France: bénédiction du pape pour la « Diaconie de la beauté »

Entretien avec Anne Facérias

Anne Facérias et p. Vincent Marie, Diaconie de la Beauté © L'Osservatore Romano

Anne Facérias et p. Vincent Marie, Diaconie de la Beauté © L'Osservatore Romano

La « Diaconie de la Beauté », mouvement dédié aux artistes, qui s’est enraciné à Rome en octobre 2012 sous la présidence du cardinal Paul Poupard, président émérite du Conseil pontifical de la culture, a reçu la bénédiction du pape François le 22 février 2017. Anne Facérias, créatrice du mouvement avec son mari, le musicien Daniel Facérias, évoque pour les lecteurs de Zenit sa rencontre avec le pape et les diverses initiatives de la Diaconie en lien avec Rome.

Née au moment du Synode sur la Nouvelle Evangélisation, la Diaconie de la Beauté se veut un service pour rendre les artistes à la Beauté et la Beauté aux artistes afin qu’ils deviennent témoins de la Beauté de Dieu. Plusieurs personnalités spirituelles et artistiques accompagnent ce projet, entre autres le cardinal Robert Sarah, Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, Mgr Dominique Rey, évêque de Toulon, Mgr Emmanuel Lafont, évêque de Cayenne, Mgr Gilbert Louis, évêque émérite de Chalon en Champagne, l’acteur Michael Lonsdale, les actrices Brigitte Fossey et Marie-Christine Barrault, la danseuse Mireille Nègre, le prêtre écrivain Stan Rougier.

ZENIT – Quel est le bilan du Symposium organisé à Rome par la Diaconie de la Beauté autour de la fête de Fra Angelico, le 18 février dernier ? 

Anne Facérias – Symposium vient du mot grec συμπόσιον  symposio qui signifie banquet, c’est d’ailleurs le mot utilisé pour le Banquet de Platon. C’est un partage de nourriture spirituelle auquel les Pères de l’Eglise étaient très attentifs. Pour nous, organiser un « banquet » autour de Fra Angelico, c’est une façon de s’inscrire dans cette tradition et de donner aux artistes ce goût de la contemplation et du dialogue avec l’Eglise.

Le bilan de ce Symposium est positif. Nos liens se consolident avec la ville éternelle ! Les Dominicains de Santa Maria Sopra di Minerva nous ont magnifiquement accueillis. Le Vicariat s’est aussi associé cette année à la fête du Bienheureux Fra Angelico. L’Académie de Claudia Koll et le groupe des artistes de la Diaconie de Rome ont proposé un spectacle sous l’œil expert du frère Ricardo, prieur du couvent des Dominicains. Les échanges entre artistes italiens et français commencent à se développer et j’espère que pour l’année prochaine, nous proposerons une création artistique mixte. Et deux enseignements inoubliables avec le cardinal Poupard (sur la vocation de l’artiste) et le cardinal Sarah (présentation de son livre la force du silence).

Vous avez rencontré le pape François à cette occasion… 

Cette rencontre a été une grande émotion, un moment providentiel et symbolique puisque j’étais accompagnée par le premier prêtre engagé dans la Diaconie. Le Père Vincent Marie incarne les trois dimensions de notre mouvement : spirituelle (il est prêtre) artistique (il est organiste) et sociale avec l’accueil des plus fragiles (il souffre d’une maladie dégénérative). Le Pape en nous bénissant nous a comme envoyés en mission ! Même si nous lui avons parlé trop peu de temps, il nous a assuré de sa prière pour la Diaconie. Je rends grâce au Seigneur pour ce cadeau du 22 février, fête de la chaire de Saint Pierre saint Paul. Le matin, nous recevions la bénédiction du Pape à Rome et l’après-midi, la Diaconie de la Beauté recevait officiellement une nouvelle maison à Lourdes.

Comment le Pape François rejoint-il les artistes ?

