Les Évêques Chaldéens Se Réuniront Pour Nommer Le Nouveau Chef De Cette Église Orientale. Photo : Asia News 

Les Évêques Chaldéens Se Réuniront Pour Nommer Le Nouveau Chef De Cette Église Orientale. Photo : Asia News 

Les évêques chaldéens réunis à Rome pour élire leur nouveau patriarche

Un synode décisif dans un contexte de crises et de défis pour l’Église chaldéenne

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(ZENIT News – Asia News / Bagdad, 23 mars 2026) – Le synode qui élira le successeur du cardinal Louis Raphaël Sako – qui a présenté sa démission le 10 mars – comme nouveau primat chaldéen se tiendra à Rome du 9 au 15 avril, immédiatement après Pâques. Cette information a été annoncée sur le site internet du Patriarcat. Les évêques chaldéens se réuniront pour désigner le nouveau chef de cette Église orientale en communion avec le Vatican, l’une des plus anciennes et des plus riches par son nombre de fidèles, son histoire et sa tradition. Ces derniers jours, le cardinal et ancien patriarche avait déjà annoncé officiellement son intention de ne pas participer au synode, afin de laisser aux évêques une plus grande liberté de choix, sans influences, pressions ni ingérences extérieures, pour la nouvelle autorité d’une Église qui a connu plusieurs crises internes ces dernières années.

En cette période de transition, la gestion des affaires courantes du Patriarcat chaldéen est confiée, en vertu du canon 127 du Code de droit canonique des Églises orientales, au membre le plus ancien du Synode : l’archevêque Habib Hrmuz Al-Naufali de Bassora, dans le sud de l’Irak. Il guidera les prélats dans le processus d’élection du successeur du cardinal Sako, nommé patriarche en janvier 2013 et élevé au rang de cardinal le 29 juin 2018.  Le cardinal avait déjà présenté sa démission au pape François il y a deux ans, à l’âge de 75 ans, mais le défunt pontife l’avait refusée et lui avait renouvelé sa confiance, l’invitant à poursuivre son œuvre. 

Face à des défis nouveaux et de plus en plus exigeants, le cardinal Sako a décidé de démissionner pour transmettre son siège. Il entend quitter le siège de Bagdad prochainement et se retirer à Erbil, au Kurdistan irakien, pour prier et « vivre dans la paix, la sérénité et la joie ». Sa décision de ne pas participer aux sessions du Synode ni de jouer un rôle actif dans l’élection de son successeur doit également être comprise dans ce contexte, afin que – a ajouté le cardinal – personne ne puisse l’accuser « d’être intervenu, d’avoir influencé ou soutenu un candidat plutôt qu’un autre ». Il n’a pas encore décidé de la date de son départ, d’autant plus que le nord du pays est l’une des régions les plus touchées par les représailles iraniennes contre les pays du Golfe et du Moyen-Orient, en réponse à la guerre menée par Israël et les États-Unis contre Téhéran. 

Contrairement à ses prédécesseurs, l’élection du futur primat de l’Église chaldéenne n’est pas due à des raisons de santé ou à un âge avancé, bien que le cardinal ait 77 ans. Avant lui, le patriarche Mar Raphael Ier Bedaweed et le cardinal Emmanuel III Delly ont présenté un tableau plus complexe, tandis que le cardinal Sako, par sa démission, a voulu insuffler un renouveau au sein d’une Église non exempte de complexités et de problèmes. Cette démission offre également l’occasion de tourner la page et d’analyser les désaccords internes qui, par le passé, ont conduit certains évêques à s’opposer au patriarcat, en se retirant des synodes ou en exprimant publiquement leur désaccord et leurs critiques à l’égard des décisions du cardinal. À titre d’exemple, on se souvient que quelques jours avant la démission du cardinal Sako, une affaire de corruption et de mauvaise conduite présumées – y compris à titre privé et personnel – a éclaté, entraînant l’arrestation de l’évêque de San Diego, Mgr Emmanuel H. Shaleta. Le jour même du départ du cardinal, la nomination – non sans quelques critiques à peine voilées – de l’administrateur apostolique, Mgr Saad Sirop Hanna, a également été annoncée. Parmi les autres points à l’ordre du jour du futur primat chaldéen figurera la nomination d’un évêque pour le siège vacant d’Alqosh (nord de l’Irak), par suite du décès de Mgr Paulo Thabet Mekko en juin dernier. 

