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Mgr Ivan Jurkovic, © wikipedia

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Migrations: le Saint-Siège pour un Pacte mondial gagnant-gagnant

Mgr Jurkovic à Genève (traduction complète)

« Un appel fort pour protéger la dignité de toute personne » et mettre en œuvre « les politiques humanitaires » à l’égard des migrants a été lancé par le Saint-Siège.

Mgr Ivan Jurkovic, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies et d’autres organisations internationales à Genève (Suisse), est intervenu lors de la première consultation thématique sur le Pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière, le 8 mai 2017, à Genève.

« Tout migrant est un homme qui, en tant que tel, possède des droits fondamentaux et inaliénables qui doivent être respectés par tous et en toutes circonstances », rappelle Mgr Ivan Jurkovic, en citant les paroles du pape François.

« Défendre les droits inaliénables des migrants, poursuit-il, assurer leurs libertés fondamentales et respecter leur dignité n’est pas seulement un devoir moral, mais aussi une responsabilité éthique partagée qui doit se traduire par des actions concrètes et mesurables. »

Pour Mgr Jurkovic, « la seule façon de réussir à améliorer la gouvernance mondiale de la migration est de façonner un Pacte mondial à long terme ». Le Pacte, estime-t-il, présente « à la communauté internationale une opportunité sans précédent de passer d’une approche « réactive » à une réponse plus prévisible, coordonnée, gérable ».

Et c’ets un « test »: « Le résultat des négociations sur ce Pacte servira vraiment de test décisif de la fraternité et de la solidarité parmi la famille des nations au-delà des divisions politiques ou des frontières géographiques.»

Il s’agit de travailler à créer une « situation gagnant-gagnant ».

Voici notre traduction de la déclaration de Mgr Ivan Jurkovic publiée en anglais.

MD

Déclaration de Mgr Ivan Jurkovic

Monsieur le Président,

La délégation du Saint-Siège souhaite remercier les deux co-facilitateurs pour leurs remarques initiales et les conférenciers pour leurs présentations lors de ce premier panel de la première consultation thématique sur le Pacte mondial sur les migrations.

Dans le cadre de la Déclaration de New York, les chefs d’État et de gouvernement et les hauts représentants se sont engagés à « protéger la sécurité, la dignité et les droits de l’homme et les libertés fondamentales de tous les migrants, quelle que soit leur situation migratoire, en tout temps » (1). Maintenant, les consultations sur le Pacte mondial sur les migrations présentent à la communauté internationale une opportunité sans précédent de passer d’une approche « réactive » à une réponse plus prévisible, coordonnée, gérable et donc efficace à la réalité humaine et à l’expérience de la migration dans une approche holistique et intégrée.

Cependant, la seule façon de réussir à améliorer la gouvernance mondiale de la migration est de façonner un Pacte mondial à long terme et axé sur les personnes qui dépende des migrants en tant que protagonistes actifs. Le résultat des négociations sur ce Pacte servira vraiment de test décisif de la fraternité et de la solidarité parmi la famille des nations au-delà des divisions politiques ou des frontières géographiques.

À cet égard, le Saint-Siège souhaite lancer un appel fort pour protéger la dignité de chaque personne et mettre en œuvre, sans réserve, les principes et les politiques humanitaires en réponse aux personnes en déplacement, en particulier celles qui sont les plus vulnérables.

Comme le pape François l’a récemment déclaré : « Tout migrant est un homme qui, en tant que tel, possède des droits fondamentaux et inaliénables qui doivent être respectés par tous et en toutes circonstances … un statut juridique irrégulier ne peut pas permettre au migrant de perdre sa dignité, puisqu’il est doté de droits inaliénables, qui ne peuvent être ni violés ni ignorés » (2). En effet, lorsqu’elle est traitée avec humanité, la migration peut contribuer au bien-être des pays d’origine et de destination dans une « situation gagnant-gagnant ».

Les déplacements de la plupart des migrants ne sont pas du tout confortables. Le plus souvent, ils impliquent des expériences traumatiques qui ne peuvent être soutenues que par l’espoir et la foi. Les gens se déplacent à de grands coûts personnels et sont fréquemment exposés à l’exploitation, aux abus et à la violence. Défendre les droits inaliénables des migrants, assurer leurs libertés fondamentales et respecter leur dignité n’est pas seulement un devoir moral mais aussi une responsabilité éthique partagée qui doit se traduire par des actions concrètes et mesurables.

Assurer la protection, cependant, ne suffit pas. Tant que des situations dramatiques de pauvreté, de conflit, de persécution et de violence répandue persistent dans les pays d’origine, les intérêts commerciaux des passeurs continueront à prospérer et les espoirs des migrants seront violés, quelle que soit la force de nos engagements à protéger les droits humains des personnes en déplacement.

« Ce qui est nécessaire, c’est la promotion d’un développement humain intégral des migrants qui nécessite une approche multipartite : de la communauté politique à la société civile, des organisations internationales aux institutions religieuses… La promotion humaine des migrants et de leurs familles commence par leurs communautés d’origine. C’est là qu’une telle promotion devrait être garantie, associée au droit de pouvoir émigrer, ainsi qu’au droit de ne pas être contraint d’émigrer, à savoir le droit de trouver dans sa propre patrie les conditions nécessaires pour vivre une vie digne » (3).

Le Saint-Siège se préoccupe considérablement pour le statut des enfants migrants – qui se détériore quand ils ne sont pas accompagnés ou qu’ils sont séparés de leurs parents et d’autres membres de leur famille, car ils sont plus exposés à divers types d’abus et de violence. Les enfants en mouvement n’ont pas de voix ni d’influence politique et sociale dans la plupart des pays d’accueil, de sorte que leurs besoins sont souvent oubliés ou ignorés. En tenant compte des normes internationales bien reconnues concernant le droit à l’éducation, nous estimons nécessaire de réaffirmer également la responsabilité principale et les droits antérieurs des parents dans l’éducation et l’éducation de leurs enfants.

Ma délégation souhaite inviter les membres du panel à partager leurs points de vue sur la manière de s’assurer que nos engagements ne finissent pas par être une collection complète de droits et d’engagements politiques existants, mais qu’ils sont mis en œuvre à la fois dans l’esprit et en action à travers des résultats concrets et mesurables dans le Pacte mondial.

Merci, Monsieur le Président.

***

NOTES

(1) Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants (19 septembre 2016), 41.

(2) Pape François, Discours aux participants au 6ème Forum International sur la Migration et la Paix, Cité du Vatican, 21 février 2017.

(3) Ibid.

Traduction de Zenit, Constance Roques

 

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