La lettre du Pape François le 6 décembre dernier adressée aux académies pontificales et aux artistes est un encouragement : « Vous êtes les gardiens de la beauté, annonciateurs et témoins d’espérance pour l’humanité, comme l’ont souvent répété mes prédécesseurs. Je vous invite donc à prendre soin de la beauté et la beauté guérira de nombreuses blessures qui marquent le cœur et l’âme des hommes et des femmes de notre temps. »

En tant que femme, comment réagissez-vous aux paroles du pape sur la femme porteuse de beauté et d’harmonie dans le monde

Je réagis avec beaucoup d’enthousiasme ! Nous devons être ces Marie Madeleine qui se convertissent sans cesse et qui se laissent conduire par la beauté du Seigneur jusqu’ au matin de la Résurrection. « Marie » « Rabbouni »! C’est personnellement toute ma vie ! La femme est reconnue dans sa véritable dimension et je ne peux pas m’empêcher de repenser à ce si beau moment lors du voyage de Jean Paul II à Lourdes : « Vous les femmes, vous êtes les sentinelles de l’invisible ». La femme est porteuse de Beauté comme la Vierge Marie qui a porté la Beauté même : Jésus. Elle est à l’image de Marie dans cette pureté d’être capable d’aimer au-delà d’elle-même, de se sacrifier pour la vie qu’elle porte et qu’elle donne. Et puis la femme mystique a apporté à l’Eglise des éclats de Beauté extraordinaires d’Hildegarde de Bingen à Bénédicte de la Croix en passant par Thérèse d’Avila. Cette dimension mystique se double chez la femme de la maternité à la fois charnelle et spirituelle. Les grandes fondatrices sont des mères de Beauté et d’Amour : Thérèse d’Avila, bienheureuse Anne Marie Javouhey, sainte Claire etc.…

Que pensez-vous de l’initiative du Conseil pontifical de la culture sur la « formation » à la beauté pour les artistes du monde ecclésial

C’est une excellente initiative qui mériterait peut-être une implication plus opérative des artistes. La Beauté, comme dit saint Denys l’Aréopagite, s’éprouve dans l’expérience de Dieu. Elle n’est pas un esthétisme ou un concept du joli, elle est la manifestation de la Présence du Verbe incarné dont la liturgie est l’expression ultime. Les artistes sont les mieux à même de donner le goût de la Beauté qui est le fruit d’une expérience intérieure qu’il vit en créant, comme le montre le bienheureux Fra Angelico. C’est en voyant sculpter le Beau qu’on le sculpte c’est en écoutant chanter qu’on voit l’enchantement…

Quels sont les piliers de la Diaconie de la Beauté ? Avez-vous des projets en cours, en lien avec le Vatican ?

La Diaconie s’articule autour de trois piliers :

Spiritualité et témoignage : Adossée à une communauté, la Diaconie propose aux artistes de chanter les Vêpres suivi d’une rencontre avec un témoin qui nous partage sa vie spirituelle et artistique.

Evènements et Formation : la Diaconie organise des évènements culturels et cultuels comme un festival, des expositions, des spectacles.

Solidarité et création de maisons d’artistes : Apporter un soutien aux artistes en difficulté, créer des résidences d’artistes dédiés à la création. Trois maisons d’artistes démarrent à Nantes, Lourdes et l’île de la Réunion.

Comme chaque année depuis trois ans, un projet important se prépare pour le mois de mai à Cannes avec la préparation du « Festival Sacré de la Beauté » qui aura lieu pendant le Festival du Film, du 18 au 27 mai. Nous préparons ce festival avec la paroisse de Cannes et l’abbaye de Lérins. Le Festival Sacré de la Beauté fêtera à sa manière les 70 ans du Festival du Film avec la joie d’accueillir cette année Mgr Dario Edoardo Vigano, préfet du Secrétariat pour la communication du Pape François qui viendra participer à une table ronde avec des professionnels du cinéma dont Wim Wenders – Palme d’or pour son film Paris Texas, réalisateur du mythique « les ailes du désir » et nos « parrains » « marraines » habituels comme Michael Lonsdale, Marie Christine Barrault et d’autres. Nous souhaitons nous inscrire dans la volonté du Pape : établir un nouveau dialogue entre les valeurs spirituelles et le monde du Cinéma. Il y aura également une session d’artistes à l’ abbaye de Lérins et des soirées spirituelles et artistiques autour du thème du parfum (festivalsacredelabeaute.org).

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