ONU: « les peuples autochtones méritent non seulement notre respect, mais aussi notre reconnaissance »

Intervention de Mgr Auza (Traduction intégrale)

Forum des peuples indigènes © L'Osservatore Romano

Forum des peuples indigènes © L'Osservatore Romano

« Les peuples autochtones méritent non seulement notre respect, mais aussi notre reconnaissance et notre soutien », a déclaré Mgr Bernardito Auza, observateur permanent du Saint-Siège aux Nations unies à New York, au Forum permanent sur les questions indigènes.

Intervenant lors de la discussion sur le thème « Dixième anniversaire de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des peuples autochtones : Mesures prises pour mettre en œuvre la Déclaration », le 24 avril 2017, Mgr Auza a énuméré les vertus des indigènes qui « mettent particulièrement l’accent sur la terre en tant que mère nourricière ».

« Leur approche de la nature leur inculque un plus grand sens des responsabilités, un sens de la communauté plus fort, une volonté de protéger les autres, un esprit de créativité et un amour profond pour la terre, a-t-il souligné. Elles ont également un sentiment accru de la solidarité intergénérationnelle, car elles sont vraiment préoccupées de prendre soin de l’environnement pour leurs enfants et leurs petits-enfants ».

Dénonçant les projets agricoles ou miniers entrepris sur leurs terres « sans égard à la nécessité de protéger la nature et de préserver les traditions et les cultures des peuples autochtones », le représentant du Saint-Siège a souhaité « des consultations des peuples autochtones et leur consentement éclairé avant que les projets de développement sur leurs terres ancestrales soient approuvés et mis en œuvre ».

Voici notre traduction intégrale de l’intervention de Mgr Auza.

AK

Intervention de Mgr Auza

Madame la Présidente,

L’événement de haut niveau de cette année pour célébrer le dixième anniversaire de l’adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones est une bonne occasion pour toutes les parties prenantes de faire le bilan des réalisations de la Déclaration et d’évaluer les défis restants.

Il y a deux mois, le pape François a rencontré au Vatican un groupe représentant des peuples autochtones de diverses parties du monde et a discuté de deux aspects de l’autonomisation économique des peuples autochtones, à savoir le droit au développement et le droit à l’identité indigène [1]. À plusieurs reprises, surtout lors de ses visites en Amérique latine, le Pape a exprimé son désir « d’être un porte-parole pour les aspirations les plus profondes des peuples autochtones » et, en plaidant pour le respect des peuples autochtones, de sensibiliser le public au fait que les peuples autochtones continuent d’être « menacés dans leur identité et même dans leur existence » [2].

Le Saint-Siège estime que, pour promouvoir le véritable développement des peuples autochtones, il faut harmoniser leur droit au développement culturel et social parallèlement au développement économique. Ceci est particulièrement clair lors de la planification d’activités économiques susceptibles d’entraver les cultures des peuples autochtones et leur relation ancestrale à la terre et à la nature, qui, si elles ne sont pas gérées avec respect mutuel et compte tenu de leurs droits, pourraient conduire à des confrontations et des conflits d’intérêts.

Ces préoccupations peuvent être traitées par « consentement préalable et éclairé » [3] des peuples autochtones pour les initiatives qui les concernent, qu’il s’agisse d’initiatives gouvernementales ou de projets du secteur privé. « À cet égard, le droit au consentement préalable et éclairé devrait toujours prévaloir », comme prévu à l’article 32 de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones [4].

Les communautés autochtones ne sont pas seulement une minorité parmi d’autres, mais devraient être les principaux partenaires du dialogue lorsque de vastes projets affectant leurs terres ancestrales sont proposés. Comme l’a affirmé le pape François, pour ces communautés indigènes, la terre n’est pas une marchandise, mais plutôt un don de Dieu et de leurs ancêtres qui y reposent, un espace sacré avec lequel ils doivent interagir pour maintenir leur identité et leurs valeurs. Par conséquent, ils s’en occupent mieux eux-mêmes s’ils restent sur leurs propres terres. Néanmoins, dans diverses parties du monde, on leur fait pression pour abandonner leurs pays d’origine afin de faire place à des projets agricoles ou miniers entrepris sans égard à la nécessité de protéger la nature et de préserver les traditions et les cultures des peuples autochtones qui ont vécu ces terres depuis des temps immémoriaux.

Le Saint-Siège se félicite donc des politiques nationales qui nécessitent des consultations des peuples autochtones et leur consentement éclairé avant que les projets de développement sur leurs terres ancestrales soient approuvés et mis en œuvre.

En outre, il devrait y avoir un développement de lignes directrices et de projets qui respectent l’identité indigène. Cela signifie reconnaître que les communautés autochtones font partie de la population, que leur pleine participation devrait être promue et encouragée au niveau local et national, empêchant ainsi leur marginalisation et favorisant leur intégration complète dans la société. Le manque de respect de l’identité indigène est une violation de l’esprit et de la lettre du Programme 2030 pour le développement durable, qui exige que personne ne soit laissé en arrière.

Le respect de l’identité indigène favorise également la prise en charge de notre maison commune. En fait, les traditions et les cultures indigènes mettent en évidence l’interaction et l’interdépendance importantes de la personne humaine et de la nature et mettent particulièrement l’accent sur la terre en tant que mère nourricière. Leur approche de la nature leur inculque un plus grand sens des responsabilités, un sens de la communauté plus fort, une volonté de protéger les autres, un esprit de créativité et un amour profond pour la terre. Elles ont également un sentiment accru de la solidarité intergénérationnelle, car elles sont vraiment préoccupées de prendre soin de l’environnement pour leurs enfants et leurs petits-enfants.

Ces valeurs profondément enracinées dans les traditions et les cultures indigènes méritent d’être mises en évidence pour toutes les personnes afin de protéger l’environnement de toute dégradation ultérieure. À cet égard, les peuples autochtones méritent non seulement notre respect, mais aussi notre reconnaissance et notre soutien.

Merci, Madame la Présidente.

  1. Cf., pape François, Discours aux Participants du III Rassemblement mondial du Forum des peuples autochtones du Fonds international pour le développement agricole (FIDA), 15 février 2017.
  2. Cf., pape François, Message vidéo du 6 juillet 2016, consacré à la prière pour les peuples autochtones.
  3. Déclaration des Droits des peuples autochtones, article 32, 2.
  4. Pape François, Discours aux Participants du III Rassemblement mondial du Forum des peuples autochtones du Fonds international pour le développement agricole (FIDA), 15 février 2017.

© Traduction de Zenit, Constance Roques

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