à ces défis quand vous vous mettrez en procession, les prochains jours, apportant avec vous « la machine » contenant le saint et les grands cierges qui l’accompagnent ici à Rieti.

Saint Paul nous a offert un programme précis : chercher à grandir en toute chose pour nous élever vers le Christ, en vivant dans la vérité de l’amour. Si nous pensons à saint Antoine, nous voyons bien que pour lui ce fut vraiment le cas. Sa vie a été marquée par une ascèse continue, en ce sens qu’il a vécu profondément et authentiquement dans les pas du Seigneur et Maître. Le temps qu’il a passé à étudier et se former chez les chanoines réguliers de saint Augustin à Coimbra deviendra un don pour toute la famille franciscaine qui était en train de se structurer, et la sincérité de ses intentions fut confirmée précisément par le saint Séraphique, François, qui lui donna la possibilité de continuer à enseigner. Ainsi Antoine a pu vivre la vérité de son propre don, qu’il a vérifié et mis à la disposition de la formation des prêtres et du peuple de Dieu. Nous ne parlons pas d’un enseignement froid et détaché, mais d’un authentique studium Christi, d’une passion pour la connaissance du Christ, qui a su contaminer ceux qu’il rencontrait. Parce que Antoine fut un grand ami du peuple de Dieu, et plus il s’immergeait dans le Seigneur, plus il se donnait aux foules qui le cherchaient pour écouter sa parole, recevoir de lui le confort des sacrements, au point qu’il fut pratiquement plié à un jeûne forcé jusqu’au soir. Un chrétien de cette trempe ne peut qu’être créatif et participatif au bien commun de sa patrie et de sa ville, non dans un esprit de supériorité envers une partie ou l’autre, mais par amour de l’homme et pour servir sa très haute dignité : c’est en ce sens que nous nous souvenons de son intervention pour modifier et améliorer la loi patavina qui punissait les débiteurs défaillants. Il est juste que chacun de nous, en ce sens, s’interroge sur le don reçu du Seigneur et sur comment il en tire parti : cela demande d’apprendre l’art du discernement, d’apprendre à confronter sa propre vie avec la Parole de Dieu et dans l’Eglise, et demande à la nouvelle donne ecclésiale dans tous ses membres la capacité à prendre soin de ses enfants dans leur cheminement. Pour les jeunes, tout cela constitue le grand thème de la vocation chrétienne : Sur quel mode concret le Seigneur veille-t-il pour moi, afin que ma vie soit un signe d’amour ? Est-ce la construction d’une famille, un travail qui édifie le bien commun, la passion civile qui le sert, ou bien une voie spéciale de consécration sacerdotale, religieuse ou missionnaire ? Comment es-tu appelé à aimer, aujourd’hui et dans les années à venir ?

Saint Antoine ne s’est pas économisé : pour lui la Vérité était le verbe incarné, Jésus Christ, et c’est ce qu’il enseignait, mais en vivant comme Lui qui « de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous afin que sa pauvreté nous enrichisse », il est devenu témoin et annonceur de cette Vérité, dans la charité et la bienveillance. A une époque et dans une société « liquide » comme la nôtre, comme disent les sociologues, tout d’abord comme fidèles appartenant à la communauté chrétienne nous voulons nous interroger sur notre fidélité personnelle et communautaire à cet héritage laissé par Antoine : sommes-nous parmi ceux qui disent qu’il n’existe pas de vérité ou qu’il est impossible de la connaître, ou bien avec notre patron nous voulons dire au Seigneur : Tu Es le Chemin, la Vérité et la Vie ? Nous ne parlons pas d’un concept ou d’un théorème qui, une fois appris, dirons-nous, peut figurer dans notre bagage de connaissances comme un bien devenu « nôtre ». Nous parlons d’une vérité : la Personne du Fils de Dieu qui demande pour cela de rester dans Ses bras, de marcher avec Lui sur les sentiers de la vie, d’aimer l’existence présente et de désirer celle pour l’éternité. La preuve de cette Vérité qui est « chemin » et « vie », nous est offerte par la page de l’Evangile : les disciples sont des missionnaires et des annonceurs, mais il y est dit clairement que « le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la parole par les miracles qui l’accompagnaient ». Les signes de la prédication indiquent clairement que toute l’existence humaine est impliquée : le mal est chassé et le venin des serpents ne crée pas de dommage, on est capable de parler une nouvelle langue, et on prend soin des malades et des pauvres par la prière et les actes. Que le Seigneur nous permette de chasser aussi parmi nous tout venin de méchanceté ou malveillance, les uns contre les autres, à l’intérieur comme à l’extérieur des communautés chrétiennes, qu’il nous aide à prendre soin de manière authentique de tout homme en situation de besoin qui frappe à nos portes, et si nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes matériels, laissons-lui au moins une place dans notre cœur, tôt ou tard une solution finira bien par arriver. Et comme saint Antoine, et comme le pape François nous répète souvent, continuons à prendre soin des malades, ceux qui le sont dans leurs corps mais également intérieurement parce qu’on leur a enlevé toute espérance. C’est un risque aussi pour chacun de nous, jeunes et adultes. Prions en particulier pour tous les frères et sœurs de cette bien-aimée terre qui portent les blessures du tremblement de terre qui a ravagé Amatrice, Accumuli et autres communes de la zone : que l’huile de la consolation soit versé sur leur cœur, afin qu’ils ne perdent jamais l’espérance d’un nouvel avenir, en retournant habiter sur ces terres grâce à la juste compensation qui leur est due, au moins sur le plan matériels, selon les possibilités garanties par les autorités publiques et par la campagne de solidarité nationale et internationale qui, depuis ce jour-là, s’est mise en marche. Mais je voudrais vous demander de vous unir ce soir, par la pensée, à nos frères et sœurs qui ont subi, durant ces années, un autre genre de tremblement de terre, en Syrie et en Irak, et dans d’autres régions du Moyen Orient, avec leurs maisons et leurs vies persécutées, brisées, et qui ont dû eux aussi tout quitter en une nuit pour se mettre à l’abri : pour chacun d’entre eux demandons le réconfort et l’espérance d’une nouvelle vie, car mystérieusement, ils sont devenus encore plus nos frères. Nous ici pour la puissance parfois destructrice de la nature, eux pour la violence et l’aveuglement du cœur des hommes, mais ayant tous connu l’expérience commune de la croix du Christ.

Que notre Très sainte Marie, auxiliatrice des chrétiens et consolatrice des affligés, nous aide dans toutes ces étapes de notre vie, devant la croix de son Fils, comme nous y invite saint Antoine dans un des sermons que je confie à vos prières. Je vous demande aussi une prière pour les frères de la Custodie de Terre Sainte, présence si précieuse au Moyen Orient, qui invoquent aussi Antoine comme patron, et qui ont débuté les célébrations du 8ème centenaire de leur présence sur la terre de Jésus : « Que le Christ, qui est ta vie, sois accroché devant toi, pour que tu regardes dans la croix comme dans un miroir. Là tu pourras voir combien tes blessures furent mortelles, qu’aucun médicament n’aurait pu les guérir, si ce n’est celui du sang du Fils de Dieu. Si tu regardes bien, tu verras combien est grande ta dignité et ta valeur… En aucun autre lieu l’homme peut se rendre compte de ce qu’il vaut, que dans le miroir de la croix ». Ainsi soit-il

Traduction de Zenit, Océane Le Gall

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