L’Église catholique chaldéenne est une descendante directe de l’Église d’Orient, dont les origines remontent à l’ancienne Mésopotamie et aux saints Mar Addai (saint Addai) et Mar Mari (saint Mari), disciples de l’apôtre Thomas. Actuellement, quatre Églises revendiquent l’héritage de l’Église d’Orient : l’Église catholique chaldéenne, l’Église assyrienne d’Orient, l’Ancienne Église assyrienne d’Orient et l’Église syro-malabare. L’Église catholique comprend divers rites, occidentaux et orientaux, et l’Église chaldéenne est l’un des 23 rites associés à l’Orient. En pleine communion avec le pape, elle conserve son identité et ses traditions propres, ainsi que sa spiritualité et sa liturgie, cette dernière ayant été renouvelée sous le mandat du patriarche Sako. 

Le siège patriarcal se trouve dans la cathédrale Saint-Joseph de Bagdad, mais l’Église catholique comprend diverses éparchies et diocèses en Irak et dans le monde entier, du Canada à l’Australie, en passant par les États-Unis et l’Europe du Nord. Elle compte plus de 600 000 fidèles, dont la majorité – environ 300 000 – vivent toujours en Irak, bien que leur nombre ait autrefois dépassé le million. Au cours des 23 dernières années, depuis l’invasion américaine de l’Irak en 2003, des centaines de milliers de personnes ont choisi de quitter le pays pour échapper aux guerres, à la violence et aux persécutions, contribuant ainsi à l’essor de la diaspora. 

En raison d’une série d’attentats, le séminaire patriarcal fut transféré de Bagdad à Erbil, au Kurdistan irakien, en 2006. Sur décision du cardinal Sako, l’ancien bâtiment du séminaire, situé dans la capitale, fut transformé en logement pour les familles dans le besoin. Entre 2007 et 2008, deux assassinats de nature confessionnelle perpétrés par des extrémistes islamistes ont frappé l’Église chaldéenne à Mossoul, dans le nord du pays : le père Ragheed Ganni, le 3 juin 2007, et Mgr Paulos Faraj Rahho, le 13 mars 2008, enlevé quelques jours auparavant et retrouvé mort. En 2014, toujours à Mossoul, s’ouvrit l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire de l’Église chaldéenne et des chrétiens du Moyen-Orient : l’essor de l’État islamique, qui établit son « califat » précisément dans cette métropole du nord et y régna pendant plus de deux ans par la violence et la terreur, reflet de la folie djihadiste. Des centaines de milliers de chrétiens ont fui précipitamment la ville et la plaine de Ninive, souvent sans rien d’autre que leurs vêtements, pour échapper aux hommes d’Abou Bakr al-Baghdadi. Nombre d’entre eux ne sont jamais revenus, contribuant ainsi au déclin du nombre de croyants dans le pays et à l’appauvrissement de l’une des plus anciennes communautés chrétiennes de la région. 

Outre le radicalisme islamique qui alimente la diaspora, l’Église chaldéenne a également connu de fortes tensions internes et de violents affrontements avec les autorités irakiennes. À titre d’exemple, le président Abdul Latif Rashid (d’origine kurde) a décidé, à l’été 2023, de révoquer le décret présidentiel de son prédécesseur, Jalal Talabani, qui reconnaissait le cardinal Sako comme patriarche des Chaldéens et responsable de tous les biens ecclésiastiques en Irak. Cette rupture institutionnelle et religieuse masquait en réalité les intentions du chef des Brigades Babylone, Rayan al-Kildani, de s’emparer des biens chrétiens et de récupérer leur représentation au Parlement. En réalité, ce chef autoproclamé chrétien était lié aux milices chiites pro-iraniennes opérant en Irak, qui cherchaient à s’arroger le droit de représenter la minorité dans le pays et ses institutions, et qui lançaient une campagne de diffamation contre le patriarche lui-même. 

En réponse à l’attaque brutale, le cardinal adopta des positions tout aussi fermes, comme le transfert temporaire du siège patriarcal de Bagdad à Erbil pendant plusieurs mois. Ce n’est qu’avec l’intervention du Premier ministre Mohammed Shia’ Al-Sudani et le rétablissement, par décret, de tous les pouvoirs liés à la charge patriarcale que le cardinal Sako retourna dans la capitale en avril 2024. Cependant, l’affaire continua d’entraîner des répercussions et de provoquer des divisions internes au sein de l’Église chaldéenne. Ces divisions et conflits s’intensifièrent un an plus tard lorsque, à l’occasion du Synode, cinq évêques – dont certains étaient des personnalités importantes – décidèrent de ne pas y assister, au risque même de lourdes sanctions canoniques, comme le patriarche l’avait alors laissé entendre. De l’exode des chrétiens aux guerres au Moyen-Orient, en passant par les communautés de la diaspora et l’unité interne de l’Église chaldéenne, nombreux sont les défis que le futur patriarche devra relever, confiant dans la prière et le soutien discret de son prédécesseur.

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Rédaction

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